Le cabinet des glaces mouvantes du petit Trianon

Le château du Petit Trianon est un château situé dans le domaine du Petit Trianon, au sein du parc de Versailles, dans les Yvelines, en France. Construit par l’architecte du roi Louis XV, Ange-Jacques Gabriel, de 1762 à 1768, il est considéré comme un chef-d’œuvre du néoclassicisme, alliant le goût le plus moderne et l’intégration à la nature environnante.

Édifié pour madame de Pompadour qui meurt avant de le voir achevé, il est inauguré par madame du Barry en 1768, presque vingt ans après les premiers aménagements du Nouveau jardin du roi. Car, s’il est le plus imposant du domaine du Petit Trianon, il n’en est pourtant pas le premier bâtiment, mais se situe au contraire dans la continuité d’un projet qui s’étale sur quatre décennies. Il est offert par Louis XVI, dès son avènement, à sa jeune épouse Marie-Antoinette qui lui donne son empreinte, associant pour toujours, dans l’imaginaire du public, l’édifice et la Reine.

Le boudoir de la Reine.

Cette petite pièce de l’angle nord-est du château n’est à l’origine destinée qu’à permettre le passage entre le rez-de-chaussée et les appartements privés du Roi situés en entresol ou en attique.

Elle est certainement la pièce de « café du Roi ». L’escalier est en demi-cercle et occupe une large moitié de l’espace. On y trouve un canapé en gros de Tours vert ainsi qu’une table encastrée de Riesener. Le café est à la mode à la cour de Versailles ; le Roi torréfie lui-même les quelques livres récoltées dans son jardin expérimental de Trianon et prépare en personne sa boisson favorite qu’il partage avec sa famille, en contemplant les serres de son jardin botanique.

En 1776, Marie-Antoinette fait transformer l’endroit en boudoir. L’escalier est supprimé et l’on installe un mécanisme ingénieux permettant d’obturer par de grands miroirs s’élevant du sol les deux fenêtres de cette pièce, qui est directement accessible depuis le perron est donnant sur le jardin fleuriste de Louis XV, futur jardin anglo-chinois.

La mécanique est installée à l’étage inférieur sous la direction de l’ingénieur des Menus-Plaisirs, Jean-Tobie Mercklein. On appelle dès lors ce boudoir le « Cabinet des glaces mouvantes », dans lequel la Reine vient rechercher intimité et discrétion, mais dont elle peut aussi sortir facilement par le perron pour accéder aux jardins, en toute indépendance.

Le mécanisme des glaces mouvantes du boudoir.Cabinet aux glaces mouvantes de la Reine (boudoir de Marie-Antoinette)(C) RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / image RMN-GP

En 1787, Marie-Antoinette demande à son architecte Mique de redessiner la décoration de cette pièce, bien que jusque-là « élégamment décorée ». Les frères Jules-Hugues et Jean-Siméon Rousseau réalisent des lambris richement ouvragés dans un style arabesque : les sculptures se détachent en blanc sur un fond peint de bleu, à la manière des camées de Wedgwood, marque du nouveau goût de la France pour l’anglomanie. On y retrouve la part importante laissée aux fleurs, dans l’inspiration des jardins alentour.

Les panneaux étroits sont agrémentés de bouquets de roses fleuries. Les plus larges montrent l’écu fleurdelisé soutenu par des rubans, avec des cassolettes à fumées légères, des colombes, couronnes et carquois d’Amours. Le chiffre de la Reine apparaît encadré de deux torches amoureuses ornées de roses.

Cette rénovation marque la première étape du renouvellement prévu de l’ensemble des décors des appartements de la Reine, qui est interrompu par la Révolution.

Le mobilier commandé par Marie-Antoinette à Georges Jacob en 1786 se compose d’un lit de repos, de trois fauteuils et deux chaises, le tout couvert d’un poult-de-soie bleu garni d’une broderie de dentelle et de soie. Ce mobilier est dispersé à la Révolution, mais lors de la restauration du château dans les années 2000, on installe des meubles d’origine et de facture comparables, provenant du pavillon du comte de Provence situé près de la pièce d’eau des Suisses. Créés en 1785 par Jacob sur des dessins de l’ornemaniste Dugourc et confectionnés dans les ateliers Reboul et Fontebrune, à Lyon, ils sont recouverts d’un lampas bleu à grand dessin arabesque blanc, représentant des Cyclopes.

Sur la cheminée de marbre blanc à colonnes engagées dans des gaines, installée en 1787, est disposée une reproduction d’une pendule créée pour Marie-Antoinette en 1780 par le sculpteur François Vion et l’horloger Jean-Antoine Lépine, en bronze ciselé doré sur un socle de marbre blanc. Nommée « la Douleur » ou « la Pleureuse d’oiseau », elle représente une jeune femme pleurant la mort de son oiseau posé sur un autel tandis qu’un Amour lui en offre un autre. De part et d’autre sont posés deux bustes en biscuit de Sèvres du xixème siècle, d’après des modèles de Boizot, représentant la reine de Russie Catherine 1er et son fils Paul 1er.

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