Charles Monginot, "Singerie", circa 1850, dans un beau cadre doré du début du XIXe siècle
Charles Monginot fut l’un des plus talentueux disciples de Thomas Couture. Celui-ci appréciait son élève dont il fit le portrait et dont il détenait des œuvres.
C’est d’ailleurs dans l’atelier de Couture que Monginot rencontra Edouard Manet, qui sera l’un de ses meilleurs amis. Il lui procurera des accessoires d’atelier, le verra souvent au café Guerbois, tandis que Manet le fera figurer en 1860 dans La Musique aux Tuileries en compagnie de Baudelaire, Offenbach, Théophile Gautier, etc. Notre peintre était aussi un camarade d’Eugène Boudin qui lui adressa à Paris le jeune Claude Monet – lequel sera enchanté de l’accueil de Monginotchez qui il rencontra Manet pour la première fois. Pour autant, malgré cette proximité biographique, Charles Monginot ne se rallia pas aux recherches des impressionnistes, restant proche de la manière de Couture. De 1850 à 1881, il exposa presque chaque année au Salon des scènes de genre, des sujets anecdotiques, des tableaux animaliers, des fleurs, toujours troussés avec une habileté échappant au vulgaire et une vraie part d’humour.
Présentes dans l’art depuis le XVIe siècle, illustrées notamment par David Téniers ou Jean-Baptiste Chardin, - sans omettre le célèbre décor de Christophe Huet au château de Chantilly -, les singeries constituaient aussi bien une fantaisie réjouissante qu’une parodie philosophique des humains. Dans « l’animalomanie » qui s’empara de l’époque romantique, - dont les Scènes de la vie publique et privée des animaux de Grandville constituent le sommet -, c’est à Gabriel-Alexandre Decamps qu’il revint de reprendre le filon des tableaux de singes imitant des hommes. Tableaux dont l’arrière-pensée était sans doute que les uns ne sont pas moins ridicules que les autres ! Notre peinture fut fatalement attribuée à Decamps (dont nous ne reconnaissons pas ici la main) au moyen d’une signature indue. C’était oublier que Charles Monginot fut aussi un grand fabricant de singeries. Singe sculpteur, singe peintre, singe marmiton, singe concierge, singe veilleur de nuit, singe se mirant dans un plat d’argent, abondent dans son œuvre et annoncent notre cousinage darwinien. Monginot revint à plusieurs reprises sur le thème d’un singe assis devant un grand grimoire aux pages chiffonnées, doigt posé sur des lignes dont il feint de comprendre le sens. La gravure d’un de ses tableaux montre ce singe instruisant son petit devant ledit grimoire, au milieu d’un grenier encombré de vieux livres et d’instruments de musique. Notre toile reprend ce singe central et son grand livre, mais l’assortit sur le côté d’une dame singe s’admirant dans un miroir. L’artiste tire sa scène vers le mystère plus que vers le comique en la plongeant dans un subtil clair-obscur où les singes se fondent dans les ombres. La blancheur éblouissante des pages déchire le camaïeu gris-bleu du grenier alentour.
Epoque : 19ème siècle
Style : Autre style
Etat : Très bon état
Matière : Huile sur toile
Longueur : 33
Largeur : 37
Référence (ID) : 1732545
Disponibilité : En stock




















