Pieter Cornelisz. van Slingelandt (1640–1691), suiveur des XVIIIe–XIXe siècles
La Dentellière – Huile sur panneau (38 x 29,5 ; avec cadre 48 x 49,5)
Introduction
Ce tableau particulièrement raffiné est une reprise tardive de l’œuvre de Pieter Cornelisz. van Slingelandt, l’un des représentants les plus éminents des fijnschilders de Leyde au sein de l’Âge d’or néerlandais. Van Slingelandt était réputé pour sa précision presque microscopique, caractéristique qui rendit son travail exceptionnellement apprécié déjà de son vivant. Cette reprise des XVIIIe ou XIXe siècles reflète clairement la grande estime portée à son style, étudié et imité à nouveau dans les siècles suivants par des artistes en quête de la perfection technique des fijnschilders du XVIIe siècle. Le tableau a été historiquement enregistré au RKD sous une attribution à Ferdinand de Braekeleer (I), artiste anversois connu en son temps pour ses reprises minutieuses des traditions des anciens maîtres. La mention au RKD (n° 3836711) confirme que l’œuvre occupe une place claire dans l’histoire de l’art en tant que reprise d’après les compositions originales de Slingelandt.
Description de l’œuvre
La Dentellière présente une scène d’intérieur intime, soigneusement composée, où une jeune femme est placée dans une pièce pleine d’atmosphère, riche en textures, en détails et en tension narrative discrète. La figure centrale — assise sur une chaise en bois tourné, vêtue d’un corsage de velours brun chaud et d’un tablier blanc éclatant — confectionne de la dentelle, sujet de genre prisé symbolisant l’ordre domestique et l’habileté féminine. Les fuseaux reposent sur le coussin de dentellière devant elle, et la subtile restitution de la lumière sur le lin révèle le savoir-faire du peintre.
À la fenêtre ouverte à gauche apparaît une femme plus âgée, reconnaissable à son vêtement noir simple et à sa coiffe blanche. Elle tient un coq par les pattes, levé juste devant la dentellière. Cette interaction ouvre la composition vers l’extérieur et confère à l’œuvre une dimension vive, presque théâtrale. Le coq n’agit pas seulement comme élément réaliste d’un échange domestique ; il offre aussi au peintre l’occasion de déployer une large gamme de textures : l’éclat des plumes, les délicats passages de rouge, d’ocre et de blanc, et le jeu subtil de la lumière sur le plumage.
À droite, en arrière-plan, un petit chien de salon observe la scène avec attention, motif typique de l’esthétique des fijnschilders pour renforcer la vivacité et l’intimité. L’élégante cheminée ornée de faïences et d’un petit putto sculptural, les tentures murales et les tableaux dans le tableau accentuent l’atmosphère de luxe domestique et de culture bourgeoise raffinée du XVIIe siècle.
Technique, touche et palette chromatique
Bien qu’il s’agisse d’une reprise tardive, la technique trahit clairement une étude approfondie de la pratique des fijnschilders. La matière picturale est extrêmement lisse, construite en couches fines où la touche devient à peine visible — référence directe à la méthode de l’École de Leyde, dans laquelle l’illusion optique et la tension de surface étaient essentielles.
La palette associe des tons terreux chauds et profonds à des nuances plus froides soutenant le jeu de la lumière et de l’atmosphère. Les bruns veloutés de la robe, le blanc pur des manches et du tablier, les tonalités cuivrées et ivoirines du coq, ainsi que les gris-verts doux de l’arrière-plan forment un équilibre chromatique harmonieux. La lumière est soigneusement orchestrée : elle entre par la fenêtre, éclaire le visage de la jeune femme, puis glisse sur les objets de la pièce, créant profondeur et spatialité.
La couche de finition mate au damar, appliquée récemment, assure une surface uniforme et claire, tandis que l’examen UV révèle des retouches principalement situées dans l’arrière-plan et certaines zones de contour — restaurations cohérentes avec l’âge de l’œuvre et ne perturbant pas, dans l’ensemble, sa présentation esthétique.
Composition et caractéristiques stylistiques
La composition est construite selon l’idéal des fijnschilders de Leyde : un espace intérieur minutieusement élaboré où chaque objet porte un sens et chaque détail renforce l’illusion de proximité. L’axe diagonal, formé par la fenêtre et le bras tendu de la femme âgée, conduit directement le regard vers la figure centrale de la dentellière. La présence du chien, de la pantoufle tombée, du panier à linge rempli et des ouvertures picturales (comme le petit paysage au mur) confère à l’œuvre la même richesse stratifiée qui fit la renommée de Van Slingelandt et de ses maîtres.
La thématique s’inscrit étroitement dans la morale bourgeoise du XVIIe siècle : la femme comme gardienne du foyer, l’accent sur l’ardeur au travail, et les plaisirs visuels de la texture et de la domesticité. Dans la portée internationale de ce genre, des noms comme Gerrit Dou, Frans van Mieris l’Ancien, Godfried Schalcken, Willem van Mieris, ainsi qu’à l’échelle internationale Samuel van Hoogstraten et Michael Sweerts, peuvent être cités comme affinités stylistiques pertinentes.
Contexte historique et position de l’artiste
Van Slingelandt fut lui-même formé à Leyde, où il eut accès au riche réseau des fijnschilders autour de Dou. Sa réputation reposait sur une précision extrême : des sources historiques rapportent qu’il travaillait parfois des mois sur une chaîne d’or de quelques centimètres seulement. Les suiveurs des siècles ultérieurs, tel le maître anonyme de ce panneau, furent attirés par cette tradition raffinée et cherchèrent à approcher l’atmosphère, le traitement de la lumière et la perfection technique de ses œuvres.
L’enregistrement de cette œuvre sous le nom de Ferdinand de Braekeleer (I) au RKD est historiquement pertinent : De Braekeleer fut un artiste qui, au XIXe siècle, redonna vie aux anciens maîtres de la tradition flamande et hollandaise. Son inclusion dans la base de données confirme non seulement l’importance de ce panneau spécifique dans le contexte de la reprise, mais montre aussi la continuité de l’appréciation des compositions de Slingelandt.
Provenance et enregistrements
L’œuvre est enregistrée au RKD sous le nom de Ferdinand de Braekeleer (I) en tant que reprise d’après Slingelandt (RKD n° 3836711). D’éventuelles traces de monogramme en bas à gauche sur le soufflet sont mentionnées dans cet enregistrement, sans identification définitive. Cette documentation renforce l’authenticité de l’œuvre en tant que pièce de reprise historique et soutient sa provenance dans la tradition d’imitation fijnschilder.
Conclusion
La Dentellière constitue un exemple particulièrement réussi du renouveau, aux XVIIIe–XIXe siècles, de l’esthétique des fijnschilders. La technique picturale minutieuse, le récit calme mais vivant, la richesse des objets et l’harmonie de la mise en lumière en font une œuvre qui reflète avec conviction l’esprit de l’œuvre de Pieter Cornelisz. van Slingelandt. Au sein des collections inspirées de la peinture néerlandaise du XVIIe siècle, il s’agit d’un panneau séduisant, raffiné et d’une excellente exécution technique, susceptible de plaire tant aux connaisseurs qu’aux nouveaux collectionneurs.
L’œuvre « La Dentellière » est présentée dans un cadre en bois noir mat avec finition argentée.
Dimensions totales : 38 x 29,5 cm
Dimensions de l’œuvre : 49,5 x 48 cm





























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