Louis XV Period Greek-style Chest Of Drawers Stamped Montigny.
Interessante et élégante commode d’entre-deux à la grecque d’époque Louis XV, estampillée à deux reprises MONTIGNY et poinçonnée de la Jurande des Maîtres Ébénistes (JME), reposant sur quatre hauts pieds galbés à facettes terminés par des sabots de bronze simulant des pattes de lion.
Cette remarquable commode parisienne illustre avec beaucoup de raffinement la période dite de « Transition », non comme une époque autonome, mais comme cette évolution stylistique qui s’opère dans les dernières années du règne de Louis XV, entre environ 1765 et 1775, sous l’impulsion des grands ébénistes parisiens tels que Jean-François Oeben. Le goût rocaille hérité du plein Louis XV y évolue progressivement vers une esthétique plus architecturée et géométrique annonçant déjà le style Louis XVI.
Notre commode constitue à ce titre un exemple particulièrement représentatif de ce goût « à la grecque » décrit par Pierre Kjellberg : les formes demeurent encore souples et galbées — hauts pieds cambrés, traverse basse chantournée, tablier animé — tandis que le décor adopte déjà une rigueur nouvelle fondée sur la symétrie, les compartimentages et les encadrements géométriques.
La caisse, de forme orthogonale à ressauts, présente une façade structurée en trois panneaux rectangulaires hiérarchisés. Les montants antérieurs arrondis sont subtilement placés en retrait des plans de façade et des côtés, créant un élégant jeu d’arêtes et de décrochements particulièrement sophistiqué. Ce raffinement architectural se retrouve jusque dans la découpe du marbre, lequel épouse parfaitement les mouvements du bâti, y compris au niveau des ressauts arrière — détail rarement conservé et révélateur d’une exécution de très grande qualité.
Les trois panneaux de façade sont traités en frisage de satiné à quatre feuilles, motif ouvert dit « en fougère », offrant une lecture lumineuse et rayonnante des surfaces. Les panneaux latéraux, également en satiné, adoptent au contraire un frisage à quatre feuilles fermé dit « en pointe de diamant », produisant un effet plus contenu et plus architecturé. Cette opposition subtile entre façade ouverte et côtés fermés témoigne d’une véritable science décorative dans l’organisation des placages.
Le décor repose principalement sur l’emploi du satiné, du bois de rose et de l’amarante, rehaussés de fins filets de buis. Le panneau central reçoit un encadrement de filets raccordés à la grecque en bois teinté vert, soulignés de buis, détail particulièrement caractéristique des productions parisiennes raffinées de cette période.
Le raffinement se poursuit jusque dans l’intégration des bronzes au décor de placage. Les chutes de bronze ornant les montants antérieurs prennent place dans des réserves spécialement ménagées dans la marqueterie, soulignées d’amarante et de fins filets de buis. Cette manière de penser conjointement bronze et placage appartient pleinement à la grande tradition de l’ébénisterie parisienne du XVIIIe siècle.
Les bronzes d’origine, finement ciselés, présentent un très bel équilibre entre vocabulaire Louis XV et premiers accents Louis XVI. Les chutes à décor de feuillages stylisés et les descentes de pieds soulignent élégamment l’architecture du meuble, tandis que les sabots en forme de chaussons à pattes de lion rappellent le vocabulaire décoratif développé par Oeben et les grands ateliers parisiens de cette période.
Le remarquable tablier central constitue l’un des éléments les plus singuliers de cette commode. Peu courant, il adopte encore un mouvement très rocaille avec ses deux grands enroulements en virgule entrelacés, enrichis de rameaux feuillagés, de feuilles d’acanthe et de petites fleurettes. Ce bronze particulièrement vivant conserve toute la sensualité décorative du style Louis XV tout en s’inscrivant dans une composition désormais beaucoup plus symétrique et structurée.
La commode est coiffée de son superbe marbre d’origine en Brèche d’Alep, mouluré d’un congé en quart-de-rond. Très apprécié au XVIIIe siècle pour les dessus de commodes et les décors d’appartements aristocratiques, ce marbre spectaculaire mêle de grands fragments rosés, lie-de-vin, crème et brun dans une composition presque picturale. Son dessin extrêmement mouvementé dialogue admirablement avec les tonalités chaudes du placage.
Le plateau présente surtout une caractéristique rare : il reprend avec une très grande précision l’ensemble des mouvements du bâti, y compris les ressauts arrière de la caisse, démontrant qu’il fut exécuté spécifiquement pour ce meuble. Conservé dans un très bel état, il présente encore son poli ancien. L’intérieur révèle une qualité de fabrication remarquable.
Le bâti est principalement réalisé en chêne avec usage raisonné de résineux pour certaines parties secondaires, selon les habitudes des meilleurs ateliers parisiens du XVIIIe siècle. Les côtés sont alaisés de chêne et le dessus présente un parquetage ancien particulièrement soigné destiné à recevoir le lourd plateau de marbre.
Les tiroirs, entièrement d’origine, témoignent eux aussi d’une exécution raffinée : côtés et fonds en chêne, fonds coulissant en rainure, façades montées sur âme résineuse mais entièrement plaquées de chêne côté intérieur.
Ce type de finition intérieure, relativement rare, se rencontre sur certaines productions de grands maîtres ébénistes parisiens tels que Pierre Roussel, Jacques Dubois ou encore Bircklé, et traduit ici encore le soin porté jusque dans les parties invisibles du meuble.
Les serrures d’origine à palastre en bronze, les entrées de serrure, les bronzes, le marbre, les tiroirs ainsi que l’ensemble du bâti sont conservés avec une remarquable authenticité.
Philippe-Claude Montigny (1734–1800), reçu maître en 1766, appartient au cercle des importants ébénistes parisiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Fils de Louis Montigny, il reprend l’atelier familial situé près de la Bastille et se distingue rapidement par des meubles d’une grande rigueur architecturale. Les sources anciennes le décrivent comme « l’un des plus renommés pour les meubles en écaille et cuivre dans le goût de Boulle ». Le Mobilier national conserve aujourd’hui plusieurs œuvres de cet ébéniste, notamment des bureaux et secrétaires Louis XVI aux compositions très structurées. Les grandes ventes internationales de Christie’s et Sotheby’s ont également contribué à remettre en lumière l’importance de son travail dans le développement du goût « à la grecque » dans la lignée des créations d’Oeben.
Conservée plus de quarante ans dans la même collection après un achat en salle des ventes à Versailles en 1982, cette commode nous est parvenue dans un état de conservation exceptionnel. Elle présente seulement quelques anciennes restaurations localisées et discrètes de placage aux endroits traditionnels d’usage, notamment entre les tiroirs, sans aucun replaquage généralisé ni intervention lourde. Le vernis ancien, les bronzes non nettoyés, les serrures, le marbre et l’ensemble de la construction conservent une très belle homogénéité d’origine.
Il s’agit d’un très beau meuble parisien du règne de Louis XV, représentatif de cette période fascinante où l’ébénisterie française abandonne progressivement les derniers élans de la rocaille pour inventer le langage décoratif du néoclassicisme.
Dimensions : Hauteur : 86,5 cm Largeur : 90,5 cm Profondeur : 51 cm
Cette remarquable commode parisienne illustre avec beaucoup de raffinement la période dite de « Transition », non comme une époque autonome, mais comme cette évolution stylistique qui s’opère dans les dernières années du règne de Louis XV, entre environ 1765 et 1775, sous l’impulsion des grands ébénistes parisiens tels que Jean-François Oeben. Le goût rocaille hérité du plein Louis XV y évolue progressivement vers une esthétique plus architecturée et géométrique annonçant déjà le style Louis XVI.
Notre commode constitue à ce titre un exemple particulièrement représentatif de ce goût « à la grecque » décrit par Pierre Kjellberg : les formes demeurent encore souples et galbées — hauts pieds cambrés, traverse basse chantournée, tablier animé — tandis que le décor adopte déjà une rigueur nouvelle fondée sur la symétrie, les compartimentages et les encadrements géométriques.
La caisse, de forme orthogonale à ressauts, présente une façade structurée en trois panneaux rectangulaires hiérarchisés. Les montants antérieurs arrondis sont subtilement placés en retrait des plans de façade et des côtés, créant un élégant jeu d’arêtes et de décrochements particulièrement sophistiqué. Ce raffinement architectural se retrouve jusque dans la découpe du marbre, lequel épouse parfaitement les mouvements du bâti, y compris au niveau des ressauts arrière — détail rarement conservé et révélateur d’une exécution de très grande qualité.
Les trois panneaux de façade sont traités en frisage de satiné à quatre feuilles, motif ouvert dit « en fougère », offrant une lecture lumineuse et rayonnante des surfaces. Les panneaux latéraux, également en satiné, adoptent au contraire un frisage à quatre feuilles fermé dit « en pointe de diamant », produisant un effet plus contenu et plus architecturé. Cette opposition subtile entre façade ouverte et côtés fermés témoigne d’une véritable science décorative dans l’organisation des placages.
Le décor repose principalement sur l’emploi du satiné, du bois de rose et de l’amarante, rehaussés de fins filets de buis. Le panneau central reçoit un encadrement de filets raccordés à la grecque en bois teinté vert, soulignés de buis, détail particulièrement caractéristique des productions parisiennes raffinées de cette période.
Le raffinement se poursuit jusque dans l’intégration des bronzes au décor de placage. Les chutes de bronze ornant les montants antérieurs prennent place dans des réserves spécialement ménagées dans la marqueterie, soulignées d’amarante et de fins filets de buis. Cette manière de penser conjointement bronze et placage appartient pleinement à la grande tradition de l’ébénisterie parisienne du XVIIIe siècle.
Les bronzes d’origine, finement ciselés, présentent un très bel équilibre entre vocabulaire Louis XV et premiers accents Louis XVI. Les chutes à décor de feuillages stylisés et les descentes de pieds soulignent élégamment l’architecture du meuble, tandis que les sabots en forme de chaussons à pattes de lion rappellent le vocabulaire décoratif développé par Oeben et les grands ateliers parisiens de cette période.
Le remarquable tablier central constitue l’un des éléments les plus singuliers de cette commode. Peu courant, il adopte encore un mouvement très rocaille avec ses deux grands enroulements en virgule entrelacés, enrichis de rameaux feuillagés, de feuilles d’acanthe et de petites fleurettes. Ce bronze particulièrement vivant conserve toute la sensualité décorative du style Louis XV tout en s’inscrivant dans une composition désormais beaucoup plus symétrique et structurée.
La commode est coiffée de son superbe marbre d’origine en Brèche d’Alep, mouluré d’un congé en quart-de-rond. Très apprécié au XVIIIe siècle pour les dessus de commodes et les décors d’appartements aristocratiques, ce marbre spectaculaire mêle de grands fragments rosés, lie-de-vin, crème et brun dans une composition presque picturale. Son dessin extrêmement mouvementé dialogue admirablement avec les tonalités chaudes du placage.
Le plateau présente surtout une caractéristique rare : il reprend avec une très grande précision l’ensemble des mouvements du bâti, y compris les ressauts arrière de la caisse, démontrant qu’il fut exécuté spécifiquement pour ce meuble. Conservé dans un très bel état, il présente encore son poli ancien. L’intérieur révèle une qualité de fabrication remarquable.
Le bâti est principalement réalisé en chêne avec usage raisonné de résineux pour certaines parties secondaires, selon les habitudes des meilleurs ateliers parisiens du XVIIIe siècle. Les côtés sont alaisés de chêne et le dessus présente un parquetage ancien particulièrement soigné destiné à recevoir le lourd plateau de marbre.
Les tiroirs, entièrement d’origine, témoignent eux aussi d’une exécution raffinée : côtés et fonds en chêne, fonds coulissant en rainure, façades montées sur âme résineuse mais entièrement plaquées de chêne côté intérieur.
Ce type de finition intérieure, relativement rare, se rencontre sur certaines productions de grands maîtres ébénistes parisiens tels que Pierre Roussel, Jacques Dubois ou encore Bircklé, et traduit ici encore le soin porté jusque dans les parties invisibles du meuble.
Les serrures d’origine à palastre en bronze, les entrées de serrure, les bronzes, le marbre, les tiroirs ainsi que l’ensemble du bâti sont conservés avec une remarquable authenticité.
Philippe-Claude Montigny (1734–1800), reçu maître en 1766, appartient au cercle des importants ébénistes parisiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Fils de Louis Montigny, il reprend l’atelier familial situé près de la Bastille et se distingue rapidement par des meubles d’une grande rigueur architecturale. Les sources anciennes le décrivent comme « l’un des plus renommés pour les meubles en écaille et cuivre dans le goût de Boulle ». Le Mobilier national conserve aujourd’hui plusieurs œuvres de cet ébéniste, notamment des bureaux et secrétaires Louis XVI aux compositions très structurées. Les grandes ventes internationales de Christie’s et Sotheby’s ont également contribué à remettre en lumière l’importance de son travail dans le développement du goût « à la grecque » dans la lignée des créations d’Oeben.
Conservée plus de quarante ans dans la même collection après un achat en salle des ventes à Versailles en 1982, cette commode nous est parvenue dans un état de conservation exceptionnel. Elle présente seulement quelques anciennes restaurations localisées et discrètes de placage aux endroits traditionnels d’usage, notamment entre les tiroirs, sans aucun replaquage généralisé ni intervention lourde. Le vernis ancien, les bronzes non nettoyés, les serrures, le marbre et l’ensemble de la construction conservent une très belle homogénéité d’origine.
Il s’agit d’un très beau meuble parisien du règne de Louis XV, représentatif de cette période fascinante où l’ébénisterie française abandonne progressivement les derniers élans de la rocaille pour inventer le langage décoratif du néoclassicisme.
Dimensions : Hauteur : 86,5 cm Largeur : 90,5 cm Profondeur : 51 cm
4 400 €
Period: 18th century
Style: Louis 15th - Transition
Condition: Good condition
Material: Wood marquetry
Reference (ID): 1765683
Availability: In stock
Print






































