Capturer l’âme : Rosa Bonheur et l’art animalier

A l’occasion du bicentenaire de la naissance de Rosa Bonheur (1822-1899), le château de Fontainebleau met en lumière, à travers plus de cinquante œuvres, dont certaines exposées pour la première fois, le lien particulier de cette artiste avec « la maison des siècles ». Cette exposition invite à redécouvrir le talent de Rosa Bonheur et à révéler le château de Fontainebleau comme le lieu de mémoire voulu par son amie Anna Klumpke

Rosa Bonheur, Etude de cheval bai cerise (© RMN – Grand Palais / Adrien Didierjean)

Rosa Bonheur, à travers son art animalier exceptionnel, a fait rayonner la France sur la scène artistique internationale de son époque, jusqu’aux Etats-Unis. Elle est l’artiste féminine la plus célèbre de son époque et devient l’artiste femme la plus récompensée et décorée du XIXe siècle. Sa distinction la plus symbolique sera de recevoir des mains de l’Impératrice Eugénie, la première croix de chevalier de la Légion d’honneur décernée à une femme pour son talent d’artiste.

Rosa Bonheur, Etudes de lion et de lionne, 11 esquisses (© RMN – Grand Palais / Jean-Pierre Lagiewski)

Dès l’exposition universelle de 1853, elle expose sa toile de 5 mètres de long Le Marché aux chevaux. Les critiques de l’époque reconnaissent son grand talent, qui lui a déjà valu des commandes officielles. Ce tableau voyage en Angleterre et aux Etats-Unis où il rencontre un immense succès ; il est exposé aujourd’hui au Metropolitan Museum de New York.

Rosa Bonheur, La Fenaison en Auvergne (© RMN – Grand Palais / Adrien Didierjean)

En 1860, Rosa Bonheur achète le château de By, à quelques lieues de Fontainebleau, où elle installe son atelier. Elle y étudie les animaux de la forêt et ceux qu’abritent son grand parc arboré. En 1864, à la suite de la visite impromptue de l’Impératrice Eugénie, Rosa Bonheur est reçue par le couple impérial au château de Fontainebleau. Une amitié et une admiration réciproque naissent alors entre l’artiste et l’impératrice.

L’artiste américaine Anna Klumpke, peintre portraitiste, arrive dans la vie de Rosa Bonheur en 1889. Elle est désignée légataire universelle de l’artiste et s’engage à en perpétuer la mémoire, c’est sa « mission sacrée ». Cependant, face aux désaccords entre les héritiers, une vente de toutes les œuvres qui lui reviennent doit être organisée à Paris en juin 1900, au cours de laquelle Anne Klumpke rachète une partie du fonds qu’elle décide d’offrir alors aux musées nationaux. La proximité de By, le cadre commun de la forêt, les liens qui attachaient Rosa Bonheur au palais désignent particulièrement le château de Fontainebleau pour accueillir ces œuvres et assurer la pérennité de sa mémoire.

Une première donation est acceptée le 8 décembre 1922 ; son accrochage est inauguré au sein de l’ancien fumoir de Napoléon III le 25 mai 1924. La seconde donation a lieu en 1929, permettant ainsi de rassembler un fonds exceptionnel d’une centaine d’objets, composées d’œuvres réalisées par Rosa Bonheur, de décorations et récompenses, mais aussi des souvenirs personnels que l’artiste a remis à Anna Klumpke. Le château de Fontainebleau devient, dès lors, le lieu de mémoire officiel de la grande artiste.

Cette exposition propose d’évoquer ces donations à travers une cinquantaine de tableaux, dessins, lithographies, sculptures, récompenses et décorations, autour de la grande composition commandée par l’Etat en 1852, La Fenaison en Auvergne. Autant d’œuvres qui démontrent la fascination de Rosa Bonheur pour la majesté animale dont elle souhaite capturer l’âme.

 Exposition jusqu’au 23 janvier 2023.

Château de Fontainebleau