Ensemble de quatre sièges par Jacob.

Suite de 2 Fauteuils et 2 Chaises Louis XVI par Jacob livrée au Comte d’Artois au château de Maisons.
En bois de noyer relaqué blanc, les fauteuils à assises rondes reposent sur des pieds cambrés en console à cannelures, les accotoirs à manchettes reposent sur des consoles à enroulements. Les chaises présentent des assises et des dossiers dits « fer à cheval ».
Décor de rosaces dans les dés de raccordements. Garniture de velours vert.
Portent les marques au fer du Garde-Meuble du Comte d’Artois (« AT / GM »).
Traces d’anciennes étiquettes.
Traces d’estampille « G. IACOB » de Georges JACOB (1739-1814), reçu maître à Paris le 4 septembre 1765.
Époque Louis XVI, circa 1777.

2 Fauteuils & 2 Chaises Louis XVI par Jacob. (c) ROYAL PROVENANCE, Proantic

Provenance
– Charles-Philippe de France (1757-1836), comte d’Artois, frère du roi Louis XVI, au château de Maisons (Maisons-Laffitte).
– Collection privée française.

Historique
Livré par Georges Jacob pour la salle à manger du Comte d’Artois au château de Maisons entre 1777 et 1779, cet ensemble témoigne du modèle iconique du maître-ébéniste, à savoir le pied en console à cannelures, qu’il semble avoir créé au début du règne de Louis XVI.
L’année 1777 est riche en acquisitions pour le Comte d’Artois, qui achète, entre autres, le château de Maisons. Il y entreprend de nombreux travaux qu’il confie à son architecte favori, François-Joseph Bélanger, qui va notamment créer une salle à manger, au plafond à caissons et ornements, toujours en place au château. Rappelons que la salle à manger est une création toute nouvelle, en cette fin du XVIIIe siècle, répondant à l’anglomanie diffusée par le Duc de Chartres (Philippe Egalité) et le Comte d’Artois.

2 Fauteuils & 2 Chaises Louis XVI par Jacob. (c) ROYAL PROVENANCE, Proantic

Pour compléter l’ameublement en place, le Comte d’Artois passe commande à G. Jacob, par l’entremise de Pierre-Thomas Jubault, d’un ensemble de mobilier remis au goût du jour par rapport à celui en place. Bien qu’élégant, de qualité et sortant des meilleurs ateliers, le mobilier de Maisons est cependant assez sobre, loin du luxe des autres résidences du Prince, comme Versailles, le Temple ou Bagatelle. Celui de Maisons témoigne d’un confort plus simple, signifiant que le château était destiné avant tout aux réceptions informelles pour l’entourage du Prince et à la chasse. Rappelons en effet que l’achat de Maisons avait été motivé par la volonté du Prince de le réunir à Saint-Germain pour disposer d’un large territoire de chasse.


Parmi ce mobilier, on trouve trace d’une commande de 30 chaises, réparties entre le salon, la salle de billard et la salle à manger, et de 12 chaises cannées, dont une est exposée au château (Mémoires de G. Jacob pour le service de Monseigneur le Comte d’Artois, 1777, Arch. Nat., R 1315).
Nos deux chaises répondent au modèle décrit dans la commande à G. Jacob de 1777, de trente chaises pour le salon et la salle à manger « en bois de noyer, ceintrées en plan et élévation, les dossiers débillardés et creusés en dedans, ornées de double profils de moulures, les pieds en consollés, des rosaces dans toutes les cases, à 24 livres pièce ».
On apprend aussi, qu’elles étaient garnies de crin et recouvertes de damas bleu, avec dessins de nids d’oiseaux, ornées de crêtes de soie bleue et blanche. Nous savons en outre que les bois furent peints à l’huile et vernis, comme nous le dit le mémoire du Sieur Plou, peintre pour le service du Garde-Meuble de Mgr. le Comte d’Artois au château de Maisons (Arch. Nat., R 1314) : « trente bois de chaises peints à l’huile et vernis : 3 livres/pièce ».
En 1778 et 1779, Jacob fournit d’autres sièges, dont « 10 fauteuils à la reine faits à l’antique d’une forme nouvelle ornés et profilés de double moulures, les accotoirs en bateaux ajustés et entaillés dans les montants régnants ensemble, des feuilles d’ornement sur la face des consoles, une astragale au-dessus avec des triglyphes, des pieds tournés en gaine et cannelés, des rosaces dans les cases », une bergère, 2 chaises et 6 chaises en cabriolet, le tout assorti aux dix fauteuils.
Nos sièges furent, comme nombre d’autres, décapés par les caprices du temps, pour répondre à la mode du bois au naturel, puis relaqués blanc à l’identique du temps du Comte d’Artois. À l’examen approfondi des bois de traverse, il reste cependant traces de l’ancienne laque et surtout, des marques d’anciennes étiquettes, malheureusement disparues au décapage de l’ancienne laque. Nous savons en effet que Jacob avait l’habitude de coller une étiquette où était marquée à l’encre le nom du destinataire et l’affectation du siège dans les lieux.
Les seuls renseignements tangibles sont les marques au fer du Comte d’Artois, lettres en cursives AT pour ArTois, et GM en caractère d’imprimerie pour Garde-Meuble.
Le sort de ces sièges relève ensuite des décrets révolutionnaires de 1792 concernant les biens des émigrés, impliquant à vider les châteaux de leur contenu, pour vente. Ainsi, l’annonce de la vente des meubles de Maisons eut lieu le 25 novembre 1792 mais ne se réalisera en fait que courant 1793. L’inventaire ordonné du 8 mai 1792 par Monsieur Ragaiez, régisseur du château, prouve que tout le mobilier est encore en place à cette date, notant que dix-huit des trente chaises damassées en bleu sont passées dans le Salon, actuel Salon des Capéfi. On perd alors totalement la trace de ces sièges, jusqu’à la réapparition d’une chaise dans la collection de Monsieur Eugène Becker. Elle est achetée par la Société des Amis du Château de Maisons le 5 août 1991. Le 18 juin 1999, douze autres chaises sont achetées pour le château dans une vente Sotheby’s Monaco, lot n°127. Les fauteuils sont quant à eux totalement inédits et ne sont pas apparus sur le marché de l’art depuis les ventes révolutionnaires.