Felix-Joseph Barrias, "Les exilés du Tibère", esquisse à l'huile sur toile
« Tibère, retiré à Capri, se livrait à toutes sortes de turpitudes. Il ne se passait pas un seul jour, sans en excepter les jours de fêtes, qui ne fût marqué par des supplices. Il enveloppait dans la même condamnation les femmes et les enfants des accusés. On les transportait dans des îles où le feu et l’eau étaient interdits. » Suétone, Histoire des douze Césars
Ce fut l’un des plus grands envois de Rome jamais peints : plus de quatre mètres de long ! Exposée à Rome, puis à Paris au lendemain de la Révolution de 1848, alors que la France était redevenue une République, l’œuvre semblait un manifeste contre les tyrans et un éloge moral des républicains romains persécutés. Par ce coup d’éclat, le jeune Félix Barrias remportait d’emblée l’une des trois médailles de première classe du Salon et ses Exilés auront l’honneur de figurer à l’Exposition universelle de 1855. Elève de Léon Cogniet, l’artiste avait obtenu le Prix de Rome en 1844 pour Cincinnatus recevant les députés du sénat. Il était à l’aube d’une brillante carrière qui le verrait obtenir de nombreuses commandes de décorations murales, comme le salon ouest du foyer de l’opéra de Paris ou des chapelles d’églises parisiennes. Médaille d’or au Salon de 1889, chevalier de la Légion d’honneur en 1897, il tenait un atelier privé fort réputé où entre autres s’inscrivit Edgar Degas.
Entre la Barque du Dante de Delacroix et celle des Illusions perdues de Charles Gleyre, cette barque chargée de proscrits, débarqués par des galères, paraît se diriger vers les rochers de Capri. Une villa perchée au sommet d’un rocher doit être celle de Tibère. Des figures se remarquent, d’une beauté pathétique, comme la femme voilée de noir, le mari qui se penche vers le visage de sa femme peut-être malade, ou leur fillette vêtue de rose couchée dans la robe de sa mère. Déjà proche de la composition définitive, notre étude en diffère cependant par plusieurs détails, de même qu’elle diffère d’un plus grand modello conservé au Musée de la Loire. Ces différences ne tiennent pas seulement à la touche elliptique et au « non finito » propres à l’esquisse. Ainsi la tenue d’un des rameurs est-elle rosée et non vert bronze. Le digne sénateur qui montre du doigt la triste destination a des cheveux bruns qui deviendront gris. Le navire à l’arrière- plan n’a pas encore le mât et la voile qu’on lui verra dans la composition finale. Plusieurs visages sont à peine ébauchés et il faut connaître le tableau pour savoir que la tache beige entre les époux est un autel des Lares qu’ils ont emporté dans l’espoir de conserver la protection des dieux. Exécutée d’une touche synthétique et vigoureuse, dans des couleurs puissamment affirmées, notre toile, plus qu’une première pensée, semble une première synthèse des multiples idées conçues par Barrias pour la plus ambitieuse de ses compositions.
Bon état général (quatre trous de punaises aux angles indiquent que la toile a été fixée et peinte sans châssis sur une planchette)
Circa 1849
Provenance : Collection Denis Coeckelberghs, Bruxelles
Œuvre en rapport :
- Félix-Joseph Barrias, Les Exilés de Tibère. Huile sur toile, 253 x 416 cm, peinte à Rome comme envoi de cinquième année, exposée à la Villa Médicis en avril 1850, puis au Salon de 1850 ; acquise par l’Etat pour le Musée du Luxembourg. Paris, Musée d’Orsay.
- Esquisse pour Les Exilés de Tibère. Huile sur bois, 57 x 73,3 cm. Cosne-Cours-sur-Loire, Musée de la Loire.
Epoque : 19ème siècle
Style : Autre style
Etat : Bon état
Longueur : 31,5
Largeur : 48,5
Référence (ID) : 1733742
Disponibilité : En stock



























