La vinaigrette, accessoire de raffinement

Cet objet était d’un usage courant chez les femmes de la haute société durant la seconde partie du 19ème siècle (en France sous Napoléon III ou en Angleterre à l’époque victorienne).

A la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe, la notion d’hygiène est grandissante, un certain confort et une durée de vie plus grande impliquent une nouvelle notion « prendre soin de soi », se préserver.

Vinaigrette En Or Et émail Charles X.
(c) SEBLANTIC
Les villes se remplissent, attirant de nouveaux citoyens par le confort qu’elles peuvent proposer, mais celui-ci n’est que relatif en particulier sur le traitement des eaux usées et des déchets. Il est encore commun que les bassines ou les pots de chambre soient jetés par la fenêtre dans la rue; certes quelques canalisations souterraines existent, mais elles sont peu nombreuses et souvent engorgées.
Vinaigrette en or et émail, milieu du XIXe siècle
(c) Ouaiss Antiquités Galerie des Arts
L’exode rural s’amplifiant, ces nuisances sont de plus en plus importantes et sont dangereuses car elles véhiculent épidémies et infections. La pharmacopée Depuis l’Antiquité on prête au vinaigre des propriétés antiméphitiques et bien d’autres facultés plus discutables, aujourd’hui encore, on parle des vertus du vinaigre de cidre. Pline évoque son usage comme antiseptique, efficace contre les vapeurs délétères. En 1801, L.B Guyton de Morveau le préconise pour désinfecter l’air. Les femmes utilisèrent ces vinaigres souvent aromatisés de lavande ou de colchique, pour combattre les odeurs nauséabondes et les éventuelles conséquences de ces cloaques.
Vinaigrette 19 ème siècle Anglaise.
(c) Berlucchi Daniel Slingue Dorothee. Proantic
Pour cela, il fallut trouver un système pour transporter ces vinaigres volatils, les vinaigrettes sont nées, à partir des boîtes à mouche et des boîtes à priser fort courantes à cette époque, une modification est réalisée par l’ajout d’une petite grille finement ajourée, derrière laquelle une éponge naturelle imbibée de cette substance est protégée.
Vinaigrette en argent émaillé. Ludwig Politzer. Travail Viennois. XIXème Siècle.
(c) Ouaiss Antiquités Galerie des Arts, Proantic
L’ouverture de la boîte permet la diffusion des odeurs et la fermeture en conserve les propriétés. Dans un premier temps, elles sont de taille discrète et unie, puis elles arborent un décor ou revêtent la forme d’un petit sac, mais restent des objets que l’on cache dans une poche. L’engouement des dames pour ces vinaigrettes les rendirent indispensables, mais surtout, les transformèrent en objets décoratifs, en accessoires de raffinement qu’il fallait montrer, elles furent alors portées comme des bijoux.
Les dames le gardaient dans leur poche ou leur sac, mais plus souvent en pendentif autour du cou pour ne pas être prise au dépourvu
Vinaigrette en vermeil, XIXème siècle .
(c) Antiquités Olivier JANET, Proantic
Les vinaigrettes furent alors richement décorées avec des émaux polychromes, des pierres dures, des matières naturelles, utilisant des métaux plus nobles comme le vermeil, avec un vocabulaire formel absolument incroyable, scarabée, fruit, face à main, griffe de tigre, bague, crotte, valise, corne d’abondance, et même révolver. Elles deviennent alors des objets à la mode.
Il faut bien différencier les vinaigrettes dont nous venons de voir l’usage, des flacons à sels. Ces derniers ont une autre utilisation, ils contiennent un carbonate d’ammoniaque, dont l’odeur très acide, fait réagir immédiatement. On utilise ce procédé pour réanimer les femmes. Ces évanouissements sont principalement dus au port de corsets très serrés qui oppriment la cage thoracique, mais il est aussi probable que certaines odeurs nauséabondes aient le même résultat.
Vers le milieu du XIXe, on voit les deux usages se retrouver dans un même objet, sorte de flacons doubles avec d’un coté une ouverture avec grille pour les vinaigres parfumés et de l’autre un flacon à bouchon pour les sels.