Le pouvoir des fleurs Pierre-Joseph Redouté (1759-1840)

Entre science et beaux-arts, Pierre-Joseph Redouté incarne l’apogée de la peinture florale ; surnommé le « Raphaël des Fleurs », il est devenu un modèle encore célébré aujourd’hui grâce à l’élégance et à la justesse de son interprétation d’une nouvelle flore venue orner les jardins entre la fin de l’Ancien Régime et la Monarchie de Juillet.
Grâce à la générosité du Muséum national d’Histoire naturelle, le musée de la Vie romantique organise pour la première fois en France, une exposition consacrée à Redouté et à son influence. Peintre botaniste, il a contribué à l’âge d’or des sciences naturelles en collaborant avec les plus grands naturalistes de son temps. Il a répondu à leur préoccupation de classement et d’identification de plantes rapportées des quatre continents en les reproduisant à l’aquarelle sur de précieux vélins avec une rigueur scientifique et un talent artistiques inégalés. Peintre des souveraines, de l’impératrice Joséphine à la reine Marie Amélie, il est aussi graveur, éditeur, et professeur.

Pierre-Joseph Redouté (1759-1840). « Papaver Somniferum ». Aquarelle et crayon noir sur vélin (et non papier vélin), 1839. Paris, musée de la Vie romantique.

Plus de 250 peintures, aquarelles, objets d’art, et vélins qui, en raison de leur fragilité, seront présentés suivant un accrochage en partie renouvelé en trois « saisons » proviennent de nombreuses collections publiques françaises (musée du Louvre, musée des Beaux-Arts de Lyon, musée de Grenoble, musée Fabre de Montpellier…) et des musées de Belgique.

Parcours de l’exposition

  1. PIERRE-JOSEPH REDOUTÉ, « RAPHAËL DES FLEURS »

Pierre-Joseph Redouté (1759-1840), né à Saint-Hubert dans les Ardennes belges, apprend la peinture dans les Flandres et en Hollande, avant de s’installer en 1783 à Paris, où il s’initie à l’observation botanique. Son talent d’artiste et sa précision scientifique sont si vite reconnus qu’il se voit confier en 1788 l’exécution de planches sur vélin pour la Collection du roi, dont le Néerlandais Gérard Van Spaendonck a la charge. En 1792, il est dessinateur à l’Académie des sciences et illustre les ouvrages des naturalistes les plus célèbres. Le centre mondial des sciences naturelles est alors le Jardin du roi, qui devient le Muséum d’Histoire naturelle en 1793. Joséphine Bonaparte collectionne à Malmaison des plantes de tous pays et soutient Redouté par ses commandes de recueils. Il est célèbre, dirige un atelier important, participe au Salon, fréquente de nombreux artistes, est nommé maître de dessin du Muséum en 1822. Mais, bientôt, ses bouquets aquarellés et ses albums passent de mode, les difficultés financières s’amoncellent jusqu’à sa mort en 1840

Antoine Chazal (1793-1854) Hommage à Gérard Van Spaendonck, 1830 Roubaix, La Piscine, musée d’Art et d’Industrie André Diligent – Photo © Musée La Piscine (Roubaix), Dist. RMN-Grand Palais / Alain Leprince / Service presse/ MVR
  1. DU PINCEAU AU BURIN, LES FACETTES DU TALENT DE REDOUTÉ

Observer et retranscrire la nature, en mots et en images : le dessinateur et le botaniste apportent chacun leur expertise pour une description complète et cohérente des plantes. Redouté s’appuie sur des herbiers pour préciser ou réaliser entièrement le dessin du végétal. Le spécimen vivant, observé avec une loupe, est indispensable pour la mise en couleurs. Les planches les plus anciennes exposées ici sont exécutées au lavis d’encre noire, leur commanditaire, L’Héritier de Brutelle, craignant – comme d’autres à l’époque – que la mise en couleur ne cache des détails. Dès 1788, avec son professeur Gérard Van Spaendonck, Redouté s’essaye à l’aquarelle sur vélin, un parchemin très fin et très blanc obtenu à partir d’une peau de veau mort-né ou de veau de lait qui met les nuances particulièrement en valeur. Pour ses publications, il a recours à la gravure au pointillé.

Joseph Redouté (1759-1840), Fleurs : roses trémières, raisins et le lori cramoisi, 1836 Paris, musée du Louvre département des arts graphiques © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado /Service presse/ M

Découverte peu auparavant en Angleterre, cette technique qu’il perfectionne donne l’illusion du dessin. Un instrument, appelé « roulette », permet de juxtaposer très finement les points incisés dans la plaque en métal qui sert ensuite à l’impression. Toutes les couleurs sont appliquées simultanément sur la plaque, à l’aide d’un tampon de chiffon nommé « poupée ». Redouté est le premier à utiliser pour la botanique ce procédé qui nécessite une grande virtuosité. Il finalise fréquemment ses gravures par des retouches à l’aquarelle.

  1. FLEURS ET ART APPLIQUÉS

Redouté a souvent montré, comme Gérard Van Spaendonck, sa préoccupation de livrer des modèles aux manufactures. Il laisse à sa mort un album inachevé, « destiné à l’enseignement dans les écoles spéciales, aux manufactures et aux applications industrielles de tous genres ». Dès 1608, les images du recueil Le Jardin du roy très chrétien Henri IV dessinées par le brodeur-jardinier Pierre Vallet servent de modèle aux brodeurs, tapissiers, céramistes, orfèvres… La collection de vélins botaniques léguée par Gaston d’Orléans à Louis XIV et conservée au Jardin du roi s’inscrit dans cette tradition qui se poursuit, après la Révolution, au Muséum d’histoire naturelle.

Eventail brisé, « Les pots de fleurs » : corne blonde repercée et gouachée, pierre en verre topaze. 1820. Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris. – © Françoise Cochennec /Galliera/ Roger-Viollet
  1. DE L’INDUSTRIE AU SALON

L’art floral à Lyon converge traditionnellement vers la fabrique de soierie. Ainsi, à l’issue de l’insurrection de 1793, afin de relancer l’économie d’une ville exsangue, il est nécessaire de former des dessinateurs et de leur fournir des modèles. Dans cette perspective, le musée des Beaux-Arts constitue un « Salon des fleurs » pour lequel il acquiert d’abord des œuvres de maîtres du passé, nordiques ou français. Puis les acteurs de la nouvelle école lyonnaise de la fleur font à leur tour leur entrée. Antoine Berjon, JeanFrançois Bony ou Simon Saint-Jean ont tous débuté en donnant des dessins pour la soie. En signant sur un tableau « dessinateur de sa manufacture d’étoffes de soie & de broderies », Bony montre que la peinture à l’huile n’est pour lui qu’une pratique nécessaire à la maîtrise de son métier. Pourtant, Saint-Jean, artiste de la génération suivante, s’émancipe de la Fabrique. Il ne devient pas professeur de peinture de fleurs à l’École des beaux-arts, se consacrant exclusivement à la peinture de chevalet pour la clientèle aristocratique de l’Europe entière. Les modèles issus du dessin botanique précis et descriptif deviennent dès lors des tableaux, des papiers peints ou des tissus se répondant les uns les autres dans une même profusion virtuose. Les mouvements ne se font pas uniquement des formes artistiques jugées comme les plus élevées et les plus savantes – la peinture principalement – vers celles, moins considérées, des manufactures et de l’industrie.

En savoir plus:

MUSEE DE LA VIE ROMANTIQUE

Exposition jusqu’au 1er Octobre 2017