Bruxelles 1757, bénitier de chevet, argent massif, bénitier d’appartement
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Bruxelles 1757, bénitier de chevet, argent massif, bénitier d’appartement

Artiste : Anonyme

Bénitier d’appartement en argent et vermeil — Bruxelles, 1757

Bénitier d’appartement en argent massif et vermeil, de style Régence, dont la composition architecturée conserve une ampleur baroque héritée du XVIIe siècle.

L’ensemble est dominé par une haute croix latine aux bordures moulurées. Ses branches présentent un riche décor gravé d’entrelacs géométriques, de fleurons et de motifs feuillagés, se détachant sur des fonds finement amatis. Les trois extrémités supérieures se prolongent par des ornements ajourés associant coquilles, palmettes et volutes.

Le Christ en relief est représenté la tête inclinée, le corps légèrement infléchi et les reins ceints d’un périzonium noué sur le côté. Un nimbe circulaire souligne sa tête, tandis que de larges faisceaux de rayons s’épanouissent aux quatre angles de la croisée. Un cartouche mouvementé portant l’inscription « INRI » surmonte la figure.

Au pied de la croix, deux têtes d’angelots aux ailes déployées encadrent la partie inférieure du montant. Leurs chevelures bouclées et leurs plumes sont soigneusement ciselées. Elles assurent la transition vers un ample dosseret chantourné, animé de puissants enroulements, de feuilles d’acanthe et de réserves ornées de motifs imbriqués en éventail. Au centre, un motif ovale bombé et doré s’inscrit dans un encadrement de coquille rayonnante et de volutes.

La cuve, largement saillante, adopte la forme d’une coquille aux côtes rayonnantes et au bord festonné. Elle est munie d’un couvercle articulé reprenant le même dessin. Les deux angelots, les rayons entourant le Christ et l’intérieur de la cuve en forme de coquille sont en vermeil, dont la dorure présente des usures par endroits. L’alternance des surfaces argentées, des fonds mats et des parties en vermeil accentue le relief du décor.

Destiné à la dévotion privée, ce bénitier transpose à l’échelle d’un intérieur domestique le vocabulaire monumental de l’orfèvrerie religieuse baroque. Bien que réalisé en 1757, il conserve une composition symétrique et un répertoire ornemental de style Régence, encore profondément attachés à la tradition du XVIIe siècle.

Il porte les poinçons de la corporation des orfèvres de Bruxelles : le lion du duché de Brabant, la tête de l’archange saint Michel et le millésime correspondant à l’année 1757. Le poinçon de maître, illisible, ne permet pas d’identifier l’orfèvre.

Hauteur : 34 cm — Largeur : 16 cm — Poids : 335 g.


Histoire du bénitier de chevet ou domestique

Le bénitier de chevet, également appelé bénitier d’appartement, bénitier domestique ou bénitier d’applique, transpose dans la demeure privée le bénitier placé à l’entrée des églises. Il dérive des petits seaux à eau bénite médiévaux, munis d’une anse et parfois accompagnés d’un goupillon. Des inventaires pontificaux et princiers des XIVe et XVe siècles mentionnent déjà de tels objets en or ou en argent.¹

Aux XVe et XVIe siècles, le récipient pouvait encore être suspendu sous une image pieuse. À partir de la fin du XVIe siècle, l’image et la vasque furent progressivement réunies pour former un objet mural unique : une plaque décorée, semblable à un petit retable, portant dans sa partie inférieure le réservoir destiné à l’eau bénite. Cette forme se répandit au XVIIe siècle avec le développement de la dévotion domestique.² ³

Son essor s’inscrit dans le contexte de la Contre-Réforme. Dans de nombreux territoires passés au protestantisme, l’usage de l’eau bénite et des images de dévotion fut condamné ou supprimé. À la suite du concile de Trente, l’Église catholique réaffirma au contraire la légitimité des images sacrées et des sacramentaux. Le bénitier domestique réunissait ainsi deux pratiques catholiques contestées par les réformateurs : le signe de croix avec l’eau bénite et la contemplation d’une image religieuse.⁴

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, ces bénitiers étaient suspendus près du lit, contre le montant d’une porte, à l’entrée de la demeure ou dans un oratoire privé. Les membres de la famille s’y signaient au lever, au coucher ou avant de quitter la maison. L’eau bénite pouvait également servir à bénir les enfants et les malades et était considérée comme une protection spirituelle du foyer. Associant une image sacrée au geste rituel, le bénitier formait en quelque sorte une chapelle domestique en miniature.²

La plaque représentait généralement le Christ en croix, la Vierge à l’Enfant, l’Immaculée Conception, un saint, un ange gardien ou des têtes de chérubins. La vasque pouvait porter les monogrammes de Jésus ou de Marie, les instruments de la Passion ou d’autres emblèmes religieux. Les exemplaires en argent ou en vermeil, réservés aux familles aisées, aux appartements aristocratiques et aux chapelles privées, allaient de la petite pièce d’usage quotidien à la véritable œuvre d’orfèvrerie. Le Louvre conserve ainsi un bénitier en vermeil exécuté à Paris en 1677-1678 par Nicolas Delaunay, dont la plaque repoussée et ciselée représente l’Adoration des bergers.⁵ Le spectaculaire bénitier réalisé à Rome vers 1702 par Giovanni Giardini pour le pape Clément XI montre le degré de raffinement que pouvait atteindre ce type d’objet.⁶

Leur rareté actuelle tient à leur diffusion initialement limitée dans l’orfèvrerie précieuse, mais aussi aux nombreuses fontes et transformations provoquées par les guerres, les révolutions et les changements de goût. Les exemplaires conservés témoignent de la place essentielle occupée par la dévotion privée dans la vie quotidienne des familles catholiques aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Sources

  • Ouvrage néerlandais communiqué par photographies, chapitre Het huiswijwatervat, sections Wijwateremmertjes et Het wijwatervat met wandplaat en bakje ; l’ouvrage renvoie notamment à J. Weyns, Volkshuisraad in Vlaanderen, 1974.
  • Serenella Sessini, « Daily Devotion – Christian Holy Water Stoups », Victoria and Albert Museum, 14 juillet 2022.
  • Musée du Louvre, notice d’un bénitier portatif en faïence du XVIIe siècle, inv. CN 7648 / OA 12089.
  • Concile de Trente, XXVe session, décret du 3 décembre 1563 sur l’invocation des saints, les reliques et les images sacrées.
  • Musée du Louvre, Nicolas Delaunay, Bénitier d’argent doré représentant l’Adoration des bergers, Paris, 1677-1678, inv. OA 10416.
  • Metropolitan Museum of Art, Giovanni Giardini, Holy-water stoup with relief of Mary of Egypt, Rome, vers 1702, inv. 1995.110.

  • 1 850 €

    Epoque : 18ème siècle

    Style : Louis XIV - Régence

    Etat : Très bon état

    Matière : Argent massif

    Largeur : 16 cm

    Hauteur : 34 cm

    Référence (ID) : 1840449

    Disponibilité : En stock

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