PETER ANGELIS, AU MARCHÉ
Dunkerque 1685 – 1734 Rennes
AU MARCHÉ
Huile sur toile
46 × 37 cm / 18,1 × 14,6 pouces, avec cadre 61 × 52 cm / 24 × 20,5 pouces
Regardez attentivement — il y a un chat dans cette peinture.
Vous ne le verrez peut-être pas immédiatement, mais il se trouve presque au centre de la scène.
Ce détail n’est pas anodin : il annonce une nouvelle manière de raconter en peinture dans la France du début du XVIIIe siècle, où le sens se dissimule à la vue.
À la charnière du XVIIIe siècle, la peinture française connaît une transformation profonde. La gravité et la monumentalité du baroque cèdent progressivement la place à un langage plus léger, plus élégant, fondé sur la suggestion — une évolution que l’on associe souvent à Antoine Watteau, mais qui dépasse largement sa seule œuvre. Dans le même temps, l’héritage de la peinture hollandaise et flamande du XVIIe siècle est réinterprété : son intimité et son attention à la vie quotidienne sont transposées dans une culture visuelle plus raffinée, théâtrale et subtilement codée.
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’œuvre de Peter Angelis (Pierre Angillis, 1685–1734). Né à Dunkerque, l’artiste mène une carrière remarquablement internationale, travaillant en Flandre, en Allemagne, en Angleterre, en Italie et en France. Reçu maître à la guilde de Saint-Luc d’Anvers en 1715–1716, il séjourne ensuite de longues années à Londres, où ses œuvres rencontrent un réel succès. Un passage à Rome contribue encore à affiner son langage artistique, avant qu’il ne s’établisse à Rennes, où la demande pour ses tableaux le conduit à s’installer définitivement.
Ce parcours cosmopolite est essentiel pour comprendre son style. Plutôt que d’appartenir à une école unique, Angelis apparaît comme un médiateur entre différentes traditions artistiques. Les critiques de son temps soulignaient déjà cette dualité : Horace Walpole voyait en lui un mélange de David Teniers et de Watteau — « avec plus de grâce que le premier, plus de naturel que le second ». Ses œuvres associent ainsi la précision descriptive et la richesse matérielle de la peinture nordique à une exécution plus libre, plus fluide et plus suggestive, caractéristique du début du XVIIIe siècle.
Au marché, conservé dans notre galerie, en offre un exemple particulièrement abouti. La composition se déploie comme une scène de genre animée, organisée autour d’une nature morte abondante de poissons et de fruits de mer, traitée avec une précision qui rappelle les modèles flamands tels que Teniers ou Snyders. Mais la scène dépasse largement la simple description. Les figures échangent des regards et des gestes discrets, introduisant une tension subtile qui transforme le marché en une véritable scène mise en jeu.
C’est précisément là que l’œuvre révèle sa modernité. Sous l’apparence de la vie quotidienne, Angelis construit un récit à plusieurs niveaux, où objets, expressions et détails apparemment secondaires — tel ce chat discrètement placé — participent à une atmosphère de suggestion. L’abondance de poissons et de crustacés, traditionnellement associés à la sensualité et à l’éphémère, renforce cette lecture en introduisant une nuance érotique à peine perceptible.
Ainsi, le tableau entre en résonance avec la culture naissante du XVIIIe siècle, où réalité et représentation tendent à se confondre. Le marché n’est plus seulement un lieu d’échange, mais un espace d’observation, de jeu et d’interactions codées — une scène où le sens ne se donne jamais entièrement, mais se laisse deviner.
Epoque : 18ème siècle
Style : Louis XV - Transition
Etat : Bon état
Matière : Huile sur toile
Longueur : 37 cm
Hauteur : 46 cm
Référence (ID) : 1615371
Disponibilité : En stock

































