Flandres 1680-1720, argent massif et vermeil, corpus Christi en argent fondu
Corpus Christi en argent massif et vermeil
Datation : 1680–1720
Argent massif fondu et ciselé ; périzonium en vermeil
Dimensions : 20 × 9 cm — Poids : 250 g
Ce Corpus Christi se distingue par la finesse de son exécution et le raffinement de sa ciselure. Le corps élancé présente une anatomie soigneusement modelée : la tension des bras, le relief du thorax, le dessin de l’abdomen et l’articulation des jambes sont rendus avec une grande sensibilité. La tête s’incline vers l’épaule droite ; les paupières abaissées et la bouche légèrement entrouverte donnent au visage une expression de recueillement et d’abandon. La chevelure, composée de longues mèches ondulées, et la barbe témoignent d’un travail particulièrement délicat.
La blessure du flanc droit est soulignée par des écoulements de sang gravés. Les jambes se rapprochent et les pieds se superposent, tandis que les perforations des mains et des pieds correspondent à la fixation du corpus sur une croix.
Le périzonium, ce linge drapé autour des reins du Christ, est en vermeil, c’est-à-dire en argent doré. Ses plis obliques et superposés, réunis sur le côté droit de la figure, animent la composition. La dorure crée un contraste chaleureux avec l’argent du corps et souligne la richesse du drapé.
Il s’agit d’un travail en argent fondu, ensuite soigneusement repris à la ciselure, et non d’une figure obtenue par martelage ou repoussé d’une feuille d’argent. La qualité du modelé et la précision des détails donnent à cet objet d’orfèvrerie le caractère d’une véritable sculpture. Son langage stylistique permet une datation entre 1680 et 1720.
La particularité iconographique la plus remarquable réside dans la position des bras. Au lieu de s’écarter presque horizontalement pour former avec le corps une silhouette en T, ils s’élèvent au-dessus des épaules, donnant au Christ une silhouette caractéristique en Y. Cette disposition accentue l’allongement du corps et exprime le poids de la figure suspendue.
Ce type connaît une importante diffusion dans l’art baroque, notamment à travers l’œuvre de Pierre Paul Rubens. Nourri des grands modèles italiens de la Renaissance, Rubens développe des représentations de la Crucifixion où l’élévation des bras renforce la tension anatomique et l’intensité dramatique. Cette formule a notamment été rapprochée du Châtiment d’Haman peint par Michel-Ange dans la chapelle Sixtine.
Elle trouve une traduction sculptée particulièrement remarquable chez le Bavarois Georg Petel (1601/02–1634), contemporain de Rubens et profondément marqué par son art. Petel réalise des Christs en ivoire aux bras fortement relevés. Cette disposition présente également un avantage technique : elle permet de tailler le corps et les bras dans un seul morceau d’ivoire, alors que les figures aux bras largement étendus nécessitent souvent des bras sculptés séparément puis assemblés.
Petel contribue aussi à diffuser le périzonium retenu par une corde, dont le drapé laisse largement apparaître une cuisse. Ce traitement associe la mobilité du tissu au naturalisme anatomique de la figure. (okv.be)
Ces recherches connaissent de nombreuses variantes dans la sculpture européenne du XVIIe siècle, notamment dans les modèles associés à François Duquesnoy, sculpteur flamand établi à Rome, et dans les Christs attribués au sculpteur anversois Matthieu van Beveren. Les corpus rattachés à ce dernier se distinguent notamment par leurs proportions élancées et par l’attention portée à l’effet de la pesanteur sur le corps. (sothebys.com)
Le Louvre conserve ainsi un Christ en ivoire, daté vers 1700–1715, qui s’inspire d’un prototype conservé à Saint-Jean-de-Latran, à Rome, et attribué à Duquesnoy. Le musée souligne le canon allongé de ce modèle et la position presque verticale de ses bras. Cette comparaison éclaire la tradition iconographique dans laquelle s’inscrit le présent corpus. (collections.louvre.fr)
Cette histoire invite enfin à nuancer l’appellation traditionnelle de « Christ janséniste », souvent employée pour désigner les Christs aux bras rapprochés. On a parfois interprété cette disposition comme l’expression d’un salut réservé à un nombre restreint d’élus. La position des bras ne suffit cependant pas à établir une telle signification : les modèles rubéniens sont antérieurs à la publication, en 1640, de l’Augustinus de Cornelius Jansenius. Pour ce corpus, la désignation « Christ en Y de tradition baroque flamande » paraît donc plus précise et historiquement mieux fondée. (sothebys.com, revuedesdeuxmondes.fr)
Epoque : 17ème siècle
Style : Louis XIV - Régence
Etat : Très bon état
Matière : Argent massif
Longueur : 20 cm
Largeur : 9 cm
Référence (ID) : 1838464
Disponibilité : En stock




































