DANTE ET VIRGILE RENCONTRANT FRANCESCA DA RIMINI
Plume et encre avec lavis gris sur papier
Dimensions du dessin : 20 × 15 cm / 7,9 × 5,9 pouces
Avec cadre : 48 × 42,5 cm / 18,9 × 16,7 pouces
Cadre en bois des années 1930, passe-partout de présentation muséale
La Divine Comédie de Dante est l’un des plus grands monuments de la littérature européenne et une œuvre fondatrice de la culture occidentale. Pourtant, l’intérêt durable pour ses épisodes dans les arts visuels apparaît relativement tard, notamment à l’époque romantique, lorsque le poème est redécouvert pour sa profondeur psychologique, morale et émotionnelle.
Pour le public moderne, les illustrations de Gustave Doré sont devenues presque canoniques, riches de fantaisie, de mouvement et de spectaculaire. La tradition italienne, cependant, suit une voie bien différente. Comme le montre ce dessin précoce des années 1830, elle privilégie la retenue et la clarté intellectuelle. L’économie de moyens, la rigueur du trait et le refus de l’emphase ne réduisent pas la force du texte, mais en renforcent au contraire la gravité et la portée morale.
La scène représente la rencontre de Dante et de Virgile avec Francesca da Rimini, seul personnage féminin de l’Enfer auquel Dante accorde une parole prolongée. Francesca raconte directement son histoire au poète — une confession intime qui constitue l’un des passages les plus profondément humains et tragiques de la Divine Comédie.
Francesca da Polenta vécut au XIIIᵉ siècle et appartenait à la famille dirigeante de Ravenne. Mariée pour des raisons politiques à Gianciotto Malatesta — décrit par les chroniques comme physiquement difforme, rude et violent — elle s’éprit de Paolo, le frère cadet de son mari, élégant et raffiné. Leur amour ne naît pas d’un instant, mais de la lecture. Dante met dans la bouche de Francesca les vers célèbres :
« Noi leggiavamo un giorno per diletto di Lancialotto come amor lo strinse… »
— « Un jour, pour notre plaisir, nous lisions l’histoire de Lancelot, et comment l’amour l’avait saisi… »
En lisant le roman de Lancelot et de Guenièvre et en arrivant à la scène du baiser, Francesca prononce les mots devenus emblématiques du pouvoir fatal de la littérature :
« Galeotto fu ’l libro e chi lo scrisse » —
« Le livre fut l’entremetteur, et celui qui l’écrivit. »
C’est précisément ce moment que l’artiste saisit avec une grande finesse. Dante tient le livre entre ses mains — ce déclencheur, dirait-on aujourd’hui, qui éveilla la passion interdite et conduisit à la tragédie. Représenté de profil, immédiatement reconnaissable, presque sculptural, il incarne la raison et le témoignage. Francesca, en revanche, apparaît avec grâce et vulnérabilité, ouverte à l’émotion, revivant son histoire au moment même où elle la raconte.
D’un point de vue stylistique, le dessin s’inscrit dans le néoclassicisme italien du début du XIXᵉ siècle, une tradition qui privilégie la réflexion morale et la méditation intérieure plutôt que l’élan dramatique. La tension naît ici du silence et de la retenue, obtenus par la clarté des formes, un clair-obscur mesuré et un trait sensible et expressif.
La présentation de l’œuvre mérite une attention particulière. Le cadre en bois des années 1930 et le passe-partout sobre de type muséal soulignent le caractère intime du dessin et s’inscrivent dans la tradition du collectionnisme italien de l’entre-deux-guerres, qui redécouvrit le dessin néoclassique comme un médium autonome, intellectuellement riche et profondément expressif.





























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