La griffe du peintre

Comment le nom de l’artiste est-il devenu un élément clef de la valeur symbolique et commerciale des œuvres ? Pourquoi les peintres signent-ils leurs tableaux ?

C’est à Paris, entre les années 1730 et 1820, que se déploie cette enquête novatrice et richement illustrée. Salons et expositions publiques, ventes aux enchères, musées : les institutions artistiques modernes imposent le nom de l’artiste au cœur des mondes de l’art. Critiques, catalogues, cartouches et cartels lui accordent désormais une place essentielle. Un contemporain constate, avec dépit, que les amateurs achètent  » des noms, et non plus des œuvres « .

Mais pourquoi placer ainsi son nom sur un panneau de bois ou sur une toile ? La tradition est ancienne, et remonte à l’Antiquité. Pourtant, les peintres de l’âge des Lumières surent investir le nom de significations nouvelles. À Paris, le marché pour leurs peintures s’était élargi. Il fallait susciter le désir de consommation au moment où un premier capitalisme commercial fondé sur le luxe et sur la mode connaissait un essor sans précédent.

Avec la Révolution, la signature devenait aussi un puissant signe de l’engagement et de l’authenticité en politique.
Elle fut ce lieu, dans le tableau, où la présence de l’artiste pouvait se manifester et perdurer. L’aura de l’œuvre en devenait indissociable.

Auteur: Charlotte Guichard

Editeur: Seuil