ÉCOLE DE GILLIS MOSTAERT, PAYSAGE D’HIVER AVEC UN PORCHER (« LE FILS PRODIGUE »)
PAYSAGE D’HIVER AVEC UN PORCHER (« LE FILS PRODIGUE »)
ÉCOLE DE GILLIS MOSTAERT
Hulst, 1528 – Anvers, 1598
Tempera sur panneau
47 × 65 cm / 18,5 × 25,6 in, avec cadre 61 × 78 cm / 24 × 30,7 in
PROVENANCE
France, collection particulière
Quel que soit le paysage d’hiver que l’on contemple dans la peinture flamande ou hollandaise, la comparaison avec les Chasseurs dans la neige de Pieter Bruegel s’impose inévitablement. La vision cosmique de Bruegel — amplifiée par un procédé purement technique, celui du manteau neigeux unifiant toute la composition — transforme le monde visible en une vaste abstraction. Cette perception trouve un écho jusque dans des compositions plus modestes comme celle-ci. Sous son apparente simplicité, qui saisit le rythme quotidien de la vie rurale, se cache une métaphore plus profonde incarnée par la figure solitaire du porcher au premier plan. À travers elle, l’artiste évoque la parabole du Fils prodigue, conférant à la scène une dimension morale. La présence du porc ajoute une couche symbolique supplémentaire : elle rappelle l’emblème traditionnel de saint Antoine ermite, où l’animal représente la miséricorde, la guérison et le triomphe de l’esprit sur la chair — une signification enracinée dans l’ordre médiéval des Antonins, qui élevaient des porcs pour venir en aide aux malades atteints du « feu de saint Antoine ».
Lors de son acquisition, le tableau était attribué au peintre hollandais Alexandre van Beerstraten et daté du XVIIIᵉ siècle — attribution encore visible sur la plaque de laiton du cadre et sur le revers du panneau, inscrite à l’encre ancienne. Un examen plus attentif de la technique révèle pourtant une origine bien antérieure. L’œuvre est exécutée à la tempera plutôt qu’à l’huile, un médium déjà perçu comme archaïque au XVIIᵉ siècle. Ce choix reflète les réalités économiques et matérielles d’Anvers après la Furie espagnole (1576), lorsque de nombreux artistes optèrent pour des matériaux moins coûteux et des procédés simplifiés. Cette austérité technique, associée au petit format et à la sensibilité atmosphérique de la scène, situe la peinture dans le cercle de Gillis Mostaert et de ses suiveurs, actifs à Anvers à la fin des années 1570 et au début des années 1580.
Gillis Mostaert l’Ancien (Hulst, 1528 – Anvers, 1598) fut l’un des peintres les plus polyvalents et influents de la Renaissance flamande tardive. Formé dans le cercle de Frans Floris et de Jan Mandijn, il assimila à la fois le langage monumental du maniérisme anversois et le réalisme d’observation de Pieter Bruegel l’Ancien, dont la vision marqua profondément sa génération. Mostaert dirigea un atelier florissant à Anvers, produisant des paysages, allégories et scènes religieuses de petit format pour d’éminents collectionneurs tels que François de Granvelle et l’archiduc Ernest d’Autriche. Ses paysages d’hiver — animés de figures miniatures et baignés d’une lumière argentée — comptaient parmi les images les plus admirées de son temps. Nombre de ses disciples poursuivirent ce langage pictural au début du XVIIᵉ siècle, prolongeant l’influence de son style et de sa sensibilité morale. Le présent tableau s’inscrit pleinement dans cet univers artistique, où le contenu narratif et la poésie atmosphérique coexistent dans un format intime.
Epoque : 16ème siècle
Style : Haute époque-Renaissance-Louis XIII
Etat : Bon état
Matière : Huile sur bois
Longueur : 65 cm
Hauteur : 47 cm
Référence (ID) : 1648839
Disponibilité : En stock






























