Rare figure ancestrale féminine (Wan/Waken) & bilum traditionnel, Sawos Mid Sépik, Papouasie NG
Grande figure ancestrale féminine (Wan/Waken) avec son exceptionnel bilum cérémoniel. Culture Sawos – Moyen Sepik, Papouasie–Nouvelle-GuinéeBois sculpté, pigments naturels, cheveux humains, cauris, coquillage kina (Pinctada maxima), fibres végétales et bilum tissé.
Fin du XIXᵉ siècle – début du XXᵉ siècle.Hauteur : 80 cm
Cette importante figure ancestrale féminine provient de la région du Moyen Sepik, au nord de la Papouasie–Nouvelle-Guinée, et peut être attribuée avec une forte probabilité à la culture Sawos, peuple forestier établi dans les plaines marécageuses situées en retrait des rives du Sepik, notamment dans les secteurs de Gaikorobi, Yamök et Kwalunggei. Étroitement liés aux Iatmul installés sur les berges du fleuve, les Sawos comptent parmi les plus grands sculpteurs de cette région, leurs œuvres ayant largement contribué au rayonnement artistique du Moyen Sepik.
Bien que les figures masculines soient les plus fréquemment publiées, les représentations féminines occupaient une place tout aussi essentielle dans la cosmologie sawos. Elles incarnaient les lignées ancestrales, la continuité du clan, la fécondité, la protection spirituelle et la transmission des savoirs. Leur rareté dans les collections publiques et privées confère un intérêt tout particulier aux exemplaires anciens conservés avec leurs attributs d’origine.
Chez les Sawos, les grandes sculptures anthropomorphes conservées dans les maisons cérémonielles représentaient des êtres ancestraux puissants, généralement désignés dans la littérature sous les noms de wan ou waken. Chaque figure appartenait à un clan particulier, portait le nom d’un ancêtre fondateur et incarnait sa présence spirituelle. Elles n’étaient pas perçues comme de simples représentations mais comme de véritables entités vivantes capables d’intervenir dans la destinée de la communauté.
Le Metropolitan Museum of Art de New York conserve notamment une remarquable figure ancestrale Sawos nommée Minjemtimi, réputée provenir du village de Kwalunggei. Selon la tradition orale recueillie auprès de ses détenteurs, cette sculpture se serait animée afin de défendre son village contre une attaque ennemie avant de redevenir une figure de bois après avoir été blessée au bras par une lance. Ce récit illustre parfaitement le statut exceptionnel accordé à ces effigies ancestrales dans les sociétés du Moyen Sepik.
Notre sculpture s’inscrit pleinement dans cette tradition. Son visage puissamment modelé, aux yeux incrustés de cauris, est rehaussé de pigments géométriques rouges et blancs caractéristiques des arts du Sepik. La frontalité hiératique de la figure, l’équilibre de ses volumes, la monumentalité de la tête, le torse allongé et les jambes volontairement raccourcies privilégient la puissance symbolique plutôt que le réalisme anatomique. Les éléments de parure ainsi que le traitement du visage rappellent certaines grandes figures et crochets anthropomorphes féminins conservés au Musée du quai Branly – Jacques Chirac, confirmant son appartenance au langage stylistique propre à la culture Sawos.
L’œuvre conserve un ensemble exceptionnel de ses attributs d’origine. La tête est encore garnie de cheveux humains, élément rituel particulièrement recherché, tandis que les oreilles, les bras et les chevilles conservent leurs parures traditionnelles en fibres végétales. La figure porte également une importante monnaie de prestige en nacre de kina (Pinctada maxima), accompagnée de colliers de cauris et de coquillages, rappelant le rôle fondamental de ces matériaux dans les échanges, le prestige social et la vie cérémonielle des sociétés mélanésiennes.
Elle conserve surtout un exceptionnel bilum miniature, parfaitement adapté aux dimensions de la sculpture et très probablement réalisé spécifiquement pour accompagner cette figure rituelle. Tissé avec un fin fil végétal d’une remarquable régularité, il intègre directement à sa trame de nombreux petits coquillages et se termine par un élégant coquillage conique. Bien plus qu’un simple accessoire, ce bilum constitue une véritable œuvre textile illustrant le raffinement des savoir-faire des peuples du Moyen Sepik. Sa finesse d’exécution, son excellent état de conservation et sa parfaite cohérence avec la sculpture en font un témoignage ethnographique de tout premier ordre.
Les Sawos entretenaient des relations historiques étroites avec leurs voisins Iatmul, auxquels ils fournissaient notamment le sagou, aliment fondamental de la région, ainsi que de nombreux objets sculptés destinés aux usages cérémoniels. Les recherches de Markus Schindlbeck ont montré combien cette économie d’échanges, l’organisation des clans et les croyances religieuses formaient un ensemble profondément cohérent, dans lequel les figures ancestrales occupaient une place centrale.
Des œuvres comparables sont aujourd’hui conservées dans plusieurs institutions majeures, notamment au Musée du quai Branly – Jacques Chirac à Paris, au Metropolitan Museum of Art de New York et au Museum der Kulturen de Bâle, confirmant l’importance patrimoniale de cette tradition sculpturale du Moyen Sepik.
Par son ancienneté, la qualité de sa sculpture, la rareté de son iconographie féminine, la remarquable conservation de ses cheveux humains, de ses parures, de sa monnaie de prestige en nacre de kina et surtout de son exceptionnel bilum cérémoniel, cette œuvre constitue un ensemble d’une rare cohérence. Elle témoigne avec une remarquable intensité de la richesse des traditions artistiques et spirituelles des Sawos et figure parmi les expressions les plus raffinées de l’art cérémoniel du Moyen Sepik.
Provenance :
- Vente Dawo’s, mars 2025, lot 938.
- Ancienne collection privée.
Epoque : 20ème siècle
Style : Art Premier
Etat : Etat d'usage
Matière : Bois massif
Largeur : 30 cm
Hauteur : 80 cm
Référence (ID) : 1800558
Disponibilité : En stock

































