Paris Romantique, 1815-1848

Après « Paris 1900, la Ville spectacle », le Petit Palais présente « Paris romantique » et poursuit ainsi son évocation des grandes périodes fondatrices de l’identité de Paris. Cette exposition-événement offre un vaste panorama de la capitale durant les années romantiques, de la chute de Napoléon à la révolution de 1848.

Alexandre Louis Bellangé, Charles-Auguste Questel,
Meuble d’appui pour la salle à manger du duc d’Orléans,
1840, Musée du Louvre, département des Objets d’Art
Photo RMN–Grand Palais/Jean-Gille Berizzi

Plus de 600 œuvres -peintures, sculptures, costumes, objets d’art et mobilier- plongent le visiteur dans le bouillonnement artistique, culturel et politique de cette époque. Grâce à une scénographie immersive, le parcours invite à une promenade dans la capitale à la découverte des quartiers emblématiques de la période : les Tuileries, le Palais-Royal, la Nouvelle-Athènes, la cathédrale Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, ou les Grands Boulevards des théâtres. Dans le même temps, un volet dédié aux salons littéraires et mondains est présenté au musée de la Vie romantique et complète l’exposition.

PARCOURS DE L’EXPOSITION

Napoléon avait rêvé de faire de Paris une mégalopole qui serait la capitale politique de l’Europe. La chute de l’Empire l’empêcha d’accomplir ce dessein, mais les Parisiens de la Restauration et de la monarchie de Juillet avaient tout de même la conviction de vivre dans la première ville du monde, capitale artistique, musicale et scientifique, mais également capitale des plaisirs et de la mode.

Etienne Bouhot, Le jardin et le palais des Tuileries vus du Quai d’Orsay,
1813, huile sur toile, Salon de 1814, Paris, Musée Carnavalet
Photo Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Beaucoup d’étrangers partageaient ce sentiment et pensaient que seule l’approbation parisienne pouvait leur assurer une reconnaissance internationale.  De ce fait, la ville fourmillait d’exilés volontaires, musiciens comme Rossini, Liszt ou Meyerbeer, scientifiques, comme Alexandre de Humboldt, écrivains, comme Henri Heine, mais aussi de réfugiés fuyant des situations politiques difficiles, comme Adam Mickiewicz, Frédéric Chopin ou la princesse Belgiojoso. Le brassage de toutes ces influences extérieures, dans un contexte relativement libéral, favorisa l’éclosion d’une effervescence intellectuelle unique dans une Europe où beaucoup de nations vivaient encore sous un régime oppressif.

Édouard Dubufe, Jeune fille au portrait, vers 1840, Musée
des Arts décoratifs
Photo MAD

I. Le palais des Tuileries

Éclipsé par le château de Versailles depuis que Louis XIV y avait fixé la cour, le palais des Tuileries devint, du Consulat au Second Empire, la résidence parisienne permanente du chef de l’État. Symbole même du pouvoir du souverain, il disparut dans les incendies de la Commune de Paris en 1871 et la jeune IIIe République renonça à le reconstruire. Pendant la période concernée, le palais fut occupé successivement par la branche aînée des Bourbons, Louis XVIII et Charles X, de 1814 à 1830, puis par la maison d’Orléans, avec Louis-Philippe Ier, de 1830 à la révolution de 1848.

Peigne à dix dents, écaille, turquoises, vers 1840, Musée
des Arts décoratifs
Photo MAD

Sous la Restauration, le seul personnage vraiment populaire de la famille royale fut la duchesse de Berry, image de «bonté, douceur, esprit, gaieté». Soucieuse d’être à la mode, elle meubla son appartement du pavillon de Marsan dans le goût le plus nouveau, et sut animer le vieux palais en organisant des fêtes, dont certaines sont restées célèbres, comme celle du 2 mars 1829, bal costumé durant lequel fut dansé le quadrille de Marie Stuart.

Robe d’été, en une seule pièce ras du cou, manches pagodes longues, jupe à fronces avec une ceinture, vers 1845, Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris
Photo Palais Galliera / Roger-Viollet.

Sous Louis-Philippe, plusieurs membres de la famille royale furent appréciés des Parisiens, à commencer par Ferdinand Philippe, le prince héritier ; succédant à la duchesse de Berry comme occupant du pavillon de Marsan, il favorisa le retour aux styles du XVIIIe et aux meubles en marqueterie Boulle, tout en collectionnant la peinture moderne. Sa mort brutale en 1842, d’un accident de voiture, sema la consternation. Une de ses sœurs, l’attachante princesse Marie d’Orléans, artiste de talent, était plutôt férue de Moyen-Âge; elle fit aménager dans son appartement un surprenant salon-atelier néogothique.

Théodore Chassériau, Sapho, 1849, Salon de 1850, huile sur
bois, Musée d’Orsay, dépôt du musée du Louvre
Photo RMN-Grand Palais/Adrien Didierjean

II. Le Palais-Royal

Les guides de Paris du début du XIXe siècle sont unanimes : le Palais-Royal constitue l’épicentre incontesté de la vie parisienne. Construit en 1628 pour le cardinal de Richelieu, le Palais Royal devint plus tard la résidence de la famille d’Orléans. Entièrement réaménagé à la fin du XVIIIe siècle, il acquit alors une grande popularité, due aux nombreux commerces et lieux de divertissement installés dans ses galeries.

Confisqué sous la Révolution, il fut, en 1814, restitué au duc d’Orléans, futur Louis Philippe, qui y résida jusqu’à son accession au trône en 1830 et en confia la rénovation à l’architecte Pierre Fontaine. Fontaine agença notamment la magnifique galerie d’Orléans, l’un des plus célèbres passages couverts de la capitale, qui abritait des dizaines de boutiques et permettait aux flâneurs de se livrer aux plaisirs du shopping sans craindre les intempéries.

Eugène Delacroix, Le Christ au jardin des Oliviers, 1826,
Salon de 1827, huile sur toile, Paris, église Saint-Paul-SaintLouis
Photo COARC / Roger-Viollet.

Le Palais-Royal était en effet extrêmement reconnu pour ses commerces où l’on trouvait les articles de luxe les plus divers : étoffes, pendules, petits bronzes, bijoux, porcelaines et colifichets en tout genre qui faisaient la réputation de la capitale. D’autres distractions attiraient cependant : le lieu était renommé pour ses cafés et ses restaurants, comme Véry, Véfour ou les Frères Provençaux qui offraient ce qu’il y avait alors de meilleur en matière de gastronomie.

Mais le Palais-Royal abritait également des plaisirs moins avouables : il était devenu le repaire des joueurs et des prostituées qui recevaient dans les étages. La popularité du Palais-Royal, extrême jusqu’au début des années 1830, se tarit progressivement au bénéfice des Grands Boulevards, lorsque le racolage et les jeux de hasard furent interdits.

Charles-Édouard Leprince (baron de Crespy), Promenade
de Julie et Saint-Preux sur le lac de Genève, 1824, huile sur
toile, Montmorency, musée Jean-Jacques Rousseau
Photo Didier Fontan

III. Au Louvre : le Salon

Instituée à la fin du XVIIe siècle, cette grande exposition avait lieu traditionnellement dans le Salon carré du Louvre, d’où son nom. Le Salon reste au début du XIXe siècle l’événement majeur de la vie artistique parisienne. Abondamment commenté dans la presse, il constituait la principale exposition d’art contemporain: tous les jeunes artistes aspiraient à s’y faire admettre par le jury, bien conscients que de leur succès au Salon dépendait la réussite de leur carrière.

Devant le succès de la manifestation, qui rassemblait au fil des années un nombre croissant de peintures et de sculptures, il fallut bientôt annexer plusieurs enfilades de salles du musée et la rendre annuelle à partir de 1833. Tous les genres et tous les styles y étaient représentés et les tableaux étaient accrochés les uns contre les autres, tandis que les sculptures étaient reléguées au rez-de-chaussée.

Eugène Delacroix, Les convulsionnaires de Tanger, 1837-
1838, huile sur toile, Minneapolis, Institute of Art
Photo Bridgeman Images

Les salons des années 1820 virent l’émergence du romantisme en peinture, avec la présentation des œuvres maîtresses de Géricault (Le Radeau de la Méduse, Salon de 1819) et de Delacroix (La Barque de Dante, Salon de 1822, Les Massacres de Scio, en 1824, Le Christ au jardin des Oliviers, en 1827).

Dans les années 1830, ce fut au tour des sculpteurs de la nouvelle école de se faire remarquer: au Salon de 1831 exposèrent ainsi Barye et Duseigneur, dont le Roland furieux est aujourd’hui encore considéré comme l’un des manifestes du romantisme en sculpture. Dans les années 1830, le jury fit preuve d’une plus grande sévérité à l’égard des romantiques: certains comme Barye ou Préault furent régulièrement exclus et développèrent de nouvelles stratégies de vente et d’exposition.

L’hégémonie du Salon, jusque-là incontestée, commençait alors à être mise en cause. Ne sont présentées dans cette salle, sauf exception, que des œuvres ayant figuré à ces salons.

Pierre-Jean David, dit David d’Angers, La jeune grecque au
tombeau de Marco Botzaris, plâtre, Angers, Galerie David
d’Angers
Photo Musées d’Angers

IV. Notre-Dame de Paris

En 1831, parut Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo : le succès du roman, qui, autant qu’une dramatique histoire d’amour, était une évocation haute en couleur du Paris de la fin du XVe siècle, ne se démentit pas. Magnifique exemple de la passion que suscita le Moyen-Âge à l’époque romantique, le livre inspira de nombreux peintres et dessinateurs, d’Auguste Couder à Charles Steuben et Louis Boulanger. Preuve de son succès, le roman fut même adapté pour l’opéra par Louise Bertin, et ses personnages – Esmeralda, Phoebus, Quasimodo – servirent de motifs de pendules et de petits bronzes.

Horace Vernet, Mazeppa aux loups, 1826, huile sur toile,
Avignon, musée Calvet
Photo Jean-Luc Maby

Le roman contribua à la redécouverte du vieux Paris, resserré autour de la cathédrale, dont se multiplièrent alors les vues pittoresques notamment d’aquarellistes anglais tel Thomas Shotter Boys. Cet engouement pour le vieux Paris s’inscrivait dans un mouvement plus vaste de redécouverte du patrimoine architectural du Moyen-Âge qui aboutit en 1830 à la création du poste d’inspecteur général des monuments historiques, bientôt occupé par Prosper Mérimée, l’auteur de Carmen.

La passion de la génération romantique pour le Moyen-Âge s’étendait aussi aux objets d’art, comme en atteste la collection rassemblée à l’hôtel de Cluny par Alexandre du Sommerard. Pendules, papiers peints, coffrets, reliures, costumes : les ornements gothiques pouvaient se décliner à l’infini sur tous les types de support. Des intérieurs gothiques firent même leur apparition, tel le célèbre cabinet aménagé par la comtesse d’Osmond dans son hôtel parisien – l’un des plus précoces témoignages du « goût gothique» à Paris.

Charles de Steuben, La Esméralda, Salon de 1839, huile
sur toile, Nantes, Musée d’Arts
Photo RMN-Grand Palais/Gérard Blot

V. 1830, le Paris des révolutions

Le 25 juillet 1830, depuis sa résidence de Saint-Cloud, Charles X signa six ordonnances qui remettaient en cause les libertés fondamentales, notamment la liberté de la presse. Lorsque les Parisiens l’apprirent, le lendemain, les premières émeutes éclatèrent autour du Palais-Royal et de la Bourse tandis que des barricades s’élevaient dans les quartiers populaires du vieux Paris.

Contre toute attente, les combats se soldèrent par une victoire du peuple face aux troupes royales : l’Hôtel de Ville, Notre-Dame, puis le Louvre et les Tuileries tombèrent aux mains des insurgés, et Charles X fut contraint de s’enfuir. Les députés libéraux, par souci d’ordre, firent appel à Louis Philippe d’Orléans qui fut proclamé « roi des Français ». Il suffit donc de trois jours, du 27 au 29 juillet 1830, pour renverser la dynastie des Bourbons. Le règne de Louis-Philippe, certes plus libéral à ses débuts, n’en surveilla pas moins étroitement la presse, où les caricatures allaient bon train, faisant la réputation de dessinateurs aussi talentueux que Daumier ou Grandville.

Pendule de Notre-Dame, 1835-1845, bois incrusté de
filets de laiton, bronze ciselé et doré, Paris, musée
Carnavalet
Photo Musée Carnavalet / Roger-Viollet

À la révolution politique qui s’opérait alors fit écho une vraie révolution dans les arts. Deux œuvres, toutes deux créées en 1830, incarnent ici le renouveau romantique : Hernani, de Victor Hugo, drame joué le 25 février 1830 au Théâtre-Français, et la Symphonie fantastique, d’Hector Berlioz, donnée pour la première fois le 5 décembre 1830 dans la Salle du Conservatoire.

Les monuments, construits sous la Restauration et la monarchie de Juillet, furent également très affectés par les retournements politiques de la période. Si Louis XVIII, en édifiant la Chapelle expiatoire, cherchait à faire table rase du passé récent, LouisPhilippe au contraire tint à réconcilier les Français avec l’héritage révolutionnaire et impérial. Roi bâtisseur, Louis-Philippe parvint ainsi à clore les nombreux chantiers simplement amorcés par ses prédécesseurs, tels l’église de la Madeleine et l’Arc de Triomphe, ou à en élever de nouveaux, comme la colonne de la Bastille ou le tombeau de Napoléon aux Invalides.

Louis Boulanger, Scène de Notre-Dame de Paris, La Esmeralda
chez Madame de Gondelaurier, 1831, aquarelle sur papier fin,
Paris, Maisons de Victor Hugo
Photo Maisons de Victor Hugo / Roger-Viollet

VI. Le Quartier latin

«De tous les produits parisiens, le produit le plus parisien, sans contredit, c’est la grisette. Nulle part ailleurs, vous ne rencontrerez ce quelque chose de si jeune, si gai, si frais, si fluet, si fin, si leste, si content de peu qu’on appelle la grisette. » C’est ainsi que Jules Janin exalte ce personnage mythique qui hante toute la littérature parisienne de la première moitié du XIXe siècle et que Littré définissait dans son dictionnaire comme une « jeune-fille qui a un état, couturière, brodeuse, etc., et qui se laisse facilement courtiser par les jeunes gens ». Henry Murger, dans les Scènes de la vie de bohème, en a dressé, sous les traits de Mimi, un portrait inoubliable.

Thomas Shotter Boys, Le carrefour des rue Bailleul et Jean Tison,
actuel 1er arrondissement de Paris, 1831, aquarelle avec rehauts de
gouache, Paris, musée Carnavalet
Photo Musée Carnavalet/Roger-Viollet

Si la grisette n’était pas exclusivement attachée à la rive gauche – son travail dans une boutique ou un atelier l’entraînait fréquemment dans divers quartiers de la rive droite –, son fief attitré, qu’elle partageait avec son compagnon, étudiant en droit ou élève aux Beaux-Arts, restait malgré tout le Quartier latin. C’est là que ces couples, souvent éphémères, menaient une vie toute de gaieté et d’insouciance, immortalisée par les lithographies de Gavarni.  La distraction favorite de la grisette et de son «Arthur » était d’aller «pincer » une polka ou un cancan, danse osée proscrite des salons, dans un des nombreux bals publics fréquentés par les étudiants, comme la Grande Chaumière, la Closerie des Lilas ou le Prado. Les personnages de grisettes apparaissent régulièrement dans les romans, très populaires alors, de Paul de Kock et dans les chansons du «poète national », Pierre-Jean de Béranger.

Léon Cogniet, Les Drapeaux, 1830, huile sur toile, Orléans,
musée des Beaux-Arts
Photo musée des Beaux-Arts/Ville d’Orléans

VII. La Chaussée d’Antin et la Nouvelle Athènes

Les quartiers de la Chaussée d’Antin et de la Nouvelle Athènes, bien que mitoyens, présentaient des physionomies très différentes. Le premier, compris entre la rue Caumartin et la rue Grange-Batelière et longeant le Boulevard, avait été loti dans la deuxième partie du XVIIIe siècle; depuis le Consulat, il était devenu le quartier de la haute banque et des nouveaux riches.

On y trouvait les demeures de nombreux banquiers – James de Rothschild et Jacques Laffitte, tous deux rue d’Artois (aujourd’hui rue Laffitte), François-Alexandre Seillière, rue Le Peletier, ou Alexandre Aguado, rue Grange-Batelière –, mais aussi celles de grands collectionneurs, comme le comte Demidoff ou le marquis d’Hertford.

John James Chalon, Bal public, 1818, huile sur toile, Paris, musée
Carnavalet
Photo Musée Carnavalet/Roger-Viollet

La Nouvelle Athènes, quartier de création plus récente, et plus abordable, délimité par les rues Blanche, Saint-Lazare et des Martyrs, attira une clientèle différente ; quantité d’artistes vinrent s’y installer – Théodore Géricault, Horace Vernet, Eugène Isabey, Paul Delaroche, Ary Scheffer, etc. –, mais aussi des acteurs célèbres, comme Talma ou Mlle Mars, des musiciens ou des écrivains.

Au cœur de ce périmètre, le square d’Orléans, bâti en 1830, devint un véritable phalanstère artistique, réunissant autour de George Sand et Frédéric Chopin, Alexandre Dumas, le pianiste PierreJoseph Zimmermann, la chanteuse Pauline Viardot, les peintres Claude-Marie et Édouard Dubufe, sans oublier le sculpteur JeanPierre Dantan qui y avait établi son «musée» où étaient présentés les bustes et les caricatures de toute la société parisienne.

Eugène Lami, Scène de carnaval, place de la Concorde, 1834,
huile sur toile. Paris, musée Carnavalet
Photo Musée Carnavalet / Roger-Viollet

VIII. Les Grands Boulevards

Cette longue artère qui va de la Madeleine à la Bastille était loin de présenter une physionomie homogène. De la Madeleine aux alentours de la Chaussée d’Antin, le boulevard traversait un quartier cossu, mais sans mouvement. La Chaussée d’Antin marquait le début du «Boulevard» par excellence, cœur palpitant du Paris de la mode, formé des boulevards des Italiens et Montmartre. Les riches magasins d’orfèvrerie ou de porcelaine y alternaient avec les cafés, restaurants et glaciers les plus réputés – Café de Paris, Maison Dorée, Café Riche, Café Anglais, Tortoni, Café Hardy, etc. –, attirant les dandys et les élégantes. C’est dans cette zone qu’étaient implantés les grands théâtres subventionnés, l’Opéra, le Théâtre-Italien, l’Opéra-Comique et, un peu excentré, le Théâtre-Français.

Ignace Joseph Pleyel, Pianino en marquetterie Boulle, provenance Rothschild, bronze, bois, écaille de tortue, 1835, Collection Tobogan AntiquesPhoto Jean-Louis Losi

Une frontière invisible, établie au niveau de la rue Montmartre, séparait ce boulevard flamboyant d’un axe plus calme et plus bourgeois. Sur les boulevards Bonne-Nouvelle et Poissonnière, les boutiques et les cafés étaient toujours nombreux, mais sans prétention; on pouvait s’y présenter sans être habillé comme une gravure de mode.

C’est au boulevard Saint-Martin que commençait la zone des théâtres populaires, qui se déployait au boulevard du Temple. Morne et sans activité le matin, il devenait le soir « effrayant d’animation», avec ses huit théâtres et ses cinquante marchands en plein vent attirant une foule venue du Marais et des faubourgs populaires de l’est de Paris. Ce fameux «boulevard du Crime», tant le sang des mélodrames s’y déversait sur scène, disparut dans les travaux d’urbanisme haussmanniens du début des années 1860.

Arie Johannes Lamme, Atelier de l’artiste Ary Scheffer, rue
Chaptal, 1851, huile sur bois, Paris, Musée de la Vie romantique
Photo Musée de la Vie Romantique/Roger-Viollet

ÉPILOGUE

La révolution de 1848

La révolution de février 1848 mit un terme abrupt à la monarchie de Juillet. Incapable d’enrayer le soulèvement populaire né de l’interdiction d’un grand banquet républicain à Paris, Louis Philippe décida d’abdiquer au profit de son petit-fils, le comte de Paris, le 24 février 1848. L’opposition, plus forte et mieux organisée qu’en 1830, refusa néanmoins de reconnaître l’enfant et proclama la République, tandis qu’un gouvernement provisoire fut institué, dans l’attente de prochaines élections.

Louis-Léopold Boilly, L’Effet du mélodrame, vers 1830, huile
sur toile, Versailles, musée Lambinet
Photo RMN-Grand Palais/Philipp Bernard

Parmi ses membres se trouvaient des républicains convaincus tels Alphonse de Lamartine et François Arago qui ne parvinrent cependant pas à exercer durablement leur mission. Les nouveaux mouvements révolutionnaires de juin 1848 et leur violente répression accrurent une confusion politique qui suscita l’élection comme président de la République, au mois de décembre, de Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III.

Domenico Ferri, Boulevard des Italiens de nuit, vers 1835,
huile sur toile, Paris, musée Carnavalet
Photo Musée Carnavalet / Roger-Viollet.

Les journées de février, dont l’évocation clôt symboliquement cette promenade dans le Paris romantique du XIXe siècle, ont profondément marqué les contemporains. L’épisode du pillage des Tuileries le soir du 24 février a été raconté par plusieurs témoins. Daumier, quelques jours après les évènements, réalisa une éloquente lithographie montrant un gamin des rues – un « gavroche» – s’asseyant avec satisfaction sur le trône de Louis Philippe qui allait bientôt être brûlé place de la Bastille, au pied de la colonne de Juillet. Vingt ans plus tard, Gustave Flaubert devait également évoquer l’évènement dans son roman L’Éducation sentimentale, marquant ainsi du sceau de la désillusion l’enthousiasme romantique pour les foules révolutionnaires.

En savoir plus:

PARIS ROMANTIQUE (1815-1848)
Jusqu’au 15 septembre 2019

Site:  http://www.petitpalais.paris.fr