Jules PONCEAU
1881, Nantes - 1961, Sainte-Marie-sur-Mer (Loire-Atlantique)
Nantes soleil couchant, 1909
huile sur carton
20 x 11 cm
monogrammée, située et datée 29 octobre 1909 en bas à droite
encadrée
quelques manques dans la partie basse
Peintre et graveur né à Nantes en 1881, d’un père sculpteur et d’une mère tailleuse, Jules Ponceau est l’élève de Luc-Olivier Merson, Paul Gervais et Maurice Chabas. Sociétaire des Artistes Français à partir de 1908, il expose régulièrement au Salon et y obtient en 1910 une mention honorable pour la gravure. Mobilisé en 1914, blessé à Verdun en 1916, il est confronté à l’expérience du front dans la région de la Meuse. De cette période naît un ensemble de 202 croquis de guerre réalisés entre 1915 et 1919, témoignage poignant de la violence des combats et de la destruction des paysages. Réunis après la guerre dans un album dédié à son fils, ces dessins sont aujourd’hui conservés dans les collections du Musée d’histoire de Nantes.
Après la guerre, l’artiste mène une carrière volontairement ancrée dans sa ville natale et sa région, exposant à de nombreuses reprises à la galerie Moyon-Avenard, passage Pommeraye, sans chercher à s’imposer sur la scène parisienne. Parallèllement à son activité de peintre, Jules Ponceau est professeur de dessin. Il enseigne à partir de 1907, d’abord à Honfleur, puis Bordeaux et Rouen avant d'être nommé au lycée Clémenceau de Nantes en 1919. « Les anciens du Lycée n'ont pas oublié sa silhouette : chapeau à larges bords, veston noir serré et haut boutonné, lavallière, moustache retroussée et barbiche blonde à la mousquetaire » ni « l'aimable turbulence de ses classes », relate Jean Le Brun, un ancien directeur d’un lycée annexe.
Ses vues de Nantes, souvent de petit format, restituent une atmosphère immédiatement reconnaissable par les habitants. Il peint les ports et les quais, les rues désertes, les quartiers populaires et les abords de la Loire, s’attachant moins à la monumentalité qu’à la tonalité singulière de la ville. Brumes bleutées, pluies imminentes, ciels d’après-orage, crues et lumières hivernales composent une peinture du temps qu’il fait autant que du temps qui passe, où la ville semble suspendue dans un silence presque irréel, familier aux Nantais, « habitués de ce jour d’aquarium » (Le Phare de la Loire, 1928).
Datée du 29 octobre 1909, cette huile sur carton offre une vision emblématique du Nantes de Jules Ponceau, avec le château des ducs de Bretagne à peine dégagé de la brume apparaissant en arrière-plan. La composition, resserrée et presque austère, privilégie les masses architecturales aux détails descriptifs : façades hautes, volumes simplifiés, perspective étroite guidant le regard vers la silhouette du monument. La palette — ocres, gris bleutés, mauves et jaunes atténués — traduit un climat humide et instable, caractéristique de la cité ligérienne. La présence humaine, réduite à une silhouette sombre et isolée, accentue le sentiment de solitude et de suspension du temps. Plus qu’une vue topographique, Ponceau livre ici une impression sensible de Nantes, où le château devient un repère silencieux au cœur d’une ville rendue à son atmosphère.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Ponceau répond pleinement à l’appel à la résistance du général de Gaulle. Il diffuse son portrait et vient en aide aux aviateurs britanniques abattus lors des raids aériens au-dessus de la ville. Son engagement lui vaut la prison, dont il sort grâce à l’intervention du proviseur du lycée Clémenceau. Mais la plus grande épreuve reste la disparition de son fils Yves, arrêté sur dénonciation alors qu’il appartenait à un réseau de résistants. Trente ans après lui avoir dédié un album de croquis de la Première Guerre mondiale, le peintre endure la perte tragique de ce même fils, probablement mort en déportation.
Collections publiques
Musée d'histoire de Nantes, Château des ducs de Bretagne

















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