L’art de la silhouette

profils découpés ou silhouettes

On parle aussi, au pluriel, de papiers découpés, ou de découpage, ou encore de canivets en référence au petit canif qui peut être utilisé.

On ne peut dire avec précision à quand remonte la technique du papier découpé. Elle remonte sans doute à la nuit des temps. Elle est pratiquée en Chine avec l’invention du papier, les plus anciens exemplaires attestés remontent à la dynastie Han  (-206-220). La technique est probablement arrivée en Europe via la Perse et les Balkans : elle est attestée en Europe centrale dès 1600.

Paire de profils découpés ou silhouettes
Paire de profils découpés ou silhouettes. 19ème siècle. Autriche, époque Biedermeier
Galerie Desarnaud (c) Proantic

Au XVIIème siècle, le découpage est devenu une activité privilégiée des religieuses de Suisse, d’Allemagne et d’Autriche, mais aussi en France, avec des traditions marquées à Lyon et à Besançon. On parle, pour cette technique méditative (ou contemplative), de Spitzenbild ou de canivet : le découpage est réalisé littéralement à partir d’un canif.

profils découpés ou silhouettes
Paire de profils découpés ou silhouettes. 19ème siècle. Autriche, époque Biedermeier
Galerie Desarnaud (c) Proantic

L’art de la silhouette

Au XVIIIème siècle , l’art de la silhouette qui tire son nom d’Etienne de Silhouette , 1709-1767, contrôleur général des finances en 1759 sous Louis XV) influence le papier découpé. Silhouette est resté très peu de temps en poste car ses mesures de taxations de la noblesse lui ont aliéné la Cour. Une campagne de caricatures et de pamphlets a associé son nom à la pingrerie, notamment à cette forme peu coûteuse de portraits, qu’il pratiquait lui-même. Le nom est resté et s’est exporté à travers toute l’Europe.

L‘essor de la physiognomie à la fin du XVIIIe s., qui prétendait pouvoir déterminer la personnalité des individus d’après la forme du visage, notamment d’après le profil, a renforcé encore le goût pour les silhouettes.

Silhouette d'Isabella Beetham
Silhouette d’Isabella Beetham
(c) Bonhams

À Genève (Suisse), l’art de la Silhouette se popularise grâce à Jean Huber , qui œuvre sans dessin préalable. Ses « tableaux en découpures » l’ont rendu célèbre.

Les techniques de la silhouette sont variées allant d’une pratique intuitive ( découpe à vue) jusqu’au report de l’ombre portée sur un verre dépoli. Assez vite les silhouettistes auront recours à des procédés mécaniques permettant entre autre la réduction du profil à une taille équivalente au portrait miniature..( Physionotrace inventé par Gilles Louis Chrétien,1745 -1811,  avec utilisation du  pantographe)..

Techniques utilisées: papier teint découpé,  gravure, silhouette encrée,  noir de fumée et bière,  supports : papier, verre, plâtre..

Silhouette d'Augustin Edouart
Silhouette d’Augustin Edouart
(c) Cowan’s Auctions

C‘est au  XIXe siècle que les  découpages sont devenus particulièrement populaires dans de nombreux pays : France, Allemagne, et dans les pays anglo-saxons , aussi bien dans les couches élevées de la société où le découpage faisait partie de l’éducation des jeunes filles de bonnes famille, que chez les paysans où ils étaient offerts pour les fêtes religieuses ou comme gage d’amour.

Avec les portraits-ombres, les classes moyennes commencent à avoir accès au découpage. Comme plus tard chez le photographe, le commanditaire d’une silhouette prend la pose. Plus celle-ci est grande et compliquée, plus elle est chère : c’est la raison pour laquelle les portraits se limitent souvent à des têtes. La photo ne se diffusera auprès du grand public qu’après 1884, avec Eastman et Kodak.

silhouettes de John Miers
Silhouettes de John Miers
(c) Invaluable

En France, cet art n’y trouva jamais la réputation qu’il eut dans d’autres pays et on connait peu de noms d’artistes. François Gonord , un des premiers silhouettistes français ou Augustin Edouart ( 1789-1861) qui fit l’essentiel de sa carrière en Angleterre et aux Etats- Unis , sont plus connus à l’étranger qu’en France.

En grande Bretagne,les artistes silhouettistes connurent une grande notoriété comme Edward Foster (1762-1864), Hinton Gibbs (entre 1790 et 1822) mais surtout John Miers (1758-1821) et John Field (1772-1848), Isabella Beetham ( 1753-1825). Ils ouvrirent souvent des studios où se rendaient les clients. Les silhouettes profils ou personnages en pied pouvaient être coloriés ou soulignés d’or. Les scènes familiales sont aussi nombreuses parfois avec un fond aquarellé représentant un décor. Des scènes de conversation comme celle de Francis Torond, d’origine française sont réputés.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *