La vie dans l’enclos des Gobelins sous le directorat de Charles Le Brun (1663-1690)

En 1662, Colbert rassemble aux Gobelins plusieurs lissiers parisiens et y transfère ceux que Nicolas Fouquet, surintendant des finances déchu, avait employés pour son propre compte à Maincy, près de Vaux-le-Vicomte. Très vite, des orfèvres, ébénistes, menuisiers, lapidaires, peintres, graveurs et sculpteurs leur sont associés et forment aux Gobelins une «petite ville » tout entière au service de l’art et du roi.

Détail – Tenture de l’histoire du roi : le roi visitant la Manufacture des Gobelins
Paris, Manufacture des Gobelins (fabricant)
Atelier de Leblond (lissier)
D’après Le Brun, Charles (peintre)
Carton de Renard de Saint-André, Simon (peintre)
Treizième pièce de la tenture de l’Histoire du Roi ; 6ème série, 13ème pièce
Tissage de 1729 à 1734
Image : RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Christian Jean / Jean Schormans

Ces artistes et artisans bénéficient de statuts privilégiés : ils sont logés aux Gobelins avec leur famille et pensionnés par le roi. Ils ont l’obligation de former des apprentis pour constituer une main-d’œuvre hautement qualifiée au service de la Couronne. La plupart des peintres, sculpteurs et graveurs sont également membres de l’Académie royale de peinture et de sculpture. La manufacture revêt un caractère cosmopolite. Plusieurs artistes italiens et flamands, appelés en France par Colbert pour leur savoir-faire particulier, y travaillent et peuvent obtenir du roi des lettres de naturalité.

Nicolas de Largillierre, Portrait de Charles Le Brun,(entre 1683 et 1686),Paris, musée du Louvre.

L’ensemble de cette communauté est placée sous l’autorité de Charles Le Brun, premier peintre du roi et directeur de la manufacture. Ce dernier fournit les modèles des œuvres produites – toutes techniques confondues – et en supervise la production. Loin de l’image de « dictateur des arts » que la postérité a légué de l’artiste, le peintre doit être davantage perçu comme un chef d’orchestre, sachant s’appuyer sur les talents de ses collaborateurs.

Louis XIV visite la Manufacture des Gobelins, 15 octobre 1767,
Carton de tapisserie de Simon Renard de Saint-André
Huile sur toile, après 1667
Collection Louis XIV
Image : Château de Versailles, Dist. RMN / Jean-Marc Manaï

La manufacture des Gobelins renferme de nombreux ateliers, situés au rez-de-chaussée de bâtiments regroupés autour de cours et de jardins. L’étage supérieur des bâtiments est réservé aux logements des maîtres. Le Brun lui-même dispose d’une vaste demeure au cœur de la manufacture, ce qui lui permet d’en superviser les travaux. Dans leurs ateliers, les maîtres emploient chacun jusqu’à trente personnes et forment des apprentis.

Les Gobelins n’ont cependant pas le monopole des commandes de la Couronne, qui fait également appel aux artistes et artisans logés aux Louvre ou aux membres des corporations parisiennes, avec lesquels les maîtres des Gobelins collaborent souvent.

Exposition : Créer pour Louis XIV, les manufactures de la Couronne sous Colbert et Le Brun – Galerie des Gobelins jusqu’au 4 décembre 2019