La maison de l’empereur. Servir et magnifier Napoléon Ier

Le 18 mai 1804, Napoléon Bonaparte, Premier Consul, est proclamé « empereur des Français ». Tout au long de son règne, le souverain est splendidement entouré par une « Maison » digne de son titre impérial. Officiers dévoués et fidèles serviteurs organisent au quotidien la vie publique et privée de Napoléon Ier et contribuent au rayonnement du régime.

Atelier de François-Pascal-Simon Gérard (1770-1837), Portrait en buste de Napoléon en grand habillement, vers 1805-1814, huile sur toile, Musée des beaux-arts
de Montréal, collection Ben Weider
© MBAM, Christine Guest

Véritable instrument politique, cette « Maison de l’Empereur » est chargée d’encadrer la vie de cour, d’administrer le domaine de la Couronne et d’assurer la mise en scène du pouvoir. Des portraits, des habits de cérémonie et de somptueux objets d’art invitent à redécouvrir l’aventure napoléonienne sous un angle nouveau.

L’exposition, qui se tiendra dans la salle de la Belle Cheminée, convie tout d’abord le public à revivre les fastes des palais impériaux et de la cour. La seconde partie présente les six Grands officiers civils de la Couronne : le Grand maréchal du palais, le Grand aumônier, le Grand maître des cérémonies, le Grand chambellan, le Grand écuyer et le Grand veneur.  Elle évoque également les principales figures entourant la famille impériale. La troisième partie présente une sélection de chefs-d’oeuvre de la manufacture impériale de Sèvres, cadeaux diplomatiques et étrennes offertes par l’Empereur à ses fidèles.

Cet ensemble exceptionnel de près de 100 oeuvres fait écho au propos du musée Napoléon Ier et permet une nouvelle lecture du parcours de visite du château, témoin privilégié de la vie de cour sous le Premier Empire.

Manufacture de Sèvres et Jacques-François Swebach, Coupe hémisphérique, peinte sur un cartel des Apprêts d’une course au Champ-de-Mars, offerte à la comtesse de Montalivet en 1812, 1811, Porcelaine dure, château de Fontainebleau
© RMN-Grand Palais (Limoges, Cité de la céramique) / Adrien Didierjean
Manufacture impériale de Sèvres, décor attribué à Marie-Victoire JAQUOTOT (1772-1855), Glacière à têtes d’éléphants du service « de dessert à marly d’or, Musée des beaux-arts de Montréal
© MBAM, Christine Guest

FAIRE REVIVRE LE PALAIS IMPÉRIAL ET LES LIEUX DE LA COUR DE NAPOLÉON IER

Grands et Petits Appartements dans « la maison des siècles » : des lieux emblématique du règne

À la veille de son sacre en 1804, Napoléon décide de faire du château de Fontainebleau l’une de ses résidences. Il ordonne la rénovation et le remeublement du palais que la Révolution avait vidé, pour y accueillir le pape Pie VII, venu le couronner. L’Empereur poursuivra cet ambitieux programme de restauration jusqu’à la fin de son règne.

En s’installant à Fontainebleau, l’ancien lieutenant d’artillerie parvenu au faîte du pouvoir veut s’inscrire dans la lignée des monarques qui le précèdent. Il voit dans cette immense demeure, qu’il qualifie dans ses mémoires de « maison des siècles », un lieu essentiel pour asseoir sa légitimité. Il redessine les jardins, réaménage luxueusement les Grands et les Petits Appartements et y rétablit l’étiquette qui fixe les usages de la cour. Témoin privilégié de la vie de cour sous le Premier Empire, Fontainebleau garde également le souvenir de la première abdication de l’Empereur, et de ses fameux Adieux à la Garde, en avril 1814.

Vue de la salle du Trône, dans les Grands Appartements du château de Fontainebleau
© Eric Sander
Musée Napoléon, vue de la salle consacrée à « Napoléon, épicentre de son système », château de Fontainebleau
© Emilie Brouchon

Le château de Fontainebleau est emblématique des aménagements palatiaux voulus par Napoléon Ier. En parcourant l’appartement Intérieur, on découvre une succession de pièces d’apparat – antichambres, salons, chambres, cabinet de travail- présentés dans leur état du Premier Empire, ainsi que la salle du Trône, la seule conservée dans son état d’origine. Les Petits Appartements du rez-de-chaussée plongent, quant à eux, le public dans l’intimité de la famille impériale et mettent en lumière le quotidien de Napoléon Ier.

Manufacture impériale de Sèvres, Décor peint par Piat Sauvage (1744-1818), Paire de vases Médicis : Le couronnement de l’Empereur et de l’Impératrice, offerte au comte de Ségur, Grand maître des cérémonies, en commémoration du mariage de Bade, 1808, Porcelaine dure, Genève, Collection comte et comtesse CharlesAndré Colonna Walewskiu
© Thierry Genand

Le musée Napoléon Ier

Le musée Napoléon Ier, qui a rouvert ses portes en février 2018 dans une présentation enrichie et reconfigurée, retrace la fulgurante carrière de l’Empereur et de sa famille. Il abrite de nombreuses œuvres combinant charge historique et fonction décorative : portraits peints et sculptés, armes, objets d’art et créations graphiques.

Le musée présente l’aventure napoléonienne sous toutes ses facettes, du sacre du « nouveau César » à sa chute orchestrée de main de maître. Des pièces uniques sont exposées, parmi lesquelles l’épée de sacre de Napoléon Ier, autrefois ornée du diamant Le Régent. De somptueux services de porcelaine, issus de la Manufacture impériale de Sèvres, exposent le faste de la table impériale. Enfin, la famille de l’Empereur est également mise à l’honneur.

Vue sur la bibliothèque de Napoléon Ier, dans les Petits Appartements de l’Empereur du château de Fontainebleau
© Eric Sander
Vue sur le salon de l’Abdication, dans les Grands Appartements du château de Fontainebleau
© Hugo Maertens

Les visiteurs découvrent les impératrices Joséphine et Marie-Louise, mais aussi le fils de cette dernière union : le roi de Rome. Des  collections abordent l’attention particulière portée à l’héritier tant attendu : le grand berceau d’apparat, dessiné par Prud’hon et exécuté par Thomire et Duterme, le buste sculpté dans le marbre par Ruxthiel ou encore le portrait peint par Gérard.

LE PARCOURS DE L’EXPOSITION

La création de la Maison de l’Empereur

Quatre ans et demi après sa prise du pouvoir par un coup d’État, Napoléon Bonaparte reçoit une couronne : le général naguère jacobin se mue en un monarque souverain, le « citoyen Premier consul de la République française » devient « Sa Majesté Napoléon Ier, empereur des Français ».

En succédant à la République, l’Empire transforme les citoyens en sujets et les fidèles gravitant autour du Premier Consul en courtisans. Une cour impériale s’invente, se dessine et s’étoffe, en un mouvement ambigu où la reprise d’usages et de codes de l’Ancien Régime se conjugue à l’idéal d’égalité et au mérite proclamés par la Révolution.

Manufacture de Sèvres, décor du plateau peint par Jean-François ROBERT (1778-1855), Table dite « des palais impériaux », puis « des palais royaux » 1811-
1814, Porcelaine dure, bronze doré, Collection particulière
© Isabelle Bideau

La Maison de l’Empereur, administration chargée d’organiser la vie de la cour impériale, se déploie pour prendre en charge tous les besoins du souverain. Le rôle de cette Maison est large : protéger, loger, vêtir, nourrir, servir et magnifier l’Empereur.

Parallèle à la Maison de l’Empereur mais de moindre ampleur, la Maison de l’Impératrice entoure
les deux épouses successives de Napoléon.

Les Grands officiers civils de la Couronne

Contrairement à la « Maison du Roi » de l’Ancien Régime, fondée sur le privilège et critiquée comme onéreuse, la Maison de l’Empereur est organisée avec rigueur et économie. L’institution comprend plusieurs départements, pourvoyant à la vie publique et privée du souverain et dirigés par un Grand officier. Tandis que le Grand maréchal du Palais se charge de l’entretien des demeures impériales, de la sécurité de l’Empereur et de la Bouche, le Grand chambellan assure le service de la Chambre et contrôle l’accès au souverain et les présentations. Le Grand écuyer a pour mission de régler les déplacements civils et militaires du souverain, le Grand aumônier s’occupe des offices religieux, le Grand veneur assume l’organisation des chasses, et le Grand maître des cérémonies établit le protocole des cérémonies publiques et en assure la coordination.

Ils doivent collaborer pour participer, chacun selon ses prérogatives, au bon déroulement de la vie quotidienne de Napoléon Ier. La décoration et l’ameublement des palais, le fonctionnement de l’imposante machinerie qu’est la cour impériale, l’éclat et le rayonnement de la cour la plus fastueuse d’Europe relèvent de leur bonne entente et du sérieux de leur implication – sous l’œil exigeant d’un maître impérieux.

Chacun d’entre eux est à la tête d’une hiérarchie d’officiers et de serviteurs. Ces employés, plus de 3 500 pour toute la Maison, sont des fonctionnaires plus que des courtisans.

Les fastes de la vie de cour

Cette exposition fait revivre l’ambiance somptueuse de la cour de Napoléon Ier depuis son couronnement, en 1804, jusqu’à son exil en 1815. Elle présente les protocoles qui ont contribué à asseoir l’autorité impériale et, finalement, à forger le mythe napoléonien. Habits, portraits, porcelaines et archives donnent vie et corps aux grandes figures qui entourèrent l’Empereur dans son quotidien public et privé.

Les cérémonies à la cour impériale

La Révolution française avait rejeté le principe même de l’esprit de cour, mais l’honneur de la nouvelle monarchie impériale suppose de réinventer des comportements codifiés et adaptés au prestige de la Couronne. Audiences, prestations de serments, visites officielles, mais aussi mariages, baptêmes et deuils dans la Famille impériale sont savamment définis par le service du Grand maitre des cérémonies pour être, le jour venu, orchestrés par le Grand maréchal du Palais, le Grand chambellan et le Grand écuyer.

Protocole des comportements, luxe des costumes et création de décors contribuent à la grandeur du régime. Davantage que le « sacre et couronnement » du 2 décembre 1804, c’est le mariage de Napoléon avec l’archiduchesse Marie-Louise, le 2 avril 1810, qui apparait comme l’évènement le plus fastueux du règne et un ballet bien réglé est organisé, dont le dessinateur Baltard livre un reportage méticuleux.

Les costumes de cour et uniformes civils de la Maison

Dans l’enceinte du Palais, l’habit de cour exprime la hiérarchie des personnes. Si chacun est tenu de porter de la soie dont l’industrie assure la prospérité de la ville de Lyon, la couleur des habits et la richesse de leurs broderies reflètent titres et fonctions. Isabey, « dessinateur des Cérémonies », en conçoit le dessin en 1804. Le plus somptueux costume est naturellement le « grand habillement » conçu pour le « sacre et couronnement de Sa Majesté », dont Gérard revêt le portrait officiel de l’Empereur.

Le « petit habillement » de l’Empereur donne le ton au reste des tenues masculines. L’habit des Grands officiers de la Maison est brodé d’argent au motif de palmier. Une couleur distingue chaque département : le Grand maréchal du Palais porte l’amarante, le Grand chambellan l’écarlate, le
Grand maître des cérémonies le violet et le Grand écuyer le bleu clair.

Cadeaux diplomatiques et Étrennes impériales : la manufacture de porcelaine de Sèvres au service de la Maison de l’Empereur

Au sein de la Maison de l’Empereur, le Grand chambellan est chargé d’orchestrer une fastueuse politique de présents, nourrie par les luxueuses productions des manufactures impériales des Gobelins et surtout de Sèvres. La générosité du souverain s’exerce en diverses circonstances : lors des cérémonies dynastiques, des visites ponctuelles ou bien en conclusion d’importantes négociations diplomatiques.

Au fil de ses conquêtes en Europe, Napoléon place ses frères et sœurs à la tête d’États soumis ou créés de toutes pièces. Il impose aussi des mariages entre des membres de la Famille impériale et les héritiers d’anciennes dynasties germaniques. Les rois et princes étrangers, des alliés devenus des parents, reçoivent de somptueux cadeaux et d’étincelantes porcelaines, selon un luxe croissant jusqu’à la fin du règne.

La politique des présents est utilisée par le couple impérial afin de marquer sa faveur aux personnes qu’il apprécie. Ainsi, en 1806 à l’occasion du mariage de Stéphanie de Beauharnais avec le prince héritier de Bade, famille désormais enrôlée dans le système d’alliance conçu par Napoléon, le Grand maître des cérémonies Ségur reçoit une paire de vases au portrait de Napoléon et Joséphine, et l’archichancelier Cambacérès un service à dessert à « fond pourpre ». De même, le baptême en 1811 du roi de Rome, héritier de l’Empire, est l’occasion de combler les membres de la Famille impériale.

Lors du jour de l’an, célébré au palais impérial des Tuileries, le couple réunit autour de lui les siens et offre des cadeaux aux princesses de la famille. Si on connait mal les étrennes des premières années du temps de Joséphine, divorcée en décembre 1809, on sait que Napoléon établit un protocole strict pour le Nouvel an de 1811, le premier célébré depuis l’arrivée à Paris de sa nouvelle épouse Marie-Louise. L’Empereur décide, et l’impératrice offre : c’est elle qui est mise à l’honneur comme truchement obligé des cadeaux.

La politique des présents, orchestrée par la Maison de l’Empereur, s’exerce aussi à l’égard du vaincu. En 1808, le prince Guillaume de Prusse, frère du roi Frédéric-Guillaume III, écrasé à Iéna en octobre 1806, vient en France pour tenter de négocier auprès du vainqueur des conditions plus clémentes, en vain. Il reçoit toutefois sur ordre de Napoléon un spectaculaire présent composé de vases et cabarets de porcelaine ainsi que d’un buste en biscuit de l’Empereur, d’une valeur totale de 19 270 francs. Aujourd’hui dispersé à travers le monde, ce cadeau est ici évoqué par la réunion exceptionnelle d’un « vase étrusque à larmier et décor dans le genre étrusque », récemment acquis par le château de Fontainebleau, et du service à thé aux Fables de La Fontaine, conservé aux États-Unis.

Le Palais impérial : du palais des Tuileries à l’île de Sainte-Hélène

L’instauration de l’Empire met à la disposition de Napoléon treize palais, dont neuf hérités du Domaine de la Couronne de Louis XVI. Dans ce but, des palais impériaux sont restaurés et aménagés. Autour de Paris se concentrent les principaux : les Tuileries dans la capitale même, Saint-Cloud tout proche à l’ouest, Fontainebleau au sud et Compiègne au nord. À terme, Napoléon disposera de quarante-sept palais répartis sur l’ensemble des territoires, d’Amsterdam à Rome.

Fontainebleau, rattaché à la Maison de l’Empereur en 1804, est rappelé à la vie. Renouant avec la forme monarchique de l’Etat, Napoléon s’approprie tout naturellement les anciens bâtiments de la Couronne qu’il accommode à son usage. Aux yeux de tous, de ses sujets français comme des princes européens, le fondateur de la quatrième dynastie prend ses marques dans le château des Valois et des Bourbons.

Si Napoléon, monarque récent en quête de légitimité, eut à cœur de s’ancrer dans les anciens palais de la Couronne et singulièrement dans la « maison des siècles » qu’est Fontainebleau, les Bourbons de retour en France au printemps 1814 se hâtent de réoccuper les palais redevenus royaux. Les décors exécutés et l’ameublement amassé à grands frais sous l’Empire ne sont logiquement pas remis en cause par la Restauration. Seule l’emblématique impériale, foisonnante d’aigles et d’abeilles, est traquée sur les murs et le décor intérieur, et remplacée par des fleurs de lys.

Napoléon quitte son palais de Fontainebleau le 20 avril 1814 pour son premier exil, l’ile d’Elbe, où il règne en qualité de souverain avec le titre d’empereur jusqu’en février 1815. De retour en France pour Cent Jours, il retrouve une « Maison de l’Empereur » sur un grand pied. Après la défaite de Waterloo le 18 juin 1815, un reliquat de petite cour se forme auprès de lui, et une nouvelle Maison, bien modeste, emploie les quelques serviteurs fidèles, jusqu’à la lointaine Sainte-Hélène, en un long exil d’octobre 1815 à mai 1821.

En savoir plus:

Lieu: Château de Fontainebleau

Date: 15 juillet 2019

Site: https://www.chateaudefontainebleau.fr