Plongez au cœur d’une saga familiale hors du commun, où la passion pour la porcelaine de Sèvres du XVIIIᵉ siècle traverse le temps. Entre amour du Beau, excellence des savoir-faire et attachement au patrimoine, la famille Rothschild noue un lien unique avec Sèvres, une manufacture emblématique et vivante depuis 1740.
De Sèvres aux Rothschild : histoire d’une fascination
Au sein de la famille Rothschild, les collections se créent et se transmettent de génération en génération. Grâce à leur générosité, nombre de ces trésors ont rejoint les collections publiques françaises et de grands musées internationaux.
De Francfort à Paris, en passant par Vienne, Naples ou Londres, les Rothschild ont réuni parmi les plus spectaculaires porcelaines de Sèvres du XVIIIᵉ siècle : vases aux formes de vaisseaux, d’animaux ou d’architectures, aux couleurs éclatantes et aux décors virtuoses. Présentées dans une scénographie immersive, ces œuvres dialoguent avec des archives inédites et des intérieurs reconstitués.

Réunissant pour la première fois les Manufactures nationales – Sèvres & Mobilier national et l’Académie des beaux-arts, propriétaire de la Villa Ephrussi de Rothschild, l’exposition propose un parcours en neuf sections, introduit par Béatrice Ephrussi de Rothschild. Elle retrace l’histoire de ces chefs-d’œuvre, tout en évoquant les spoliations subies par la famille, grâce à des prêts exceptionnels de grandes institutions françaises et internationales.
LE MARCHÉ DE L’ART DU « VIEUX SÈVRES »
La Révolution française dispersa sur le marché de l’art européen des milliers d’objets d’art. Les collectionneurs anglais, dont le futur roi George IV, furent les premiers à retrouver le goût pour la porcelaine de Sèvres et rassemblèrent dans leurs collections les plus exceptionnelles créations de la manufacture.

Manufacture de Sèvres
Attribué à Jean-Louis Morin (peintre)
Vers 1760
Porcelaine tendre
Waddesdon Manor
En France, l’attrait pour le « vieux Sèvres » de l’Ancien Régime renaît dans les années 1820. James et Betty de Rothschild sont alors installés rue Laffitte, à quelques pas de l’hôtel Drouot, qui ouvre ses portes en 1852. Celui-ci marque le début d’une frénésie des enchères parisiennes dans laquelle la famille Rothschild joue un rôle capital. Une course à la « curiosité » anime le Tout-Paris. Les premières générations de la famille, en France comme en Angleterre et en Autriche, participent aux grandes ventes telles celles des collections du comte de Pembroke, de Léopold Double ou encore du prince Demidoff et y acquièrent des Sèvres.
Les prix s’envolent et le connoisseur ship se développe, tandis que le commerce des faux prend de l’ampleur. Le marché londonien n’est pas en reste et Alphonse, Gustave ou Béatrice de Rothschild achètent certains de leurs chefs-d’œuvre dans les ventes organisées par Christie, Manson & Woods, celles des collections de Ralph Bernal en 1855 ou de Lord Revelstoke en 1893. Au cœur de ce système, le réseau des marchands tels que Charles Mannheim, Henri Stettiner, Léon Gauchez ou la célèbre dynastie des Wertheimer joue un rôle capital dans le développement de leurs collections.

« à jour » en troisième grandeur et paire de vases « Duplessis »
Manufacture de Vincennes
Charles Nicolas Dodin (peintre, actif de 1754 à 1803)
André Vincent Vielliard (peintre, actif de 1752 à 1790)
1755
Porcelaine tendre
Bruxelles, collection particulière
LA VILLA ÎLE-DE-FRANCE
Alors qu’elle se rend presque chaque année sur la Côte d’Azur, où vient se réfugier en hiver toute l’aristocratie européenne, Béatrice Ephrussi fait l’acquisition en 1906 d’un terrain de huit hectares, qui n’est alors guère plus qu’un éperon rocheux situé sur les cimes du cap Ferrat, un petit village de pêcheurs devenu aujourd’hui la « presqu’île des Milliardaires ». Construite en cinq ans, la villa, qu’elle baptise Île-de-France, est meublée en suivant le goût éclectique de sa propriétaire : primitifs italiens, paravents japonais, mobilier de Joseph, Jacob, Delanois ou Dubois mais également tapis de la Savonnerie et porcelaine de Sèvres, qu’elle collectionne avec passion jusqu’aux derniers mois de sa vie. La baronne décide, avant sa mort en 1934, de léguer l’édifice et l’intégralité de sa collection d’art, soit près de 6 000 objets, à l’Académie des beaux arts, en souvenir de son père Alphonse qui en était membre. Les collections de ce « château Rothschild » de bord de mer, ouvert au public depuis 1938, sont encore largement méconnues du public.

La vie en rose : le triomphe du « camaïeu carmin »
Béatrice Ephrussi a réuni un ensemble exceptionnel de porcelaines peintes en camaïeu carmin. Ce décor, élaboré à partir d’or, pouvait présenter des nuances subtiles allant du rose pâle au rouge violacé. Appliqué sur les pièces destinées à la toilette ou à la table, il est emblématique des débuts de la manufacture, alors située à Vincennes, avant d’être déplacée à Sèvres en 1756. L’engouement pour ce décor dans les années 1750 a été favorisé par les achats de clients importants tels que le roi Louis XV et la marquise de Pompadour. Le peintre François Boucher fut le principal fournisseur des modèles de ces décors, composés de paysages, de jeux d’enfants ou de fleurs. Les collections de la baronne Ephrussi témoignent de son goût encyclopédique jusque dans ce domaine, aussi bien par la variété des teintes, des services et des sources d’inspiration comme en témoigne un gobelet peint d’après une scène de chasse de Jean-Baptiste Oudry.

Paire de vases « hollandois », deuxième grandeur
Manufacture de Vincennes
Charles Nicolas Dodin (peintre, actif de 1754 à 1803)
1756
Porcelaine tendre
Saint-Jean-Cap-Ferrat, Villa et jardins Ephrussi de Rothschild
AU CŒUR DE LA MANUFACTURE DE SÈVRES
Fondée en 1740, la manufacture de porcelaine était à l’origine installée au château de Vincennes. Trop à l’étroit dans ce lieu peu adapté pour le développement de son activité, elle déménagea à Sèvres dans un nouveau bâtiment à l’été 1756. Dès 1753, elle avait pris le nom de « manufacture royale » et connut un essor considérable au cours du XVIIIe siècle. Sa recherche perpétuelle d’innovation donna naissance à des objets d’une grande virtuosité, qui rejoignirent au siècle suivant les collections de la famille Rothschild.
L’exceptionnel patrimoine conservé dans les archives de la manufacture met en lumière les différentes étapes de la fabrication des porcelaines, de la création d’une forme à la réalisation du décor. Les modèles du XVIIIe siècle sont aujourd’hui encore mis au service des créations et des rééditions proposées par la manufacture, témoins de la continuité de ces savoir-faire d’exception. Cet espace invite en premier lieu à plonger dans l’univers des formes de la manufacture, dont l’un des plus célèbres créateurs fut Jean-Claude Duplessis. Pour leur conception, le plâtre est un matériau de prédilection. Il est mis en œuvre afin de créer des modèles, qui servent de référence aux artisans, et de réaliser des moules, qui mettent en forme la pâte.
Mille et un décors
Les décors réalisés à Sèvres au XVIIIe siècle témoignent de l’exceptionnelle créativité de ses artistes et et de ses artisans. Ils sont sublimés par une palette de couleurs variées et souvent rehaussés d’une dorure généreuse. Les motifs floraux et en particulier les roses occupent une place de choix. Béatrice Ephrussi semble avoir été fascinée par la richesse de ces motifs et sa collection constitue une véritable encyclopédie des ornements mis en œuvre à Sèvres dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Manufacture de Sèvres
Porcelaine tendre
Saint-Jean-Cap-Ferrat, Villa et jardins
Ephrussi de Rothschild
Une « tassemania » s’est emparée de cette collectionneuse atypique, qui réunit des centaines de petits objets présentant des décors toujours différents. Cette fascination pour les décors est également perceptible chez Edmond de Rothschild qui dans les années 1880 envoya une certaine Madame de Zeppenfeld réaliser des copies de décors conservés dans les archives de la manufacture de Sèvres. Accueillie par Jules Champfleury, directeur de la manufacture, elle étudia en particulier un exceptionnel livre-tarif du XVIIIe siècle, recueil d’ornements dans lequel les clients pouvaient effectuer leurs choix. Les dessins de Madame de Zeppenfeld, aujourd’hui conservés à Waddesdon Manor, sont réunis pour la première fois depuis la fin du XIXe siècle avec leurs modèles.
Exposition « Sèvres, une passion Rothschild. De la Villa Ephrussi à Paris », au Mobilier national, jusqu’au 26 juillet 2026.



