Cadeau du Roi Albert I des Belges, argent et érable,Bruxelles 1920-1930, Thomas Braun , Ursel
Ce remarquable cadre offerts par le roi Albert Ier des Belges constitue à la fois un objet d’orfèvrerie, un document historique et un témoignage particulièrement personnel de la mémoire du « Roi-Soldat ». Monté sur un solide châssis en chêne massif, dont la face est plaquée d’érable, il est enrichi d’importants éléments en argent massif au titre de 900/1000 et porte la signature de la Maison Simonet à Bruxelles. Le fonds de dessins de la maison Simonet conservé chez DIVA à Anvers contient par ailleurs plusieurs dessins de cadres comparables, réalisés pour la Maison royale, attestant de la production de ce type de modèles dans le contexte des commandes de la Cour.
Les souverains belges avaient la coutume d´offrir des cadres en argent massif et bois précieux contenant leur portrait à des relations politiques, diplomatiques, académiques et militaires à beaucoup d’occasions. La taille du cadre indique néanmoins que le destinataire a dû être une relation importante du roi.
Il n’est pas exclu que la disposition de la photographie dans le cadre, ainsi que le support papier sur lequel le texte est inscrit, aient été légèrement modifiés ou adaptés afin de permettre l’ajout du texte de Thomas Braun ; toutefois, ces ajustements éventuels n’altèrent en rien la nature fondamentale de l’objet, dont la provenance royale estcertaine et documentée.
La maison Simonet comptait parmi les orfèvres bruxellois travaillant pour la Cour sous le règne d’Albert Ier. Une étude consacrée à l’argenterie royale cite expressément Simonet parmi les fournisseurs bruxellois du souverain.
L’actuel DIVA, musée du diamant, de la joaillerie et de l’orfèvrerie à Anvers, héritier des collections du Musée de l’Orfèvrerie Sterckshof, conserve par ailleurs un très important fonds Simonet & Vansteeger comprenant des milliers de dessins, photographies et documents d’atelier provenant notamment de la maison Simonet-Deanscutter et de l’atelier qui lui succéda. (VUB Cris)
Au centre du cadre se trouve un portrait photographique du roi Albert Ier en uniforme de lieutenant-général , signé par René Lonthie.
Celui-ci était établi à Bruxelles, avenue Louise, et avait succédé au photographe E. Bouté. Les annonces contemporaines de son atelier le présentent comme « Photographe du Roi », tandis qu’une étude récente de l’Institut royal du Patrimoine artistique consacrée aux rapports entre la dynastie belge et la photographie confirme que R. Lonthie fut agréé par le Palais. Son atelier appartenait ainsi au cercle relativement restreint des photographes auxquels la famille royale accordait sa confiance. (DONum)
La photographie est entourée d’un passe-partout portant un autre élément exceptionnel : un texte autographe de Thomas Braun, daté du 24 avril 1934, soit à peine un peu plus de deux mois après la mort accidentelle du roi à Marche-les-Dames, le 17 février. Thomas Braun (Bruxelles, 1876 – Ixelles, 1961) fut simultanément l’une des figures du barreau belge et un poète reconnu. Avocat, futur bâtonnier de l’Ordre des avocats de Bruxelles et membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, il s’était également distingué pendant la Première Guerre mondiale en participant au Comité de défense gratuite des Belges poursuivis devant les tribunaux militaires de l’occupant allemand. Avec quelques confrères, il contribua ainsi à la défense de milliers de compatriotes. (servicedulivre.be)
Profondément marqué par la disparition d’Albert Ier, Braun lui consacra en 1934 son "Thrène pour la mort du Roi",long poème funèbre publié à Bruxelles par l’Édition Universelle sous la forme d’une plaquette d’environ vingt-cinq pages. Le passage inscrit sur le présent cadre est extrait de ce poème. Sa valeur documentaire est renforcée par le fait que nous savons, grâce à une ancienne étiquette conservée au revers, que Braun ne l’inscrivit pas fortuitement : il le fit expressément à la demande de la comtesse Isabelle d’Ursel. (Livre Rare Book)
L’orfèvrerie du cadre participe elle-même au récit. Dans sa partie inférieure sont gravées les deux dates qui délimitent exactement le règne d’Albert Ier : 23 décembre 1909 – 17 février 1934. La première correspond à son accession au trône après la mort de Léopold II ; la seconde à sa mort à Marche-les-Dames. (The Belgian Monarchy)
Plus surprenante encore est l’inscription gravée dans la partie supérieure :« Bataille de Merckem – 17 avril 1918 »
La bataille de Merckem – aujourd’hui Merkem – constitue l’un des épisodes les plus remarquables de la dernière année de la Grande Guerre sur le front belge. Le 17 avril 1918, dans le contexte de la grande offensive allemande du printemps, les positions de la 3e Division d’Armée belge furent violemment attaquées. Après avoir perdu plusieurs positions avancées, les Belges contre-attaquèrent méthodiquement et, avant la fin de la journée, avaient reconquis l’essentiel du terrain perdu en faisant plusieurs centaines de prisonniers allemands. Ce succès est fréquemment présenté dans l’historiographie militaire comme la première véritable victoire nette de l’armée belge depuis la stabilisation du front de l’Yser : formule qu’il convient de comprendre comme une victoire tactique incontestable et non comme le premier succès militaire belge de toute la guerre. (Defensie)
La figure centrale de cette victoire fut le lieutenant-général Jules-Marie-Alphonse Jacques, commandant la 3e Division d’Armée. Déjà célèbre pour son rôle dans la défense de Dixmude, il fut créé baron par le roi Albert Ier en 1919 et reçut plus tard l’autorisation d’ajouter « de Dixmude » à son nom. Le souvenir de Merckem était indissociable de sa carrière militaire : les armoiries qui lui furent concédées par Albert Ier comportaient même, parmi leurs ornements, un bouclier aux armes de Merckem, aux côtés d’un autre portant celles de Dixmude. (Wikipedia)
C’est ici qu’une petite étiquette ancienne, toujours collée au revers du cadre malgré une lecture devenue difficile, prend une importance considérable. Elle porte le texte suivant :« Donné par la comtesse Isabelle d’Ursel, fille du président du Comité antiesclavagiste et grand ami de mon père. Le poème a été écrit par Thomas Braun à la demande d’Isabelle d’Ursel. »
La comtesse Isabelle d’Ursel était la fille du comte Hippolyte d’Ursel (1850-1937), homme politique, historien et président de la Société antiesclavagiste de Belgique. Or Hippolyte d’Ursel était étroitement lié au général Jacques depuis l’époque des campagnes antiesclavagistes en Afrique. La profondeur de cette relation est encore attestée après la mort du général : en 1929, d’Ursel réunit et annota personnellement ses lettres dans l’ouvrage La Campagne antiesclavagiste belge racontée par les lettres de Jacques de Dixmude. (Wikipedia)
Cette inscription permet dès lors de proposer une provenance particulièrement séduisante, tout en conservant la prudence qu’impose l’absence, à ce jour, du nom de son premier destinataire. La formule « grand ami de mon père », associée à la référence très précise à Merckem, suggère fortement que ce cadre fut offert par Isabelle d’Ursel à un membre de la famille Jacques de Dixmude, vraisemblablement à l’un des enfants ou descendants du général. Hippolyte d’Ursel était en effet un proche du général Jacques ; sa fille Isabelle connaissait cette relation et demanda personnellement à Thomas Braun d’enrichir le cadre d’un extrait autographe de son poème funèbre.
Ainsi se rejoignent dans un même objet Albert Ier, la Maison Simonet, le photographe royal René Lonthie, le poète Thomas Braun, la bataille de Merckem, le général Jacques de Dixmude et la famille d’Ursel.
Réalisé ou complété dans les semaines suivant la mort du roi en 1934, ce cadre apparaît moins comme un simple portrait royal que comme un mémorial privé, né dans un milieu directement lié à la Cour, à l’armée belge et aux grandes familles qui avaient entouré Albert Ier. La présence simultanée de documents autographes, d’inscriptions historiques et de cette ancienne étiquette de provenance lui confère un caractère historique particulièrement rare.
Epoque : 20ème siècle
Style : Art Déco
Etat : Très bon état
Matière : Argent massif
Largeur : 26 cm
Hauteur : 36 cm
Référence (ID) : 1809037
Disponibilité : En stock






































