Versailles Architectures rêvées (1660-1815)

De l’installation de Louis XIV à Versailles à la transformation définitive du palais en musée par Louis-Philippe en 1837, la demeure royale a été un « chantier permanent ». D’Innombrables projets, plus ou moins ambitieux ou novateurs, sont nés à la demande du roi et de l’administration des Bâtiments du roi ou spontanément dans l’imagination des architectes. Les objectifs étaient divers: adapter le château aux nouveaux usages, y simplifier la vie quotidienne, l’habiller selon les modes esthétiques des époques successives, accentuer sa monumentalité ou lui donner plus de cohérence architecturale.

Premier projet de reconstruction du château de Versailles présenté au roi Louis XVI
Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon ©RMN- Grand Palais (château de versailles) / Gérard Blot

Colbert, surintendant des Bâtiments du Roi, en 1669, ou le comte d’Angiviller, directeur général des Bâtiments, Arts, Jardins et Manufactures de France, en 1780, lancent de véritables appels à idées auprès de nombreux architectes. Les architectes du roi, en particulier Ange Jacques Gabriel, proposent sans relâche des plans d’agrandissement spectaculaires. Pourtant, le goût des monarques, les circonstances politiques ou la situation des finances du royaume ne permettent à aucun de ces projets de transformation grandiose de voir le jour.

Fontaine pour les jardins de Versailles représentant le serpent Python encadré par la fureur et l’envie De Charles Le Brun Nationalmuseum, Stockholm © Cecilia Heisser, Nationalmuseum

Bénéficiant de nombreux prêts français et étrangers, l’exposition rassemble plus de cent dessins, plans et élévations d’architecture, projets généraux, constructions ponctuelles ou utopies. Elle se focalise sur la question de l’«Enveloppe » du château et surtout de la façade du côté de la ville, qui fait l’objet de centaines de propositions. Elle évoque également les projets successifs pour une chapelle ou une salle de de spectacle, ainsi que plusieurs exemples d’architectures de jardin.

Projet de façade pour le château de Versailles côté est Jean-François Heurtier Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © RMN – Grand Palais / Rene-Gabriel Ojeda, Thierry Le Mage

L’exposition s’appuie également sur la numérisation des plans du château réalisée dans le cadre du projet Verspera piloté par le Centre de recherche du château de Versailles, en collaboration avec les Archives Nationales, la Bibliothèque nationale de France et le laboratoire ETIS, sous l’égide de la Fondation des Sciences du Patrimoine.

Un dispositif multimédia permet aussi aux visiteurs de mieux comprendre certains des projets envisagés par les architectes. Les architectes amateurs pourront même créer leur propre château de Versailles, au gré de leurs fantaisies.

Versailles entouré d’une colonnade à la façon de Saint Pierre de Rome Marie-Joseph Peyre (1730-1785) Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © Château de Versailles, Jean-Marc Manai

Le public peut ainsi découvrir et s’approprier un Versailles tel qu’on ne l’a jamais vu mais tel qu’il aurait pu être, renouvelant ainsi la perception du bâtiment et mettant en valeur ce qui fait aujourd’hui encore sa singularité.

Cette exposition s’inscrit dans le cadre de la première Biennale d’architecture et de paysage de la Région Île-de-France qui a lieu à Versailles du 3 mai au 13 juillet 2019.

introduction

Le château de Versailles paraît au visiteur d’aujourd’hui le résultat grandiose d’un dessein clair et cohérent. Sa construction fut pourtant un long processus, fait d’hésitations, de réalisations partielles, de projets entrepris et abandonnés.

Louis XIV vécut à Versailles dans un chantier permanent. Louis XV hérita d’un palais fragile qu’il fallait moderniser. Louis XVI souhaita lui rendre la majesté et l’harmonie perdues. Napoléon envisagea de s’y installer, au prix d’une transformation radicale. Finalement, Louis-Philippe en fit un  musée, et ouvrit une nouvelle page de son histoire.

Vue et perspective du château de Versailles depuis l’avant-cour en 1664 Israël Silvestre (1621 – 1691) Eau-forte Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon © Château de Versailles, Dist. RMN-GP / © Christophe Fouin

Mais il existe un Versailles méconnu: celui des rêves et des ambitions avortées. Pour le meilleur ou pour le pire, le Château aurait pu avoir un tout autre visage, si les projets présentés dans cette exposition avaient été réalisés. Ils traduisent, sur le papier, l’imagination créatrice des architectes, leur compréhension du goût du roi et des besoins nouveaux, de l’air du temps, des contingences sociales et économiques. Ils invitent à rêver un Versailles tel qu’il ne fut jamais, mais tel qu’il aurait pu être …

Démolition du pavillon de la vieille aile sur les cours d’honneur du château de Versailles en 1814 pour la construction du pavillon Dufour Pierre Drahonet Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon © Château de Versailles, Jean-Marc Manai

Le Versailles de Louis XIV

Pris de passion pour le petit château construit à Versailles par son père Louis XIII, Louis XIV y entreprit des travaux tout au long de son règne.

Les hésitations, les ordres et contre-ordres, les constructions entamées puis aussitôt abandonnées caractérisent ce chantier permanent. Ces revirements s’expliquent par l’absence d’un programme général dictant les aménagements, mais également par l’évolution des usages du château. Louis XIV qui le considérait tout d’abord comme une résidence privée, y multiplia rapidement les séjours avant d’y installer la cour et le siège de son gouvernement (6 mai 1682). À la volonté initiale d’embellir l’architecture existante et d’améliorer le confort du souverain s’ajoutèrent de nouveaux enjeux: transformer le petit château de Louis XIII en un fastueux palais et l’adapter au cérémonial monarchique du Roi-Soleil.

Coupe longitudinale de la chapelle projetée en 1684 Agence des Bâtiments du roi Plume, encre et lavis Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon © Château de Versailles, Dist. RMN-GP / © Christophe Fouin

 

Une chapelle pour le roi

La Chapelle royale de Versailles fut inaugurée en 1710, à l’issue d’un long chantier. Elle fut précédée de plusieurs projets et édifices, qui furent autant d’étapes dans l’élaboration de la formule finalement adoptée. Loin d’être anecdotiques, ces différents projets permettent de cerner la genèse du sanctuaire royal mais aussi d’en comprendre les enjeux cérémoniels, politiques et religieux.

Vue du château de Versailles du côté jardin, avec un projet non réalisé de fontaine autour du bassin de Latone
Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon ©RMN- Grand Palais (château de versailles) / Gérard Blot

Une première chapelle est mentionnée dès 1663 dans le château hérité de Louis XIII. En 1670, lors de la création de l’Enveloppe, on déplaça le sanctuaire au Sud, à l’emplacement de l’actuelle salle des Gardes de la Reine. En 1672, une troisième chapelle, dont Charles Le Brun conçu le décor, fut projetée à proximité des appartements des souverains, dans l’actuelle salle du Sacre. Le chantier fut interrompu par la perspective de l’installation de la cour à Versailles, contraignant la chapelle à une nouvelle errance.

Après plusieurs emplacements provisoires, on envisagea en 1684 de construire un nouveau sanctuaire dans l’aile Nord. Cette solution – la plus spectaculaire – fut finalement, elle aussi abandonnée au profit de l’édification de la chapelle actuelle.

Façade côté ville : Projet avec un étage supplémentaire et un dôme / ou / Projet avec cheminées (retombe)
Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon ©RMN- Grand Palais (château de versailles) / Gérard Blot

Des théâtres à Versailles

L’installation d’une salle de théâtre à Versailles fut une succession de rebondissements, des premiers tréteaux installés pour Molière et sa troupe dans les jardins ou dans le vestibule du château jusqu’à la création de l’Opéra royal (1770) et du théâtre de l’aile Neuve (1786).

Tous les lieux de spectacle versaillais témoignent de la recherche permanente d’une solution idéale et pérenne, pour répondre à toutes les exigences de la résidence royale et de ses occupants. La quantité et la variété des salles réalisées ou simplement projetées depuis le règne de Louis XIV montrent que cette solution ne fut jamais trouvée : la cour s’accommodait parfaitement d’installations éphémères.

Architectures de jardin

Les jardins de Versailles firent l’objet de nombreux projets de bosquets mais aussi de constructions; si certains virent le jour, d’autres ne se réalisèrent que sur le papier. Bien loin de simples petites « fabriques » de jardin, ils auraient composé de véritables «morceaux d’architecture » en contrepoint du château lui-même.

En 1670, le peintre Charles Le Brun, actif pour les décors du château comme pour les modèles de statues du parc, conçut un long mur en fer à cheval autour du bassin de Latone, situé en contrebas du Parterre d’Eau. Dix-sept niches devaient accueillir des statues de dieux et d’allégories complétant l’histoire de la mère d’Apollon et de Diane.

Vers 1680, alors que l’architecture devenait de plus en plus présente dans les jardins, un amateur présenta au roi le projet d’un gigantesque «Palais des Muses », à l’extrémité de la Pièce d’eau des Suisses.

À la fin du règne de Louis XIV, l’architecte suédois Nicodème Tessin conçut plusieurs dessins pour un pavillon d’Apollon à l’extrêmité du Grand Canal. À la fois bibliothèque et musée, il aurait mesuré l’équivalent de la façade du corps central du château…

Le «Grand Projet» d’Ange-Jacques Gabriel

En 1715, la mort de Louis XIV entraîne l’installation de la cour à Paris. Pour la première fois depuis 1661, les travaux de Versailles sont interrompus.

En 1722, le jeune Louis XV annonce son retour dans le château de son aïeul. Il y entreprend de nombreux travaux, conduits sous l’autorité des Premiers architectes Robert de Cotte, Jacques V Gabriel, et surtout son fils, Ange-Jacques Gabriel, auteur du Petit Trianon (1762- 1769) et de l’Opéra royal (1763-1770).

À partir de 1742, Ange-Jacques Gabriel reprend le «Grand Dessein» de Jules Hardouin-Mansart. Pendant plus de vingt ans, l’architecte multiplie les propositions pour redonner majesté et monumentalité aux façades sur la ville. Inlassablement présenté au roi, son «Grand Projet » n’est finalement accepté qu’en 1771.

Le chantier connaît un spectaculaire début de réalisation avec la reconstruction de l’aile du Gouvernement qui menaçait ruine. Mais à la mort de Louis XV, les travaux sont interrompus. Seule l’aile Neuve (aujourd’hui aile Gabriel) est construite. La façade du château présente alors un aspect inabouti, hétéroclite et déséquilibré.

Le concours de 1780-1781

À son avènement en 1774, Louis XVI hérite d’un palais hétéroclite. Les façades du côté de la place d’Armes forment un ensemble asymétrique et les espaces intérieurs sont devenus trop exigus et peu adaptés au mode de vie des souverains.

La nécessité d’entreprendre des travaux s’impose. Le roi et son directeur des Bâtiments, le comte d’Angiviller, lancent en 1780 un appel à idées pour la reconstruction du château. Les propositions doivent répondre aux problèmes existants mais aussi se conformer au programme des palais du XVIIIe siècle : adapter la distribution intérieure pour associer les fonctions d’habitation, de représentation, de réception et d’exercice du pouvoir; scénariser l’espace urbain alentour; constituer une vitrine des arts français.

Huit architectes participent à ce concours. Six propositions sont conservées. Très diverses, elles peuvent être classées en deux catégories: réalistes et utopiques. Les réponses réalistes de Jean-François Heurtier et de Pierre Adrien Pâris conservent l’œuvre de Louis XIV en la modernisant dans un souci de rationalité économique et de respect des usages. Les dessins d’Étienne Louis Boullée, des frères Peyre et d’Antoine Leroy sont autant de propositions utopiques, voire fantaisistes.

Versailles sous l’Empire: les projets de Napoléon

Le 6 octobre 1789, la famille royale quitte définitivement Versailles. Transformé en dépôt d’œuvres d’art, en bibliothèque et en écoles, le château échappe aux destructions de la Révolution française. À l’avènement de l’Empire, le palais a perdu de son lustre : outre le déséquilibre de ses façades sur la ville, plusieurs années d’abandon lui donnent un air désolé.

En 1806, Napoléon songe à s’y installer. Il demande à l’architecte Jacques Gondoin de lui présenter des projets mais aucun n’est finalement adopté.

En 1810, à l’annonce du mariage de l’Empereur avec Marie-Louise de Habsbourg-Lorraine, petite-nièce de Marie-Antoinette, le projet de réoccupation de Versailles est à nouveau d’actualité. Napoléon envisage d’en faire un Palais impérial. Il confie à son Premier architecte, Pierre Fontaine, la mission de repenser les distributions intérieures et, surtout, de « trouver le moyen de faire du côté de Paris une façade aussi vaste et belle que celle des jardins » (Fontaine, Journal). Après avoir consulté les projets soumis à Louis XVI en 1781, Fontaine imagine des façades de plus en plus austères, symboles de l’infléchissement du régime vers une autorité et une rigidité toujours accrues.

Avec la reprise des guerres, les velléités d’installation à Versailles sont suspendues, pour ne plus jamais resurgir.

En savoir plus:

Château de Versailles

L’exposition jusqu’au 4 août 2019, tous les jours, sauf le lundi.

Site:  http://www.chateauversailles.fr