ÉCOLE DE PRAGUE, VERS 1600, JUDITH
JUDITH
Huile sur cuivre
33 × 27 cm / 13.0 × 10.6 pouces
Avec cadre : 45 × 39 cm / 17.7 × 15.4 pouces
Il existe trois sujets de l’Ancien Testament qui attirent infailliblement mon attention : l’Adoration du Veau d’Or, le Festin de Balthazar et, bien sûr, l’histoire de Judith. Chaque fois que je rencontre l’un de ces thèmes, mon regard s’y attarde naturellement. Il en fut ainsi avec ce petit tableau : bien qu’il ait été proposé comme une œuvre du XIXᵉ siècle, il est apparu immédiatement qu’il s’agit en réalité d’un très bel exemple de peinture maniériste du début du XVIIᵉ siècle, appartenant à ce que les historiens de l’art désignent conventionnellement comme la période « vers 1600 ». La fragilité aristocratique de la figure, associée à l’élégance raffinée de la pose, évoque aussitôt la mémoire des peintres de cour travaillant à Prague, à la cour de l’empereur Rodolphe II.
La conception même de la pose de Judith – la torsion du corps et le regard jeté par-dessus l’épaule vers le spectateur – m’a semblé étonnamment familière, rappelant irrésistiblement deux dessins de Bartholomeus Spranger.
Le premier est Minerva couronnant un artiste (vers 1590, Vienne, Albertina), où Minerve, le bras tendu en avant et le regard ramené vers l’arrière par-dessus l’épaule, offre un parallèle frappant avec notre Judith, bien que dans un reflet inversé. Tout aussi révélateur est un autre dessin de Spranger, conservé au Louvre et représentant Judith : à l’arrière-plan apparaît le corps déjà décapité et sans vie d’Holopherne. La structure compositionnelle, la cassure du corps et le traitement de la nuque tranchée riment de manière saisissante avec ce que nous observons dans notre tableau. Il est tentant de supposer que le peintre de cette œuvre connaissait ces inventions maniéristes – ou d’autres très proches.
Un naturalisme comparable, que l’on rencontre parfois chez Spranger, résonne également dans notre peinture et rappelle inévitablement le texte biblique lui-même :
« Elle saisit son épée et, rassemblant toutes ses forces, frappa deux fois son cou et lui trancha la tête. »
Il est remarquable que cet accent naturaliste dans le traitement du thème de Judith se soit profondément enraciné dans l’art au nord des Alpes, pour se développer encore dans la première moitié du XVIIᵉ siècle. Il deviendra un élément essentiel du langage visuel de l’époque, trouvant un écho dans l’œuvre de Pierre Paul Rubens et de Trophime Bigot, et atteignant son véritable triomphe artistique dans la peinture de Johann Liss, où le naturalisme cesse d’être un simple effet pour devenir un instrument expressif fondamental du récit dramatique.
Epoque : 17ème siècle
Style : Haute époque-Renaissance-Louis XIII
Etat : Bon état
Matière : Cuivre
Longueur : 27 cm
Hauteur : 33 cm
Référence (ID) : 1679743
Disponibilité : En stock





































