Les « cris de Paris »

Les « cris de Paris » désignent l’univers des marchands ambulants, des petits métiers non qualifiés qui fourmillent dans les rues de Paris. Durant trois siècles, les « cris de Paris » ont constitué un thème d’inspiration littéraire, iconographique et musical.

Dessins à la sanguine représente des marchants ambulants. Appelés aussi « Cris de Paris », (c) Galerie Béatrice Chappas, Proantic

Un peu comme aujourd’hui sur les marchés, ces cris, au nombre d’une cinquantaine, étaient poussés par les marchands ambulants, qui exerçaient leurs activités dans les rues de la capitale, du Moyen Âge à la Première Guerre mondiale. Ils signalaient ainsi leur présence tout en animant les rues et les places de « cette grand’ville si belle mais si bruyante » (Boileau). Ces cris étaient réglementés en fonction de chaque corporation de métier.

Estampes colorées datées 1818, Cris de Paris. (c) Anquez Antiquités, Proantic

Histoire des cris de Paris

Les cris des marchands ambulants remontent à l’époque médiévale. Première forme orale de publicité, ils faisaient partie intégrante du bruit des villes. L’un des plus anciens témoignages historiques sur les cris de Paris nous est fourni par Le livre des métiers d’Étienne Boileau, ouvrage du XIIIe siècle où l’auteur décrit les mœurs et les coutumes des marchands. Le criage y apparaît comme un service public placé sous la dépendance de l’autorité royale.

Porcelaine de Meissen: série Cris de Paris. La marchande de Fleurs . (c) Pineaud gil, Proantic.

Hommes, femmes ou enfants déambulaient dans les rues et criaient leurs marchandises ou leurs services pour attirer le chaland. Chaque corps de métier possédait son propre cri caractéristique. Cette forme de commerce nomade s’est perpétuée tout au long de l’époque moderne, faisant concurrence aux échoppes et boutiques ayant pignon sur rue.

Jeu des Cris de Paris dédié aux amateurs , Crepy Jean-Baptiste , 1774

D’une grande diversité, les cris des commerçants ambulants furent célébrés à toutes les époques aussi bien par les écrivains que par les artistes. Dans La Prisonnière, volume publié en 1923, Marcel Proust a consacré plusieurs pages célèbres aux scènes de rue parisiennes, évoquant en particulier les marchands ambulants et leurs cris variés qui « orchestraient légèrement l’air matinal, en une « ouverture pour un jour de fête » ».

Son témoignage rejoint celui des peintres et des graveurs du XIXe siècle qui se sont intéressés aux petits métiers parisiens. Héritiers d’une longue tradition iconographique, ceux-ci rendent compte de leur diversité et en brossent des portraits individuels.

SAMSON Paire de sujets en porcelaine, Les Cris de Paris XIXème siècle

C’est ainsi qu’à la fin du XIXe siècle les peintres Pierre Carrier-Belleuse et Ulysse Roy ont représenté dans une veine réaliste des livreurs de farine devant une boulangerie pour l’un, un petit ramoneur pour l’autre, s’attachant à dépeindre avec précision leurs attitudes et leurs caractères distinctifs.

Les petits métiers ont également fait l’objet de scènes de genre, telle cette estampe en couleur où Jean-Baptiste Mallet a représenté une ravaudeuse installée dehors, au pied d’une maison, son attirail autour d’elle, ou cette autre estampe anonyme intitulée « Paris qui s’éveille ».

La ravaudeuse. MALLET Jean Baptiste (1759 – 1835) © Photo RMN-Grand Palais – Bulloz

Dans cette dernière, l’artiste s’est plu à croquer sur le vif l’animation d’une rue parisienne le matin, avec les boutiquiers ouvrant leurs échoppes et les commerçants ambulants arpentant le pavé en quête de clients. L’attirail et les postures variées de ces derniers permettent d’y reconnaître entre autres un ramoneur, un chiffonnier et un marchand de chapeaux.

Scène et moeurs de Paris: Paris qui s’éveille © Photo RMN-Grand Palais – Bulloz