Milon Of Croton, Large Patinated Plaster Cast, After Edme Dumont. France, Second Half Of The 19th Century.
Milon Of Croton, Large Patinated Plaster Cast, After Edme Dumont. France, Second Half Of The 19th Century.-photo-2
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Milon Of Croton, Large Patinated Plaster Cast, After Edme Dumont. France, Second Half Of The 19th Century.

Important moulage en plâtre représentant Milon de Crotone, d’après le morceau de réception du sculpteur français Edme Dumont (1720-1775) à l’Académie royale de peinture et de sculpture, exécuté en marbre en 1768 et aujourd’hui conservé au musée du Louvre.

Milon de Crotone, athlète grec du VIe siècle avant notre ère, fut l’une des figures les plus célèbres de l’Antiquité pour sa force prodigieuse et ses nombreuses victoires aux jeux panhelléniques. La tradition rapporte que, devenu âgé, il voulut éprouver une dernière fois sa puissance en tentant d’écarter de ses mains un tronc d’arbre que des bûcherons avaient commencé à fendre à l’aide de coins. Le bois se referma sur ses mains, le laissant prisonnier et sans défense ; incapable de se dégager, il fut finalement livré aux bêtes sauvages. Ce sujet dramatique, qui confronte la force physique à sa propre limite et annonce la mort du héros, connut une importante fortune dans la sculpture française, notamment avec le célèbre Milon de Crotone de Pierre Puget, auquel la composition d’Edme Dumont fait directement écho.

Dumont choisit cependant une composition très personnelle. Milon est représenté seul, le corps entièrement replié autour du tronc qui devient l’axe de la sculpture. La tête profondément inclinée, le torse contracté et les bras tendus vers le bois traduisent moins l’exaltation héroïque que l’instant où la force de l’athlète commence à lui faire défaut. La composition repose sur une remarquable succession de tensions et de courbes : le puissant arc formé par le dos répond au mouvement des jambes, tandis que la torsion du torse et l’abaissement de la tête concentrent toute l’expression sur les mains prises dans le tronc. Le traitement anatomique, particulièrement développé, met en évidence la musculature du dos, des épaules, du thorax et des jambes, ainsi que les tendons et le réseau veineux des mains et des pieds.

Le modèle occupe une place particulièrement intéressante dans la carrière relativement brève d’Edme Dumont. Issu d’une importante dynastie de sculpteurs français, Edme est le fils de François Dumont (1687-1726) et appartient à une famille active dans la sculpture pendant plusieurs générations. Entre 1750 et 1752, alors qu’il appartient à la première promotion de l’École royale des élèves protégés, fondée en 1748, il présente à Versailles plusieurs compositions mythologiques : un Céphale, un Polyphème et un premier Milon de Crotone. Les recherches récentes de Gaëtan Carlier ont montré que ces premiers morceaux académiques furent exécutés en terre cuite. Dumont reprend ensuite le sujet de Milon pour son morceau de réception à l’Académie royale.

Un modèle en plâtre du Milon est présenté au Salon de 1753 sous le numéro 168. L’exécution définitive en marbre est cependant considérablement retardée, Dumont éprouvant de grandes difficultés à obtenir un bloc de dimensions et de qualité convenables. Ce n’est finalement que le 29 octobre 1768, près de dix-sept années après les premières recherches autour du modèle, qu’il est reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture avec son Milon de Crotone en marbre.

L’œuvre est présentée au Salon de 1769, où elle est décrite comme représentant « Milon de Crotone [qui] essaie ses forces en ouvrant un tronc d’arbre que des bûcherons avaient entamé avec un coin ». Elle reçoit alors un accueil largement favorable, même si Denis Diderot se montre beaucoup plus réservé devant la brutalité du sujet et de son expression.

Le marbre rejoint les collections de l’Académie royale avant les bouleversements révolutionnaires. Saisi en août 1793, il est attribué en 1798 au musée spécial de l’École française à Versailles, inventorié dans les magasins de Versailles en 1824, puis placé au château de Saint-Cloud en 1827. Il entre probablement au musée du Louvre vers 1849, où il est aujourd’hui conservé au département des Sculptures sous le numéro d’inventaire MR 1839.

Le marbre original mesure 78,5 cm de hauteur, 40 cm de largeur et 38 cm de profondeur. Avec ses dimensions de 79,5 × 39 × 36,5 cm, le présent exemplaire reprend donc l’œuvre pratiquement à sa grandeur exacte. Il ne s’agit pas d’une réduction mais bien d’un moulage à grandeur du modèle, conservant les proportions du morceau de réception de Dumont.

Cette correspondance dimensionnelle est d’autant plus intéressante que le Milon de Crotone faisait partie au XIXe siècle du répertoire officiel des moulages proposés par le musée du Louvre. Le Catalogue des plâtres qui se trouvent au Bureau de vente du moulage, Palais du Louvre – Pavillon Daru, publié à Paris par l’Imprimerie impériale en 1864, mentionne expressément, dans sa section consacrée aux statues modernes : « Milon de Crotone, par Edme Dumont, 1768 », avec une hauteur indiquée de 0,81 mètre et un prix de vente de 50 francs.

Cette documentation établit ainsi avec certitude que le modèle de Dumont était pris en empreinte et diffusé en plâtre à grandeur par le service de moulage du musée du Louvre dès le Second Empire. La légère variation entre les 81 cm indiqués dans le catalogue de 1864, les 78,5 cm du marbre et les 79,5 cm du présent exemplaire peut notamment s’expliquer par les méthodes de mesure et les particularités propres aux différents tirages.

Le modèle continua d’appartenir au répertoire des ateliers de moulage des Musées nationaux et demeure encore aujourd’hui proposé par les Ateliers d’Art de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais, sous la référence PF005888. Le moulage contemporain est donné dans des dimensions de 79 × 40 × 38 cm, dimensions là encore presque exactement superposables à celles du présent exemplaire. Il est actuellement réalisé uniquement sur commande, avec possibilité de choisir matériaux et finitions, à partir de 4 800 euros.

Le présent exemplaire se distingue toutefois très nettement d’un simple plâtre blanc par la qualité et la complexité de sa finition. Après moulage, les surfaces ont fait l’objet d’un important travail de réparage, destiné à reprendre les raccords et coutures laissés par les différentes pièces du moule et à restituer la continuité du modelé. Les grandes surfaces anatomiques, notamment le dos, le thorax, les bras et les jambes, présentent ainsi une remarquable fluidité, tandis que les détails les plus fins demeurent parfaitement lisibles : boucles de la chevelure, traits du visage, articulations des doigts et des orteils, veines des mains, tendons des pieds, texture de l’écorce et plis de la draperie.

Le plâtre a ensuite reçu une patine particulièrement élaborée destinée à imiter l’apparence d’un bronze ancien. Sur un fond profond brun-noir apparaissent de discrètes nuances vertes et vert-de-gris, particulièrement sensibles dans les creux du modelé, autour du tronc et de la draperie. Les parties saillantes présentent au contraire des tonalités plus chaudes, brun-rouge à cuivrées, perceptibles notamment sur le visage, les boucles de la chevelure, les mains, les pieds et les arêtes du tronc.

Ces différentes tonalités produisent une véritable illusion de matière : les reliefs semblent laisser apparaître le métal sous une patine sombre tandis que les creux prennent les nuances verdâtres traditionnellement associées à l’oxydation du bronze. Les usures anciennes et les frottements ont encore accentué cet effet, révélant ponctuellement la préparation chaude sous les couches les plus sombres. La patine participe ainsi pleinement à la lecture de la sculpture et à l’accentuation de son puissant modelé.

Cette finition est à rapprocher des pratiques documentées dans les grands ateliers de moulage au tournant des XIXe et XXe siècles. Les recherches consacrées à l’Atelier de moulage du Louvre ont notamment établi que certains clients pouvaient demander des épreuves bénéficiant d’un réparage particulièrement poussé et d’une patine, ces opérations constituant un travail supplémentaire par rapport au moulage blanc ordinaire. Au début du XXe siècle, un supplément pouvant atteindre environ 30 % du prix catalogue est documenté pour des travaux de « réparage et patine ».

Le présent Milon de Crotone ne porte cependant aucune estampille, signature ni marque d’atelier visible, ni sur la terrasse ni sous la base. Il n’est donc pas possible, en l’état actuel des recherches, de l’attribuer avec certitude à l’Atelier de moulage du musée du Louvre. Cette attribution doit rester une hypothèse, d’autant que plusieurs ateliers privés participèrent également au XIXe siècle à la diffusion des grands modèles de la sculpture française.

La proximité exceptionnelle de ses dimensions avec celles du marbre original et avec celles des moulages du Louvre, la précision du tirage, la qualité du réparage et le caractère particulièrement élaboré de sa patine témoignent néanmoins d’une production de grande qualité, directement inscrite dans la tradition des moulages à grandeur diffusant les chefs-d’œuvre des collections publiques françaises.

Le modèle connut parallèlement une importante diffusion en bronze au cours du XIXe siècle. Plusieurs fontes à grandeur du marbre, autour de 77 à 80 cm, sont documentées, tandis que Susse Frères édita également la composition dans différentes réductions et posséda un chef-modèle spécifique. Cette diffusion témoigne de la fortune durable du Milon de Crotone de Dumont et de la place qu’il occupa dans le répertoire de la sculpture française du XVIIIe siècle redécouverte et largement reproduite au siècle suivant.

Malgré quelques frottements, petites lacunes de patine et accidents ponctuels inhérents à la fragilité du matériau, l’exemplaire conserve une très belle présence et surtout une patine ancienne d’une remarquable qualité, dont les nuances brunes, noires, cuivrées et vertes donnent au plâtre l’apparence d’un véritable bronze patiné par le temps.

Dimensions : H. 79,5 × L. 39 × P. 36,5 cm.

Bibliographie et œuvres en rapport : Musée du Louvre, Edme Dumont, Milon de Crotone, 1768, marbre, inv. MR 1839 ; Catalogue des plâtres qui se trouvent au Bureau de vente du moulage, Palais du Louvre – Pavillon Daru, Musée impérial du Louvre, Paris, Imprimerie impériale, 1864, p. 12 ; Gaëtan Carlier, Les Dumont, 1660-1788. Une famille au service de la sculpture au XVIIIe siècle, thèse de l’École nationale des chartes, 2021 ; Ateliers d’Art de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais, Milon de Crotone, d’après Edme Dumont, réf. PF005888.
1 800 €

Period: 19th century

Style: Rome and Antic Greece

Condition: Good condition

Material: Plaster

Reference (ID): 1811091

Availability: In stock

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3 grande rue
La Chapelle-sur-Oreuse 89260, France

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