Les princes de rambouillet. Portraits de famille

Forts du succès des expositions organisées conjointement depuis 2014, le château de Versailles et le Centre des monuments nationaux poursuivent leur partenariat en 2017 avec une nouvelle présentation d’œuvres consacrée aux propriétaires du château au XVIIIe siècle, intitulée Les princes de Rambouillet. Portraits de famille.
À l’occasion de sa réouverture après deux ans et demi de travaux, le château de Rambouillet accueillera cette exposition jusqu’au 19 février 2018 .

L’exposition « Les princes de rambouillet. Portraits de famille »

Une dizaine de portraits issus des collections du château de Versailles évoquera la famille de Bourbon-Toulouse-Penthièvre qui, pendant presque tout le XVIIIe siècle, fut propriétaire du domaine de Rambouillet. Deux générations successives embellirent le château et agrandirent considérablement le domaine. Le comte de Toulouse tout d’abord, fils légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan, acheta le marquisat de Rambouillet à Fleuriau d’Armenonville en 1706. Amiral de France, grand veneur, gouverneur de Bretagne, il développa considérablement le domaine et remania le château qu’il dota de magnifiques décors. Toute sa vie, il s’employa à faire de cette propriété, selon les mots de Saint-Simon, « une terre prodigieuse », où ses hôtes pouvaient jouir, non loin de la cour de Versailles, d’une vie à la fois plus douce et moins portée aux intrigues. Son fils, le duc de Penthièvre, s’éprit également du domaine. Il modernisa la demeure et aménagea un somptueux jardin anglais. Il fut cependant contraint de se séparer de la propriété en 1783 au profit de Louis XVI.

Aux côtés d’œuvres importantes comme le portrait du comte de Toulouse sous les traits de l’Amour endormi par Mignard ou le célèbre tableau Le duc de Penthièvre et sa famille dit « La Tasse de chocolat » de Charpentier, des portraits moins connus mais tout aussi évocateurs comme le portrait de la princesse de Lamballe, belle fille du duc de Penthièvre, par Ducreux seront présentés.

L’exposition « Les princes de Rambouillet. Portraits de famille »

Les portraits présentés, tous issus des collections du château de Versailles, évoquent la famille de Bourbon-Toulouse-Penthièvre qui, pendant presque tout le XVIIIe siècle, fut propriétaire du domaine de Rambouillet.

Louis XIV
Jean Nocret
Vers 1685
Huile sur toile
© Château de Versailles, Dist. RMN, Christophe Fouin

Père du comte de Toulouse, futur propriétaire du domaine, Louis XIV est représenté ici dans une pose martiale et conquérante. Le regard est celui du maître auquel rien ne résiste. Agé d’un peu plus de quarante-cinq ans, le Roi Soleil est alors à l’apogée de sa gloire.

Madame de Montespan
École de Pierre Mignard (1612-1695)
Vers 1670
Huile sur toile
© RMN-GP (Château de Versailles), Gérard Blot

Mère du comte de Toulouse, Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, marquise de Montespan, est figurée dans tout l’éclat de sa beauté. Maîtresse du roi depuis 1667, elle lui donne sept enfants dont Louis-Alexandre (1678- 1737), comte de Toulouse. Ce dernier naît en 1678, au moment où la faveur de la marquise commence à décliner auprès du roi. Louis XIV lui donne toutefois des marques de respect, notamment en la faisant, en 1679, surintendante de la Maison de la reine et en lui accordant le rang de duchesse. Après la mort de la reine Marie-Thérèse et le mariage secret du roi avec madame de Maintenon en 1683, la marquise s’éloigne de la cour, perdant notamment son appartement du premier étage, contigu à celui du roi. Le comte de Toulouse sera le seul de ses enfants à rester proche de sa mère, certainement parce qu’à la différence de ses frères et sœurs, il a été élevé auprès d’elle.
De son mariage avec le marquis de Montespan, célébré en 1663, la marquise avait eu un fils : Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin (1665-1736), futur duc d’Antin, demi-frère du comte de Toulouse, mais nettement plus âgé que lui. Marié à Julie-Françoise de Crussol d’Uzès (1669-1742), il eut un fils, Louis de Pardaillan (1688-1712), marquis de Gondrin, qui épousa, en 1707 Marie-Victoire de Noailles (1688-1766). Devenue veuve en 1712, celle-ci épousa, en 1723, le comte de Toulouse, son oncle par alliance. Devenue comtesse de Toulouse, Marie Victoire se plut fort à Rambouillet, où elle et son époux recevaient fréquemment la visite du jeune Louis XV qui leur témoigna toujours une grand affection. Devenue veuve en 1737, la
comtesse de Toulouse mourut à Paris le 30 septembre 1766.

Le comte de Toulouse sous les traits de l’Amour endormi
Pierre Mignard
1682
Huile sur toile
© Château de Versailles, Dist. RMN, Christophe Fouin

Agé de quatre ans, le prince est représenté sous les traits d’un Amour ailé, allusion à peine voilée à la liaison qui unit ses parents, le roi et la marquise de Montespan.

Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse
Hyacinthe Rigaud
XVIIIe siècle
Huile sur toile
© Collection du Mobilier national / Françoise Baussan

L’artiste peint le comte de Toulouse âgé d’une trentaine d’années, dans tout l’apparat de sa dignité d’amiral de France que son père, Louis XIV, lui avait conférée alors qu’il n’était âgé que de cinq ans. La posture est altière, le prince ne regarde pas le spectateur mais semble commander une manœuvre dans le feu d’un combat.
Le comte de Toulouse eut toujours à cœur de montrer qu’il était digne de la charge que Louis XIV lui avait confiée. Il manifesta un grand intérêt pour la marine, participa à des opérations navales et surtout, au moment de la Régence, devint chef du conseil de la Marine, qu’il présida jusqu’en 1722. La charge d’amiral de procurait à son détenteur une influence non négligeable ainsi que d’immenses revenus qui servirent au prince
à se constituer un patrimoine foncier considérable. Fort bien administré et régulièrement augmenté, ce patrimoine, à la veille de la Révolution, plaçait le duc de Penthièvre, fils et héritier du comte de Toulouse, à la tête de l’une des premières fortunes de France.

Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre
Jean-Baptiste Charpentier le Vieux (1728-1806) Vers 1760
Huile sur toile
© RMN-GP (Château de Versailles), Franck Raux

Le duc de Penthièvre est ici représenté en amiral de France, dont son père lui avait obtenu la survivance en 1734, trois ans avant sa mort. Après son décès, en 1737 à Rambouillet, sa veuve, Marie-Victoire de Noailles, veilla à donner à son fils une éducation tournée vers la marine. Elle lui fit même apprendre la navigation sur les canaux de Rambouillet.

Le duc de Penthièvre et sa famille
Jean-Baptiste Charpentier, dit le Vieux
1768
Huile sur toile
© Château de Versailles, Dist. RMN, Christophe Fouin

Dans un salon orné de glaces et ouvert sur les frondaisons d’un jardin, la famille du duc de Penthièvre semble interrompre une conversation pour prendre un instant la pose. Le duc, à gauche, a revêtu un habit richement brodé. Derrière lui se tient son fils, le prince de Lamballe (1747-1768), assis au côté de sa jeune épouse, Marie-Thérèse de Savoie-Carignan (1749-1792). Debout derrière elle la fille du duc, Marie-Adélaïde de Bourbon (1753-1821), future duchesse d’Orléans, se penche vers sa belle-sœur. Enfin, à droite du tableau, se trouve la comtesse de Toulouse, mère du duc de Penthièvre. Bien qu’elle fût morte deux ans auparavant, le prince a tenu à la faire représenter. Les roses à moitié fanées à ses pieds symbolisent cet hommage posthume. De même, le chef de famille tient à la main un petit médaillon qui pourrait parfaitement contenir le portrait de sa défunte épouse, MarieThérèse-Félicité d’Este, morte en couches en 1754.

Le duc de Penthièvre et sa fille
Jean-Baptiste Charpentier le Vieux (1728-1806)
1768
Huile sur toile
© Château de Versailles, Dist. RMN, Christophe Fouin

Le duc de Penthièvre est représenté assis sur un banc de jardin, un livre à la main. Sa fille Marie Adélaïde, debout, tient une corbeille de fleurs. Des roses coupées gisent sur le sol. Ces dernières pourraient être une allusion au récent décès du prince de Lamballe intervenu en mai 1768. La vie du duc de Penthièvre fut, en effet, émaillée d’une succession de deuils. Il perdit six de ses sept enfants. Seule survivante de la famille, Marie-Adélaïde, dit mademoiselle de Penthièvre, devient, à la mort de son frère aîné, l’héritière de l’immense fortune accumulée par son père et son grand-père, ce qui en faisait le plus beau parti de France. Le duc de Chartres, Philippe d’Orléans (1747-1793), futur Philippe-Egalité, l’épouse en 1769. Le mariage n’est pas heureux et les époux vivent rapidement chacun de leur côté. A la Révolution, la princesse réside avec son père au château d’Eu, puis au château d’Anet et au château de Bizy, où le duc de Penthièvre meurt en 1793. Une vie d’errance commence pour la duchesse d’Orléans. Son époux est guillotiné le 6 novembre suivant et, surnommée la « veuve Égalité », elle est incarcérée à Paris. Sauvée par la chute de Robespierre, elle séjourne quelques temps à Paris puis est contrainte de s’exiler en Espagne et enfin aux Baléares. Elle rentre en France à la chute de l’Empire et meurt en
1821.

Portrait de la princesse de Lamballe
Joseph Ducreux
1778
Huile sur toile
© Château de Versailles, Dist. RMN, Christophe Fouin

Marie-Thérèse de Savoie-Carignan (1749-1792) épouse en 1767 le prince de Lamballe, fils du duc de Penthièvre. Ce mariage s’avère désastreux. Le prince de Lamballe mène une vie de débauche qui le conduit rapidement au tombeau. Il meurt en 1768 à l’âge de vingt ans. Devenue veuve, la princesse reste auprès de son beau-père. Elle aime le séjour de Rambouillet et c’est pour elle que le duc de Penthièvre fit construire et décorer la chaumière aux coquillages. Son rang l’appelle à la cour régulièrement, ce qui lui permet de nouer une amitié profonde avec la reine Marie-Antoinette qui la nomme surintendante de sa Maison. Dotée d’un caractère calme et pondéré, mais souvent encline aux plaintes et aux larmes, la princesse de Lamballe lasse bientôt la reine qui se tourne vers le cercle gravitant autour de la contesse de Polignac.
Malgré ce changement, la princesse accompagne la famille royale jusqu’à la chute de la monarchie, refusant d’émigrer pour se mettre en sûreté. Après la prise des Tuileries, le 10 août 1792, elle est contrainte de quitter la reine et est conduite à la prison de la Force où elle est assassinée le 3 septembre, au moment où se déclenchait à Paris le massacre des prisons dont elle est l’une des victimes les plus célèbres.

Portrait de Louis XVI
Joseph-Siffred Duplessis
Huile sur toile
© Château de Versailles, Dist. RMN © Christophe Fouin

Ne souhaitant pas se satisfaire du château de Saint-Hubert bâti par Louis XV au bord des étangs de Hollande, Louis XVI jette rapidement son dévolu sur les terres de son cousin qui n’a d’autre choix que de s’incliner et de vendre son duché-prairie. En quittant ce qui avait été la terre de sa famille
pendant quatre-vingt ans, Penthièvre entérine son déracinement de façon symbolique et spectaculaire, en faisant exhumer les restes de son père, de sa mère, de sa femme et de ses enfants, enterrés à Rambouillet, et en les transportant à Dreux, dont il est également propriétaire.
Devenu le maître de Rambouillet, Louis XVI tient à y inscrire sa marque. Si les projets – trop onéreux – qu’il forme pour la reconstruction intégrale du château n’ont pas de suite, le roi a le temps construire un certain nombre de nouveaux bâtiments avant que la Révolution n’éclate. Jacques-Jean Thévenin est nommé architecte ordinaire du domaine dès 1784 et se met aussitôt à l’ouvrage. Il restaure les communs, édifie l’hôtel du Gouvernement, celui de la Vénerie, ainsi que le bailliage, les prisons et de nouvelles écuries du côté de Groussay. Il édifie également les bâtiments de la ferme expérimentale voulue par le roi, et qui accueille, fin 1786, les mérinos venus d’Espagne. Enfin, dans l’espoir de réconcilier Marie-Antoinette avec un domaine pour lequel elle ne montrait que de l’aversion, Louis XVI chargea Thévenin de construire la Laiterie et la ménagerie attenante.

Marie-Antoinette en amazone
1788
Huile sur toile
© RMN-Grand Palais (Château de Versailles) Gérard Blot

Sur ce portrait, Marie-Antoinette est âgée d’une trentaine d’années. Elle est vêtue avec recherche d’une jaquette verte à rayures doublée d’une pèlerine et porte une cravate de mousseline blanche. Elle arbore également un bonnet à la créole agrémenté de roses.
La Reine aurait, avec mépris, traité Rambouillet de « crapaudière ». Malgré les efforts du roi, qui lui fait aménager un bel appartement donnant sur la cour, dans la doublure de l’appartement d’assemblée, et bâtir la Laiterie en 1785, elle ne vient que cinq fois à Rambouillet, sans jamais accepter d’y coucher.