Robert Devereux, comte d'Essex – Marcus Gheeraerts (1561-1636)
Artiste : Marcus Gheeraerts (1561-1636)
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Ce portrait de Robert Devereux, 2e comte d'Essex, représente le célèbre courtisan et militaire vêtu d'une tenue blanche élégante agrémentée d'une fraise ; la composition générale de l'œuvre présente des similitudes frappantes avec des portraits connus du comte réalisés par Marcus Gheeraerts et son atelier. Gheeraerts est l'auteur de tous les portraits en pied du comte d'Essex datant de la fin du XVIe siècle. L'œuvre porte l'inscription « M Garrard », une forme anglicisée du nom de Gheeraerts. Dans la version qui nous intéresse — laquelle ressemble étroitement à un portrait conservé à Anglesey Abbey —, la tenue de Devereux diffère légèrement : elle est ornée de petits points noirs plutôt que de bandes de tissu blanc alternées. Le niveau de détail du costume, et tout particulièrement le rendu de la dentelle, est remarquable ; il témoigne de la maîtrise de l'artiste dans l'observation tout en soulignant l'importance de la mode comme marqueur social dans l'Angleterre élisabéthaine. La barbe de Devereux est également saisissante, sa texture drue semblant presque tangible. Le visage est d'un réalisme saisissant, l'artiste ayant rendu les joues colorées et les ridules autour des yeux avec une précision extrême. Il est possible de dater le portrait de manière approximative. Le ruban bleu autour du cou de Devereux fait partie des insignes de l'ordre de la Jarretière — distinction qu'il n'a reçue qu'en 1588. La fourchette chronologique peut être affinée grâce au fait que Devereux n'a laissé pousser sa barbe que lors de l'expédition de Cadix, en 1596. Sachant qu'il fut emprisonné en 1600, le portrait a donc probablement été peint durant les quatre années séparant 1596 de 1600.
Robert Devereux naquit en novembre 1565 dans le Herefordshire et entretint, dès sa naissance, des liens étroits avec la reine Élisabeth Iʳᵉ. Sa mère, Lettice Knollys, était à la fois cousine de la souveraine et dame de sa Chambre privée. Devereux grandit au domaine familial de Chartley, dans le Staffordshire, mais voyait rarement son père, qui participait à la colonisation de l'Irlande et y passait la majeure partie de son temps. À la mort de ce dernier en 1576, Devereux devint le deuxième comte d'Essex et fut placé sous la tutelle de la Couronne ; son éducation fut alors confiée à Lord Burghley ainsi qu'aux comtes de Sussex et de Huntingdon. Jeune homme brillant, il obtint une maîtrise ès arts au Trinity College de Cambridge. Après avoir passé quatre ans à parcourir la campagne britannique, il chercha à s'imposer à la cour en s'appuyant sur la réputation de son beau-père, Robert Dudley, comte de Leicester. Durant cette période, Devereux passa inaperçu, Élisabeth Iʳᵉ étant alors accaparée par les conflits européens ; il accompagna plutôt Dudley dans les Pays-Bas espagnols pour y faire son apprentissage militaire. Nommé colonel général de la cavalerie anglaise, il remporta une bataille décisive contre les Espagnols, exploit qui lui valut d'être fait chevalier-banneret. De retour en Angleterre en 1586, il devint une figure populaire de la cour et fut salué comme un héros de guerre. Il attira rapidement l'attention d'Élisabeth Iʳᵉ et devint l'un de ses proches compagnons, bénéficiant d'une protection dont les autres courtisans ne jouissaient pas. Robert Dudley tira parti de la popularité de son beau-fils pour servir ses propres desseins face à son rival, Walter Raleigh. En 1588, Devereux fut nommé Grand Écuyer et fait chevalier de l'ordre de la Jarretière. La même année, la mort de Robert Dudley le laissa dans une situation financière précaire tout en exacerbant sa rivalité avec Raleigh. Sa situation financière s'améliora toutefois lorsqu'il hérita du monopole de Dudley sur le commerce des vins doux. Il fut bientôt nommé membre du Conseil privé. Malgré cela, Devereux aspirait à une carrière militaire, y voyant la forme ultime du service rendu à la Couronne ainsi qu'un moyen de s'attirer les faveurs de la reine. Il s'estimait également plus compétent qu'Élisabeth Iʳᵉ pour diriger et cherchait à s'imposer comme son principal conseiller. En 1589, Devereux rejoignit l'expédition de l'Armada anglaise contre la volonté de la reine. Il parvint à rétablir leurs relations et se vit confier une armée pour soutenir le roi Henri de Navarre. Il participa au siège infructueux de Rouen avant de regagner la cour d'Angleterre en 1592. Plus tard, il contribua à la prise de Cadix, après avoir une fois de plus bravé les ordres d'Élisabeth Iʳᵉ. En conséquence, lors de la troisième Armada espagnole, les côtes anglaises se retrouvèrent sans défense ; bien qu'une tempête ait dispersé la flotte adverse, les relations entre la reine et Devereux continuèrent de se dégrader. Alors que la situation en Irlande devenait de plus en plus critique, Devereux fit savoir qu'il ne souhaitait pas diriger l'administration anglaise sur place, allant jusqu'à s'opposer ouvertement à Élisabeth Iʳᵉ. À la suite de cette altercation, il refusa de paraître à la cour tant qu'une audience privée avec la reine ne lui serait pas accordée. Devereux finit par être nommé Lord-député d'Irlande, avec pour mission d'écraser la rébellion de Tyrone. Après une série de décisions stratégiques malheureuses, il se retrouva à la tête d'une armée décimée par la maladie et la mort, à court de fonds et après avoir perdu plusieurs batailles. Il finit par affronter Tyrone, mais le noble irlandais refusa le combat face à des troupes aussi réduites, préférant négocier ; il en résulta une trêve. Devereux quitta l'Irlande en 1599 contre la volonté de la reine et, de retour en Angleterre, fut interrogé pendant cinq heures par le Conseil privé. Le Conseil conclut que la trêve conclue avec Tyrone était indéfendable et s'apparentait à une désertion. Il fut assigné à résidence ; Élisabeth Iʳᵉ prit apparemment sa défense à la cour et de nombreux courtisans justifièrent son retour d'Irlande. Toutefois, Cecil insista pour qu'un procès ait lieu ; en juin 1600, Devereux fut reconnu coupable, déchu de ses charges publiques et confiné à York House. Libéré en août, il avait perdu son monopole sur le commerce des vins doux, ce qui le plongea dans une situation financière précaire. Il entreprit alors d'organiser une rébellion et, en février 1601, marcha sur la Cité de Londres pour tenter d'obtenir une audience auprès de la reine. La tentative échoua ; qualifié de traître, Devereux se rendit après que les forces de la Couronne eurent attaqué sa demeure. Plus tard ce même mois, il fut jugé pour trahison, accusé d'avoir comploté pour renverser la reine et d'avoir pris le Conseil privé en otage. Reconnu coupable, il fut condamné à mort. Il obtint le privilège d'une exécution privée à la tour de Londres et fut décapité le 25 février 1601.
Marcus Gheeraerts est né à Bruges en 1561 ou 1562 et fut emmené en Angleterre en 1568 par son père, un peintre dont les œuvres sont rares mais comprennent un petit portrait d'Élisabeth Iʳᵉ ainsi que de nombreux dessins. Formé par son père et peut-être aussi élève de Lucas de Heere, Marcus réalisa son premier portrait conservé portant une inscription en 1593 ; toutefois, à cette date, il bénéficiait déjà du puissant mécénat de Sir Henry Lee, maître des divertissements royaux. En 1590, Gheeraerts épousa Magdalena, sœur du peintre John De Critz. Le couple eut six enfants, dont deux seulement semblent avoir survécu. Gheeraerts fut le portraitiste le plus distingué et le plus en vogue des années 1590, statut qu'il conserva après la mort d'Élisabeth en devenant le peintre favori de la reine de Jacques Iᵉʳ, Anne de Danemark. Naturalisé en 1618, il occupait toujours la fonction de « peintre » royal cette année-là, lorsqu'il perçut les derniers paiements attestés pour des portraits de la famille royale. Cependant, durant la seconde moitié des années 1610, la position de Gheeraerts déclina sous l'effet de la concurrence d'une nouvelle génération d'immigrés. Durant les vingt dernières années de sa vie, il fut principalement soutenu par la petite noblesse et par des universitaires qui posaient pour lui. Gheeraerts siégea au conseil de la *Painter-Stainers’ Company* (la guilde des peintres) dans les années 1620 et eut pour apprenti Ferdinando Clifton, qui fut admis comme membre à part entière de la guilde en 1627. Gheeraerts s'éteignit le 19 janvier 1636.
Ce portrait de Robert Devereux, 2e comte d'Essex, représente le célèbre courtisan et militaire vêtu d'une tenue blanche élégante agrémentée d'une fraise ; la composition générale de l'œuvre présente des similitudes frappantes avec des portraits connus du comte réalisés par Marcus Gheeraerts et son atelier. Gheeraerts est l'auteur de tous les portraits en pied du comte d'Essex datant de la fin du XVIe siècle. L'œuvre porte l'inscription « M Garrard », une forme anglicisée du nom de Gheeraerts. Dans la version qui nous intéresse — laquelle ressemble étroitement à un portrait conservé à Anglesey Abbey —, la tenue de Devereux diffère légèrement : elle est ornée de petits points noirs plutôt que de bandes de tissu blanc alternées. Le niveau de détail du costume, et tout particulièrement le rendu de la dentelle, est remarquable ; il témoigne de la maîtrise de l'artiste dans l'observation tout en soulignant l'importance de la mode comme marqueur social dans l'Angleterre élisabéthaine. La barbe de Devereux est également saisissante, sa texture drue semblant presque tangible. Le visage est d'un réalisme saisissant, l'artiste ayant rendu les joues colorées et les ridules autour des yeux avec une précision extrême. Il est possible de dater le portrait de manière approximative. Le ruban bleu autour du cou de Devereux fait partie des insignes de l'ordre de la Jarretière — distinction qu'il n'a reçue qu'en 1588. La fourchette chronologique peut être affinée grâce au fait que Devereux n'a laissé pousser sa barbe que lors de l'expédition de Cadix, en 1596. Sachant qu'il fut emprisonné en 1600, le portrait a donc probablement été peint durant les quatre années séparant 1596 de 1600.
Robert Devereux naquit en novembre 1565 dans le Herefordshire et entretint, dès sa naissance, des liens étroits avec la reine Élisabeth Iʳᵉ. Sa mère, Lettice Knollys, était à la fois cousine de la souveraine et dame de sa Chambre privée. Devereux grandit au domaine familial de Chartley, dans le Staffordshire, mais voyait rarement son père, qui participait à la colonisation de l'Irlande et y passait la majeure partie de son temps. À la mort de ce dernier en 1576, Devereux devint le deuxième comte d'Essex et fut placé sous la tutelle de la Couronne ; son éducation fut alors confiée à Lord Burghley ainsi qu'aux comtes de Sussex et de Huntingdon. Jeune homme brillant, il obtint une maîtrise ès arts au Trinity College de Cambridge. Après avoir passé quatre ans à parcourir la campagne britannique, il chercha à s'imposer à la cour en s'appuyant sur la réputation de son beau-père, Robert Dudley, comte de Leicester. Durant cette période, Devereux passa inaperçu, Élisabeth Iʳᵉ étant alors accaparée par les conflits européens ; il accompagna plutôt Dudley dans les Pays-Bas espagnols pour y faire son apprentissage militaire. Nommé colonel général de la cavalerie anglaise, il remporta une bataille décisive contre les Espagnols, exploit qui lui valut d'être fait chevalier-banneret. De retour en Angleterre en 1586, il devint une figure populaire de la cour et fut salué comme un héros de guerre. Il attira rapidement l'attention d'Élisabeth Iʳᵉ et devint l'un de ses proches compagnons, bénéficiant d'une protection dont les autres courtisans ne jouissaient pas. Robert Dudley tira parti de la popularité de son beau-fils pour servir ses propres desseins face à son rival, Walter Raleigh. En 1588, Devereux fut nommé Grand Écuyer et fait chevalier de l'ordre de la Jarretière. La même année, la mort de Robert Dudley le laissa dans une situation financière précaire tout en exacerbant sa rivalité avec Raleigh. Sa situation financière s'améliora toutefois lorsqu'il hérita du monopole de Dudley sur le commerce des vins doux. Il fut bientôt nommé membre du Conseil privé. Malgré cela, Devereux aspirait à une carrière militaire, y voyant la forme ultime du service rendu à la Couronne ainsi qu'un moyen de s'attirer les faveurs de la reine. Il s'estimait également plus compétent qu'Élisabeth Iʳᵉ pour diriger et cherchait à s'imposer comme son principal conseiller. En 1589, Devereux rejoignit l'expédition de l'Armada anglaise contre la volonté de la reine. Il parvint à rétablir leurs relations et se vit confier une armée pour soutenir le roi Henri de Navarre. Il participa au siège infructueux de Rouen avant de regagner la cour d'Angleterre en 1592. Plus tard, il contribua à la prise de Cadix, après avoir une fois de plus bravé les ordres d'Élisabeth Iʳᵉ. En conséquence, lors de la troisième Armada espagnole, les côtes anglaises se retrouvèrent sans défense ; bien qu'une tempête ait dispersé la flotte adverse, les relations entre la reine et Devereux continuèrent de se dégrader. Alors que la situation en Irlande devenait de plus en plus critique, Devereux fit savoir qu'il ne souhaitait pas diriger l'administration anglaise sur place, allant jusqu'à s'opposer ouvertement à Élisabeth Iʳᵉ. À la suite de cette altercation, il refusa de paraître à la cour tant qu'une audience privée avec la reine ne lui serait pas accordée. Devereux finit par être nommé Lord-député d'Irlande, avec pour mission d'écraser la rébellion de Tyrone. Après une série de décisions stratégiques malheureuses, il se retrouva à la tête d'une armée décimée par la maladie et la mort, à court de fonds et après avoir perdu plusieurs batailles. Il finit par affronter Tyrone, mais le noble irlandais refusa le combat face à des troupes aussi réduites, préférant négocier ; il en résulta une trêve. Devereux quitta l'Irlande en 1599 contre la volonté de la reine et, de retour en Angleterre, fut interrogé pendant cinq heures par le Conseil privé. Le Conseil conclut que la trêve conclue avec Tyrone était indéfendable et s'apparentait à une désertion. Il fut assigné à résidence ; Élisabeth Iʳᵉ prit apparemment sa défense à la cour et de nombreux courtisans justifièrent son retour d'Irlande. Toutefois, Cecil insista pour qu'un procès ait lieu ; en juin 1600, Devereux fut reconnu coupable, déchu de ses charges publiques et confiné à York House. Libéré en août, il avait perdu son monopole sur le commerce des vins doux, ce qui le plongea dans une situation financière précaire. Il entreprit alors d'organiser une rébellion et, en février 1601, marcha sur la Cité de Londres pour tenter d'obtenir une audience auprès de la reine. La tentative échoua ; qualifié de traître, Devereux se rendit après que les forces de la Couronne eurent attaqué sa demeure. Plus tard ce même mois, il fut jugé pour trahison, accusé d'avoir comploté pour renverser la reine et d'avoir pris le Conseil privé en otage. Reconnu coupable, il fut condamné à mort. Il obtint le privilège d'une exécution privée à la tour de Londres et fut décapité le 25 février 1601.
Marcus Gheeraerts est né à Bruges en 1561 ou 1562 et fut emmené en Angleterre en 1568 par son père, un peintre dont les œuvres sont rares mais comprennent un petit portrait d'Élisabeth Iʳᵉ ainsi que de nombreux dessins. Formé par son père et peut-être aussi élève de Lucas de Heere, Marcus réalisa son premier portrait conservé portant une inscription en 1593 ; toutefois, à cette date, il bénéficiait déjà du puissant mécénat de Sir Henry Lee, maître des divertissements royaux. En 1590, Gheeraerts épousa Magdalena, sœur du peintre John De Critz. Le couple eut six enfants, dont deux seulement semblent avoir survécu. Gheeraerts fut le portraitiste le plus distingué et le plus en vogue des années 1590, statut qu'il conserva après la mort d'Élisabeth en devenant le peintre favori de la reine de Jacques Iᵉʳ, Anne de Danemark. Naturalisé en 1618, il occupait toujours la fonction de « peintre » royal cette année-là, lorsqu'il perçut les derniers paiements attestés pour des portraits de la famille royale. Cependant, durant la seconde moitié des années 1610, la position de Gheeraerts déclina sous l'effet de la concurrence d'une nouvelle génération d'immigrés. Durant les vingt dernières années de sa vie, il fut principalement soutenu par la petite noblesse et par des universitaires qui posaient pour lui. Gheeraerts siégea au conseil de la *Painter-Stainers’ Company* (la guilde des peintres) dans les années 1620 et eut pour apprenti Ferdinando Clifton, qui fut admis comme membre à part entière de la guilde en 1627. Gheeraerts s'éteignit le 19 janvier 1636.
42 000 €
Epoque : 16ème siècle
Style : Antiquités anglaises
Etat : Très bon état
Matière : Huile sur bois
Largeur : 61.6cm
Hauteur : 75.3cm
Référence (ID) : 1811563
Disponibilité : En stock
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