Un rêve d’Italie : la collection du marquis Campana

Le musée du Louvre et le musée de l’Hermitage s’associent pour une exposition exceptionnelle autour de la collection du marquis Campana, constituée pour l’essentiel entre les années 1830 et les années 1850. Pour la première fois depuis sa disparition en 1861, l’exposition permettra de donner une image compléte de la plus ambitieuse collection privée du XIXème siècle, qui se caractérise par sa diversité ( collection d’œuvres antiques aussi bien que modernes), sa richesse ( plus de 12000 pièces archéologiques, peintures, sculpture, objets d’art …) et sa qualité.

Le Printemps. Fresque
Fin du Ier siècle après J.-C. (?).
Musée du Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines.
© RMN – Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

L’exposition rassemble plus de 5000 œuvres, dont de nombreux chefs-d’oeuvre, comme le sarcophage des époux ou la Bataille de San Romano de Paolo Uccello. Elle présente la figure romanesque de Giampietro Campana, sa passion de collectionneur et la manière dont il a réuni cet ensemble extraordinaire: Les fouilles, le marché des antiquités et de l’art, le réseau des collectionneurs entre Rome , Naples et Florence et les liens avec les institutions scientifiques. Le marquis Campana entendait donner une image du patrimoine culturel italien, aussi bien antique que moderne: à ce titre, la collection constitue un moment fondateur de l’affirmation de la culture italienne au cours du XIXème siècle.

Au terme du procès retentissant intenté à Campana en 1857, la collection fut saisie et vendue par l’état pontifical et sa dispersion entre l’Angleterre, la Russie et la France a suscité une émotion qui témoigne de son importance dans la conscience culturelle de l’Italie et de l’ Europe. Une part importante de la collection Campana a été acquise en 1861 par le Tsar Alexandre II et est venue enrichir las collections du musée de l’Hermitage. Le reste de la collection- plus de 10000 objets – a été acheté par Napoléon III et partagé entre le musée du Louvre et de nombreux musée de Province.

Enfin, la collection s’est révélée une source d’inspiration dans la culture artistique européenne et dans l’artisanat, notamment l’orfèvrerie.

PARCOURS DE L’EXPOSITION

Giampietro Campana, directeur du Mont-de Piété de Rome, était l’une des figures les plus brillantes de la société romaine de son temps et un personnage éminemment romanesque. Il a rassemblé la plus importante collection privé du 19ème siècle, mais entraîné par sa passion pour l’accumulation d’oeuvre, il fut arrêté en 1857 pour malversations financières, condamné à la prison puis à l’exil. Sa collection fut alors mise en vente.

Campana n’a cependant pas été qu’un collectionneur compulsif et sa collection peut être aussi vue comme un geste politique, à l’époque du Risorgimento , de la (re)naissance de la nation italienne: sa volonté de présenter un tableau complet des richesse archéologiques et artistiques de l’Italie atteste sa sympathie envers le mouvement qui , contre le pouvoir du Pape, militait pour l’unité du pays. A ce titre, la collection Campana a eu une importance majeure dans la définition culturelle et politique du patrimoine italien.

L’influence de la collection Campana a dépassé l’Italie. L’Angleterre, la Russie et la France ont rivalisé pour acquérir la collection, témoignant du prestige dont jouissait encore le modèle culturel italien en Europe. C’est particulièrement vrai en France: l’achat en 1861 de la majeure partie de la collection et sa répartition entre le musée du Louvre et de nombreux musées de Province ont constitué un chapitre décisif de la politique culturelle de Napoléon III et de l’histoire des collections françaises.

Campana et La société Romaine

A la suite de son grand-Père et de son père, Giampietro, marquis de Cavelli, avait été nommé dès 1833 directeur du Mot-de-Piété, une institution Financière majeure des Etats pontificaux. A ce titre, il était en relations étroites avec l’administration pontificale et avec toute la haute société romaine. Son mariage en 1851 avec Emily Rowles lui assura également des relations précieuse avec l »élite des grandes capitales européennes, banquier, mais aussi entrepreneur, mécène, philanthrope, archéologue et collectionneur, Campana appartenait à nombre d’institutions économiques, culturelles et scientifiques, en Italie et en Europe.

Une collection célèbre dans toute l’Europe

La collection Campana, qui compta rapidement au nombre des plus prestigieuses d’Italie, figurait dans les guides de voyage de l’époque. Une recommandation auprès du marquis suffisait en général à accéder à certaines salles de la Villa Campana, du Palais du Corso ou du Mont-de Piété et plusieurs textes et dessins témoignent de l’émerveillement des visiteurs venus de toute l’Europe. Toutefois, très peu d’entre eux ont pu se faire à l’époque une idée exacte de l’étendue de la collection, très dispersée et dont Campana ne laissait voir qu’une partie.

Les lieux de la collection

Campana avait réparti sa collection entre différents lieux à Rome. Les marbres antiques étaient disposés pour la plupart dans les salles et le jardin de la Villa Campana près de Saint-Jean-de-Latran, aujourd’hui détruite, mais dont plusieurs tableaux et photographies nous gardent le souvenir. Le Palais de Corso accueillait les séries de vases antiques et les collections modernes de sculpture, majoliques et peintures. Des salles d’exposition avaient également été aménagées au Mont-de Piété pour présenter les terres cuites. Enfin, Campana avait acquis au fil des années, dans le centre de Rome, un certain nombre de lieux pour entreposer sa collection toujours croissante.

Le projet de Campana

Le développement apparemment démesuré de la collection obéissait-il à un véritable projet?

C’est ce qu’entendait montrer le catalogue publié vers 1858, au moment ou Campana était déjà en prison: ces Cataloghi Campana,  précédés par plusieurs catalogues partiels, avaient sans doute été rédigés d’abord pour rendre perceptible la richesse de la collection et en faciliter la vente, à un moment où  Campana était pressé par des problèmes d’argent.  Mais cette mise en ordre de la collection avec ses huit classes antiques et quatre  classes modernes, chacune partagée en plusieurs séries et sections, rend également compte de la logique du collectionneur et apparaît comme le véritable testament culturel de Campana: une somme des productions artisanales et artistiques de l’Italie antique et moderne. C’est cet ordre des Cataloghi que suivra l’exposition.

LA COLLECTION D’ANTIQUES

Campana a d’abord commencé par collectionner les antiques, comme l’avaient fait son père et son grand père, et comme le faisaient traditionnellement les grandes familles romaines. Mais in ne s’est pas contenté d’acheter sur le marché des antiques, à Rome, Naples ou Florence. Il a lui-même entrepris de nombreuses fouilles et découvert des monuments majeurs. S’il était désireux de rassembler les plus grands chefs-d’œuvres, Campana se distinguait aussi par l’intérêt qu’il portait aux fragments, aux productions artisanales les plus modestes et  et aux objets du quotidien. Il a ainsi eu la volonté de constituer des séries entières, amassant des dizaines d’objets d’un même type, qui font de sa collection une véritable encyclopédie de l’artisanat antique.

CONSTITUTION DE LA COLLECTION

La formation de la collection: Les fouilles

De la fin des années 1850, Campana a multiplié les fouilles à Rome, dans le Latium et dans les grandes cités étrusques de Véies et Cerveteri. C’est le là que proviennent de nombreux chefs-d’oeuvre de la collection: Campana a, comme beaucoup d’autres, tiré profit d’une législation relativement favorable et de l’absence de véritable contrôle pour s’approprier les plus belles pièces. Même s’il a lui-même peu publié le résultat de ses fouilles, le retentissement de certaines de ses découvertes a assuré à Campana une place importante dans histoire de l’archéologie italienne du 19ème siècle.

La formation de la collection: Le marché

Si Campana a beaucoup acheté sur le marché des antiques à Rome ( Etats pontificaux), il a aussi acquis des oeuvres dans d’autres Etats de l’Italie de l’époque, notamment à Florence ( grand-duché de Toscane) et à Naples ( royaume des Deux-Siciles) . IL y a tiré parti de législations plutôt libérales pour le commerce des œuvres d’art. Mais Campana a aussi cédé des œuvres, voire des portions de sa collection: ainsi le don important fait au duc de Saxe-Altenbourg à Iéna ou la vente d’une partie de la collection de monnaies à Londres en 1846.

LES CLASSES

Classe 1- les Vases 

Les cataloghi Campan comptabilisent près de 3800 vases, auxquels s’ajoutent de nombreuses autres pièces non inventoriées et d’innombrables fragments. Il s’agit pour la plupart de vases grecs;, importés en masse en Italie dans l’Antiquité, mais également de productions étrusques et romaines. Même si les séries définies par Campana ne correspondent plus à la nomenclature actuelle, cette collection démesurée constitue une véritable encyclopédie de la céramique et de la peinture sur vase antiques.

Classe 2 – Les bronzes

Comme l’écrivait un critique du 19ème siècle, soulignant l’intérêt de la classe des bronzes, la collection Campana   » nous initie à l’Antiquité tout entière, depuis ses plus belles productions plastiques jusqu’aux détails les plus humbles de la vie domestique. De fait , la richesse et la variété des bronzes rassemblés par Campana sont exemplaires de la démarche du collectionneur, qui s’intéressait aussi bien aux armes qu’aux statuettes, aux ustensiles du quotidien.

Classes 3 – Les bijoux et les monnaies

La collection des monnaies, dont le noyau originel remonte au père de Campana, constituait une des catégories traditionnelles des grandes collection d’antiques, mais répondait aussi au goût de Campana pour les portraits historiques. Plus original est le remarquable ensemble de bijoux, qui suscita l’admiration des visiteurs et l’intérêt des spécialiste de l’époque: la famille romaine de joaillier et de collectionneurs, les Castellani, travailla à leur restauration et s’en inspira pour créer des modèles à l’antique.

Classe 4 – Les terres cuites

Campana a développé un intérêt particulier, et rare à l’époque, pour les terres cuites. Dans les salles du Mont-de-Piété, dont on a reconstitué ici la disposition, il avait réussi à rassembler de nombreux exemplaires de la plupart des grandes productions antiques: les statues, les bustes et les tête, les sarcophage et les urnes, les antéfixe et surtout les plaques architecturales romaines à décor figuré auxquelles il a donné son nom: les plaques Campana.

Classe 5 – Les verres

L’intérêt pour les verres antiques, catégorie peu collectionnée à l’époque, est emblématique de la volonté constante de Campana de mettre en relation les productions antiques et modernes. Les Cataloghi Campana insistent en effet sur la précocité, la variété et la qualité des verres étrusques et romains, qui sont présentés comme de véritables précurseurs des grandes productions vénitiennes de Murano.

Classe 6 – Les peintures antiques

L’intitulé de la classe 6,  » peintures étrusques, grecques et romaines, est un peu exagéré: en dehors des plaques étrusques de Cerveteri, elle ne regroupe que des décors pariétaux romains – les peintures dites grecques appartiennent en fait à la tombe romaine de Patron. il s’agit toutefois d’une des plus importantes collections de peintures antiques de l’époque. Avec les classes des vases peints, des majoliques et des peintures italiennes, elle complète cette tentative d’histoire générale de la peinture en Italie qu’est aussi la collection Campana

Classe 7 – les sculptures

Les marbres antiques formaient le cœur des grandes collections d’antiques en Italie depuis la Renaissance. Campana s’est employé à rivaliser avec ces dernières en rassemblant des statues, parfois monumentales, des bustes, des sarcophages et des inscriptions. Les Oeuvre étaient mises à l’honneur dans la Villa Campana, mais aussi dans des réserves visitables au centre de Rome, dont l’aménagement nous est connu par des photographies des années 1850.

Classe 12 – les objets de curiosité

Étrangement rejetée à la fin des Cataloghi Campana, la dernière classe d’antiques pourrait sembler marginale. Elle compte toutefois des ensembles importants, comme les fragments de coffrets en os découverts à Cumes, et originaux, comme le « cabinet secret » . Surtout, cette classe illustre bien une des caractéristiques majeures de la collection: le goût pour les objets modestes du quotidien, souvent négligés par les collectionneurs de l’époque.

Les Restaurations

Les restaurateurs du 19ème siècle allaient souvent très loin dans leurs interventions pour compléter les pièces fragmentaires. C’est particulièrement vrai des restaurateurs employés par Campana, notamment les frères Pennelli, qui ont parfois poussé la virtuosité ( revendiquée par des signatures ) jusqu’au pastiche et au faux. Leurs travaux, qui ont longtemps valu une réputation douteuse à la collection, font depuis plusieurs années l’objet d’études et de réévaluation de la part des conservateurs et des restaurateurs, lesquels doivent affronter à leur tour la question délicate de la restauration, ou dé-restauration, des œuvres Campana.

LA COLLECTION MODERNE

A partir de la fin des années 1840, Campana constitua une collection d’œuvres modernes. Mettant à profit la circulation de nombreuses œuvres sur le marché, notamment à Florence, il rassembla en quelques années des ensembles cohérents de peintures, de majoliques et de sculptures. On y trouve les caractéristiques du collectionneur: la volonté de dresser un tableau raisonné des différentes écoles régionales; le goût pour les portraits historiques et les scènes narratives. L’ampleur de cette collection ne fut connue qu’après la chute de Campana; pour une bonne part dispersée à partir de 1863 entre de nombreux musées Français, elle continue de réserver des surprises.

Classe 8 et 9 – Les peintures

La collection de plus de 600 tableaux à été constituée tardivement, pour l’essentiel dans les années 1850, dans le but de retracer l’évolution de la peinture italienne depuis ses origines jusque vers 1700. Plusieurs critères ont guidé Campana dans ses achats : la diversité des écoles, la renommée des artistes, l’état de conservation des œuvres. Le marquis a cherché à rassembler des œuvres des plus illustres chefs de fil de chaque école de la péninsule- Giotto, Masaccio, Raphaël, les Carrache, etc. Si beaucoup de ces tableaux portent aujourd’hui des noms moins célèbres, l’étude de la collection a néanmoins permis de découvrir, aux côtés de chefs-d’oeuvres comme la bataille de San Romano d’Uccello, des peintures de très grande qualité.

Collectionner les primitifs Italiens

La singularité de la collection de peintures tient à la proportion élevée de tableaux des 13è, 14è et 15ème siècles qu’elle comporte : plus de 400 oeuvres, soit près des deux tiers des peintures amassées par Campana. Même si, vers 1850, l’intérêt des collectionneurs pour les  » primitifs italiens  » est déjà bien affirmé, Campana est le seul à en avoir rassemblé autant. Destinés pour la plupart à un usage religieux, les panneaux peints évoquaient la diversité de la production picturale de cette époque : grands retables, tableaux et tabernacles conçus pour la dévotion personnelle, nombreux fragments de polyptyques démembrés.

Les éléments du décor mobilier

La collection de peintures italiens des 14è et 15è siècles comportait un nombre important d’éléments de décors domestiques: panneaux de coffres de mariage démembrés ( cassoni ) ou décors de chambres à coucher ( spalliere ) . Campana semble avoir nourri un interet particulier pour ce type de réalisations commandés le plus souvent à l’occasion de noces, sans doute en raison de leurs sujets narratifs mettant en scène des épisodes de l’histoire antique ou de la mythologie. Il a pu acquérir également un ensemble décoratif de toute première importance : quatorze portraits d’hommes illustres ornant autrefois le studiolo de Fréderic de Montefeltre au palais ducal d’Urbino.

Le studiolo d’urbino 

Cette séquence de penseurs antiques et modernes provient du Studiolo de Federico da Montefeltro au palais ducal d’Urbino. Le décor raffiné de ce lieu d’étude illustre à merveille l’ambition humaniste du grand condottiere. Admirés par les visiteurs de la collection Campana, les portraits étaient donnés dans les cataloghi à l’italien Melozzo da Forli. On rapprocha très vite le style flamand des panneaux de la présence à Urbino du peintre Juste de Gand qui, les études récentes le confirment, a pris une part décisive dans leur exécution.

Des oeuvres monumentales

Si la collection de peintures des 14è et 15è siècles du marquis se composaient en grande partie de fragments de polyptyques et de panneaux décoratifs, Campana est également parvenu à acquérir des œuvres monumentales de tout premier plan. C’est le cas d’une grande croix peinte dans l’atelier de Giotto, que les Cataloghi donnaient à Pietro Cavallini, un artiste romain alors considéré comme un des pères fondateurs de la peinture italienne. Pour le 15è siècle, c’est un autre panneau aux dimensions exceptionnelles qui est considéré aujourd’hui comme le chef-d’oeuvre de la collection : la Bataille de San Romano d’Uccello, décrite par Giorgio Vasari et réapparue sur le marché de l’art au milieu du 19è siècle. Elle suscita les louanges des visiteurs du palais de Campana sur le Corso et fut reconnue, dès son arrivée en France, comme une oeuvre majeure de la Renaissance Italienne.

Les 16è et 17è siècles

Bien que les primitifs aient constitué la partie la plus importante de sa collection, Campana n’a pas négligé pour autant le 16è et le 17è siècles. Il a cherché à acquérir des oeuvres alors attribuées à des peintre célébrés ; Raphaël, Caravage, Sassoferrato et les grands Bolonais ( Les frères Carrache, l’Albane, Dominiquin …). Ces attributions prestigieuses ont néanmoins souvent été modifiées par la suite. La collection comportait aussi , dans une proportion beaucoup plus faible, des peinture nordiques et, selon Campana, espagnoles. A coté de sujets religieux et de paysages, il manifesta un goût prononcé pour l’art du portrait : effigies d’hommes célébrés renouant avec une tradition antique, portraits déguisés, mais aussi autoportraits supposés ou portraits d’artistes.

Classe 10 Les Majoliques

La classe 10, ou  » cabinet des peintures en majolique des plus célèbres artistes d’Italie des 15è et 16è siècles  » , illustre l’ intérêt porté par le marquis Campana à la faïence de la Renaissance italienne. Comme ses contemporains, il étaient surtout séduit par les productions du 16è siècle, véritable siècle d’or de la majolique, en particulier par les pièces historiées à la riche polychromie et celles recouvertes d’ un décor de lustre et reflets métalliques. Les oeuvre composant la classe 10 sont au nombre de 641 : outre les majoliques italiennes – dont certaines étaient pourvue d’un cadre en bois doré qui a été conservé -ce nombre incluait douze médaillons peints par Luca Delle Robbia, une dizaine de faïences hispaniques et cinq verres vénitiens.

La Majolique lustrée

La collection Campana est particulièrement riche en pièces aux reflets métallescents rouge et dorés provenant des villes ombriennes de Gubbio et Deruta, spécialisées dans la technique du lustre.Les grands plats d’apparat de Deruta illustrent les thèmes en vogue : guerriers romains, portraits féminins ou figure d’anges d’après le Pérugin. L’atelier de Mastro Giorgio à Gubbio, qui produit des  istoriati  de qualité, est réputé pour son éclatant rouge rubis.

Belle Donne et istoriati

Si les formes de la majolique sont celles de la vaisselle précieuse, ses sources d’inspiration la rapprochent de la peinture. Les artistes illustrent les récits antiques, qu’ils soient bibliques, historiques ou mythologiques. Le goût pour les portraits de guerriers à la mode de l’époque ( belle donne ) est aussi très vif. La collection Campana réunit un bel ensemble de ces coupes ornées de visages féminins idéalisés, sans doute cadeaux de fiançailles ou de mariage.

Les Della Robbia

Les oeuvre en terre cuite émaillée, technique mise au point pour la sculpture par Luca Delle Robbia à Florence vers 1430, ont connu un immense succès jusqu’aux années 1540, avec une production considérable de reliefs, retables ou encore rondes-bosses, due à l’atelier des Della Robbia ou l’atelier concurrent des Buglioni. Ces oeuvres connaissent u formidable regain d’intérêt en Italie comme en France à partir des années 1840. La collection Gigli comprend six oeuvres robbiesques et la collection Campana près de cinquante, le plus souvent attribuées trop généreusement à Luca Delle Robbia, qui forment l’immense majorité de sa collection de sculpture.

 

Classe 11 – Les sculptures

L’ensemble exceptionnel de sculptures de la collection Campana est formé en réalité de deux collections. L’une, rassemblée directement par Campana, est composée de près de cinquante oeuvres robbiesques, le plus souvent attribuées à Luca Della Robbia, mais également de quelques oeuvres majeures en marbre. L’autre collection, formée à Florence entre 1851 et 1855 par Ottavio Gigli, un ami de Campana, a abouti à Rome au Mont-de-Piété et a connu le même sort que la collection Campana; elle donne, quant à elle, un panorama exceptionnel de la sculpture du Moyen âge  et de la Renaissance toscane.

L’ensemble de ces oeuvres Gigli-Campana constituait une collection de référence unique à son époque. Près de la moitié des oeuvres furent acquises par le south kensington Museum de Londres en 1861; le Louvre reçut quant à lui plus de Quatre-vingt-dix pièces, dont certaines ont fait, au 20è siècle, l’objet de dépôt dans des musées de province.

 

LA DISPERSION DE LA COLLECTION

Dès la fin des années 1840, des difficultés financières avaient incité Campana à tenter, en vain, de vendre à l’étranger sa collection. Il dut gager cette dernière et recourir par des jeux d’écritures aux fonds du Mont-de Piété pour financer ses achats démesurés. Ces malversations entraînèrent son arrestation en 1857 et sa condamnation à la prison, commuée en exil.L’administration pontificale choisit de vendre la collection, suscitant l’indignation des défenseurs du patrimoine italien et attisant les rivalités entre les grandes nations. En 1861, l’Angleterre acheta une sélection de sculptures modernes et la Russie surtout des marbres et des vases antiques, avant que Napoleon III ne rachète en bloc le reste de la collection. Seule la collection de monnaies échappa à la dispersion et demeura à Rome.

Napoléon III et la collection Campana

 

L’achat de la collection Campana est un des actes majeurs de la politique culturelle du second Empire. D’abord exposée en 1862 au Palais de l(Industrie, dans l’éphémère musée Napoleon III, la collection devait servir de source d’inspiration aux arts industriels, selon le modèle anglais cher à l’empereur. En 1863, l’essentiel des oeuvres fur transféré au Louvre, mais l’Etat envoya également de nombreuses séries dans les musées de province, systématisant une politique féconde de dépôt des collections nationales. 1976, suivant un mouvement inverse, de nombreuses peintures italiennes furent rassemblées dans le musée du Petit Palais d’Avignon, qui conserve ainsi un des ensembles les plus significatifs de la collection Campana.

Les copistes

L’exposition de la collection Campana au musée Napoléon III devait servir à inspirer les artisans et à renouveler le répertoire des arts décoratifs. Des photographies de terres cuites furent même envoyées dans les écoles de dessin industriel. Plusieurs artistes majeurs, comme Moreau ou Gérôme, ont ainsi trouvé des modèles propres à enrichir leur vision de l’Antique. Mais l’influence de la collection se fit surtout sentir chez les joailliers de l’époque qui, comme les Castellani à Rome, créèrent de nouveaux modèles inspirés des bijoux Campana.

En savoir plus:

Lieu: Musée du Louvre, Hall Napoléon

Date: jusqu’au 18 février 2019

Site: https://www.louvre.fr