Château de Champs, le grand salon

Les ducs de la Vallière, les Cahen d’Anvers puis plus tard, De Gaulle, utilisent ce salon comme principale pièce de réception, voire, au temps des Cahen d’Anvers, comme salle à manger lors d’occasions spéciales (les noces de leur fille Alice en 1898 ou de leur fils Charles en 1907). On y discute, on y joue après les repas donnés dans la salle à manger. Différents points de discussion sont aménagés dans la pièce et matérialisés par des tapis au sol.

Château de Champs, le grand salon

Lors de la restauration à la fin du xixe siècle, l’architecte Walter Destailleur
décide de retrouver la couleur verte des boiseries d’origine, peintes du temps de Paul Poisson de Bourvallais. Son objectif est en effet de retrouver l’état du château au temps de Bourvallais.

Château de Champs, le grand salon

Après en avoir fait des relevés, il fait détruire le plafond en mauvais état et reconstitue la peinture originale : une balustrade en trompe-l’œil et un ciel ouvert, invitation à la contemplation de la nature, très présente dans cette « maison à la campagne ». Destailleur fait revivre la dorure autour des miroirs, ce qui est assez rare dans les décors des maisons de plaisance
mais signe, chez Bourvallais, d’une volonté d’afficher sa réussite sociale. Les trois portes vitrées répondent aux trois fenêtres qui ouvrent sur les jardins, créant une symétrie et amplifiant la luminosité de la pièce.

Château de Champs, le grand salon

Le Mobilier

Le mobilier présenté ici comme dans le reste du château fut acheté par les Cahen d’Anvers sur différents marchés de l’art et du mobilier ancien (antiquaires ou salle des ventes, comme Drouot).

On peut donc observer des éléments de mobilier d’époques différentes mais surtout du xviiie siècle (époque Régence, époque Louis xv et mobilier 1900 qui pastiche parfois le mobilier du xviiie siècle). Les fauteuils de tapisserie et les fauteuils en cuir datent du xviiie siècle.

À gauche, le long du mur, on peut voir un canapé vert dit en ottomane devant lequel est placé un bureau à cylindre d’époque Louis xv (les meubles fabriqués au xviiie siècle sont dit « d’époque» et ceux fabriqués au xixe siècle sont dit « de style »). Estampillé par Léonard Boudin, ce type de bureau est très apprécié au xviiie siècle car on pouvait refermer le couvercle en forme de quart de cylindre, afin de préserver les
secrets qu’il contient sans avoir à ranger ses papiers. Il fut offert à Charles Cahen d’Anvers comme cadeau de mariage en 1907 et son emplacement montre la volonté du propriétaire d’exposer sa collection aux yeux du visiteur.

À droite, une petite table à liqueur ou table d’en-cas présente une histoire singulière : d’époque Louis xv, ce petit meuble était dans les collections royales du château de Marly-le-Roi et fut à l’usage du Comte de Provence, futur Louis xviii. Mais cette table était au xviiie siècle une chaise d’affaires : il faut l’imaginer avec les pieds plus courts et une lunette à l’intérieur. Elle fut transformée au xixe siècle pour accueillir des liqueurs et autres alcools. Mais les Cahen d’Anvers n’en savaient rien. Un meuble identique, mais qui n’a pas été transformé, est présenté au château de Versailles.

Face aux fenêtres, la vasque aux deux dauphins est une cuve baptismale
provenant d’une chapelle italienne. Comme le montre la photo ancienne, elle fut utilisée par les Cahen d’Anvers pour accueillir des plantes vertes ; il faut imaginer chaque pièce décorée de plantes et de bouquets de fleurs coupées.
À gauche, derrière la console, le grand paravent en laque de Coromandel, du nom de la côte orientale de l’Inde de laquelle partaient les laques exportés vers l’Europe, représente un palais chinois avec, au centre, la présentation officielle à un prince d’enfants de sa famille et à droite le quartier des femmes avec une princesse. Au dos, sont figurés des arbres.

D’autres éléments de la pièce témoignent du goût de Louise Cahen d’Anvers pour les chinoiseries : le cache-pot blanc décoré de poissons bleus et rouges, les vases de porcelaine chinoise montés en lampe au xixe
siècle.

Château de Champs sur Marne