le Service des Arts Industriels de Sèvres

Véritable vitrine artistique de l’histoire sociale, le Service des Arts Industriels met en lumière les techniques et le travail de l’artisanat et de l’industrie du début du 19e siècle.

Cet ensemble composé de 120 pièces (assiettes, glacières, sucriers, jattes à fruit) a été réalisé entre 1823 et 1835 et fut offert en 1836 par Louis-Philippe en présent diplomatique au prince autrichien Klemens de Metternich (1873-1859).

Jean-Charles Develly
Service des Arts Industriels. Assiette.
Photo (C) RMN-Grand Palais (Sèvres, Cité de la céramique) / Martine Beck-Coppola

Le dynamisme et les relations d’Alexandre Brongniart , directeur de la manufacture royale de Sèvres sont à l’origine de la création de nombreux services devenus iconiques. Pour celui des Arts industriels, il choisît Jean-Charles Develly (1783-1862), qui parcourt la France muni de son matériel de dessin et de peinture, véritable reportage sur place des arts et des métiers français.

Le nombre de métiers représentés et le soin pris à en décrire les différents étapes de production révèlent les savoirs-faire français de l’époque : porcelaine de Sèvres, miroiterie, tabaterie, production du sucre…. Cette volonté de garder la mémoire de l’artisanat est présent dans d’autres productions d’envergure comme le Déjeuner de l’art de la porcelaine, le Service agronomique

sucrier représentant la fabrication des fruits confits.
Jean-Charles Develly
Service des Arts Industriels.

Jean-Charles Develly, l’un des peintres les plus talentueux de Sèvres a été choisi pour composer le décor de chaque pièce à partir de dessins préparatoires qui, de façon inhabituelle, étaient inspirés de la vie plutôt que de gravures. En effet, une inscription sur les allocations de travaux du 24 février 1820 stipule que « Monsieur de Vely (sic) sera rémunéré pour les tirages en fonction du temps passé sur eux, à raison de 10 francs par jour avec un supplément pour les frais de transport », indiquant que Develly s’est rendu dans différentes usines et ateliers dans et autour de Paris pour observer et dessiner ses sujets.

Il est fascinant que les archives de Sèvres conservent des archives du voyage de Develly pour visiter l’usine de tabac et de ses dépenses relatives au voyage. Pour chaque assiette finie, il reçoit 100 francs avec le premier lot de 48 apparaissant dans l’exposition des produits des usines royales tenue au Louvre le 1er janvier 1828.

Projet de décor pour le Service des arts industriels, 1827 ( Jean-Charles Develly )

Les techniques de fabrication de ce service sont quelque peu inhabituelles. Le fond bleu a été appliqué en premier, puis la dorure, et c’est à ce moment seulement que Develly a transféré ses dessins sur papier au centre de chaque assiette. Il a fait cela en frottant du graphite sur le dos de chaque dessin, puis en l’appliquant sur la plaque. en repassant le dessin de l’avant pour transférer le dessin.

Jean-Charles Develly
Services des Arts Industriels, paire de glacières « Vase B » : cultures exotiques
1827
Photo (C) RMN-Grand Palais (Sèvres, Cité de la céramique) / Martine Beck-Coppola

Celle-ci a ensuite été peinte en deux étapes au moins, l’ébauche ou première peinture (esquisse) et le retouche (retouche). Les plaques sont entrées dans le four à ébauche puis dans le four à retouche. Il pourrait y avoir plus d’un tir retouche. Enfin, les plaques sont entrées dans le four pour enflammer le cercle doré autour de chaque tableau.

Jean-Charles Develly
Dessin préparatoire des Arts Industriels : L’imprimerie
Photo (C) RMN-Grand Palais (Sèvres, Cité de la céramique) / Martine Beck-Coppola

La production de chaque assiette a coûté 167,45 francs et elle a finalement été vendue à 200 francs. Au moment de la livraison au prince von Metternich à Vienne, en 1836, cent treize assiettes étaient entrées dans l’inventaire des ventes, dont cent huit ont été envoyées au prince, ainsi que seize cuvettes de fruits, six corbeilles, deux crème glacée glacières, quatre bols profonds, deux sucriers, couvertures et supports et quatre étagères pour un coût total de 26 866 francs. Cela donnerait à penser que l’usine conservait cinq assiettes, dont trois montraient la fabrication de la porcelaine à Sèvres et étaient livrées directement au musée de la céramique de la manufacture.