Le verre filigrané: une technique décorative très raffinée

Au cours du XVIe siècle, Venise s’affirme comme le centre verrier le plus novateur d’Europe. Les artisans de l’île de Murano mettent au point un verre nouveau, d’une telle limpidité qu’on le baptise cristallo par analogie au cristal de roche. Les verriers italiens se distinguent par leur inventivité et leurs prouesses techniques.

Parmi ces techniques nouvelles, on trouve le verre filigrané qui est obtenu en noyant de fines baguettes de verre blanc opaque  ( lattimo) ou  de diverses couleurs dans la masse incolore, leur permet de varier les décors à l’infini.

Aiguière à décor filigrané, Venise, XVIème (c) musée curtius
Carafe à décor filigrané, Venise, XVIIème (c) arts décoratifs
Burette à decor filigrané, Venise, XVIIème (c) art décoratifs

On distingue  trois catégories de décors aux graphismes différents : le “vetro a fili” où les “cannes” forment des lignes parallèles, le “vetro a retorti” dans lequel elles sont préalablement tordues en spirales et le “vetro a reticello “dans lequel elles s’entrecroisent pour former une résille rayonnantes, délicat filet dans lequel sont emprisonnées de minuscules bulles d’air.

La technique:

Le verrier étire une canne de verre avec un filet rectiligne, normalement opaque, blanc coloré à l’interne, revêtu de cristal transparent, pratiquement incolore. Les cannes coupées en segments égaux sont disposées en parallèle sur une plaque métallique recouverte d’argile réfractaire (ou sur une plaque céramique) qui est insérée à plusieurs reprises dans le four pour réchauffer au feu les cannes en même temps.

Chauffe Main. Verre Filigrane Murano, XXe siècle.
(c) Complément d’objets, Proantic.

À l’aide de la canne à souffler, le maître verrier cueille la plaque de verre formée par les cannes en roulant sur le côté le plus grand du rectangle, correspondant aux extrémités des cannes, un élément conique déjà préparé à l’extrémité de la même canne. Le cylindre ainsi formé est refermé à l’autre extrémité de la canne à souffler. La rotation de la canne et de l’objet en façonnage attaché à la canne permet d’imprimer un mouvement à spirales sur les  » cannes  » qui composent la paroi vitreuse et sur les fils décoratifs internes.  Pour le « reticello », très délicat à mettre en œuvre, deux verriers sont nécessaires et c’est en associant deux cylindres différemment décorés à chaud que l’effet filet se produit.

Les cours princières témoignèrent d’un vif engouement pour les pièces splendides réalisées à Venise et elles encouragèrent l’arrivée d’artisans vénitiens. Les multiples catégories de verre filigrané se sont rapidement répandues en Europe du Nord, au XVII° siècle, entraînant toute une production de pièces “façon Venise”, notamment aux Pays Bas. Depuis, le verre filigrané n’a jamais cessé d’avoir la faveur des verriers au cours des siècles, mais il faut signaler au XIXème siècle le regain important de sa production à Murano, sous l’impulsion de Domenico Bussolin, suivi de Pietro Bigaglia, et d’Antonio Salviati.