Jardins de Châteaux à la Renaissance

Jardin d'Amour, d'après David Vinckboons

Exposition « Jardins de Châteaux à la Renaissance » D’après les dessins de Du Cerceau et les données archéologiques se tiendra au Château de blois  jusqu’au 2 novembre 2014. Elle ne porte pas uniquement sur l’art des jardins : à partir de l’exemple des jardins de Blois, fondés vers 1500 par Louis XII et Anne de Bretagne, l’exposition met en lumière le lien entre architecture et paysage, entre le château et son jardin à la Renaissance.

C’est la première manifestation entièrement consacrée à ce thème pour cette période, un sujet qui a profité depuis 15 ans du développement de l’archéologie et de l’intérêt porté par les historiens à la représentation du jardin.

Noli me tangere par Lambert Sustris
Noli me tangere par Lambert Sustris, huile sur toile © Lille, Palais des Beaux-Arts

L’exposition

L’exposition aborde les questions de l’héritage médiéval et de l’influence italienne, qui s’affirme vers 1500 dans les nouveaux jardins des châteaux de Blois. L’apport de l’Italie apparaît dans l’utilisation croissante de l’architecture pour animer et rythmer la composition des jardins : terrasses et escaliers, portiques et balustrades, fontaines et grottes… L’exposition montre l’intérêt croissant porté par les habitants du château au jardin et au paysage à partir du milieu du 15e siècle, et les conséquences de l’architecture du château sur l’organisation du jardin. On remarque la spécificité du jardin français qui s’est peu à peu réglé sur le château au point de devenir l’expression la plus forte de son pouvoir de domination sur l’environnement, fonction qu’il n’a jamais eu à un pareil degré en Italie. Le thème des jardins royaux et princiers avant Le Nôtre, commémoré en 2013, est également exploré à travers les exemples du jardin des Tuileries et le rôle de Gaston d’Orléans, qui réunit une collection botanique à Blois et fait aménager les parterres du palais du Luxembourg à Paris.

Anne de Bretagne

Anne de Bretagne, qui vécut longtemps au Château de Blois, s’intéressait à la botanique : le décor floral du manuscrit de ses Grandes Heures, enluminé par Jean Bourdichon, en témoigne. La reine aimait soigner elle-même ses proches avec des plantes, comme cela était l’usage. Elle était amatrice de jardins et appréciait la beauté de ceux de Blois : ses biographes soulignent l’intérêt qu’elle portait à leur entretien.

Blois, bastiment et jardins par J. A. du Cerceau
Blois, bastiment et jardins par J. A. du Cerceau © Orléans, M. des beaux-arts_Photo F. Lauginie

Jacques Androuet du Cerceau

Les jardins de Blois portaient la trace de l’évolution de l’art des jardins au fil des siècles. Ces jardins aujourd’hui disparus subsistent dans les travaux du graveur et architecte Jacques Androuet du Cerceau, dont les dessins et gravures demeurent la source essentielle de notre connaissance des jardins de châteaux à la Renaissance. L’exposition fait la part belle à ces oeuvres et à ce titre, forme aussi un deuxième volet à l’exposition présentée en 2010 à la Cité de l’architecture puis au Château Royal de Blois en 2011.

« Il y a pareillement de beaux et grands jardins, différents les uns des autres, aucuns ayant larges allées à l’entour, aucunes couvertes de charpenterie, les autres de coudres [coudriers], autres appliqués à vignes. » Le château de Blois, Jacques Androuet du Cerceau, 1579, second volume, f°3.

Modèle de parterre, estampe
Modèle de parterre, estampe © RMN,château d’Ecouen_Photo R.-G. Ojéda

Les jardins du château de Blois

Les jardins royaux du Château de Blois furent créés à la demande du roi Louis XII entre 1499 et 1508 par Pacello da Mercogliano, un prêtre napolitain spécialiste dans l’art des jardins. Situés à l’ouest du domaine, les jardins étaient reliés au château par un pont de pierre surmonté d’une galerie. Ils s’étageaient en trois terrasses et étaient divisés en carreaux réguliers dessinant des motifs de broderie ; à l’entrecroisement des allées principales s’élevait une fontaine de marbre. Chaque terrasse était bordée de berceaux de charpente. Ces jardins étaient un lieu de promenade, de repos et de recueillement (dans l’oratoire du pavillon d’Anne de Bretagne), mais aussi de réunions poétiques et musicales et de distractions sportives (dans les jeux de paume contigus).

Arrosoir 15e-16e s, jardins du musée de Cluny.  © RMN (musée de Cluny) / Réunion des Musées Nationaux
Arrosoir 15e-16e s, jardins du musée de Cluny.
© RMN (musée de Cluny) / Réunion des Musées Nationaux

Les jardins de Louis XII reçurent sous ses successeurs quelques aménagements nouveaux. Sous François II le jardin haut fut réuni à la forêt par une large avenue ; sous Charles IX on ajouta un nouvel édifice ; au temps des guerres de religion l’extrémité du jardin bas fut surélevé pour former un bastion appelé « l’éperon » ou « le jardin du roi ». En 1636, Gaston d’Orléans fonde à Blois un jardin botanique qui surpasse celui de Paris, et auquel il adjoint une ménagerie et une volière. Dès la fin du 17e siècle s’amorce l’abandon des jardins. Vendus comme biens nationaux à la Révolution, ils sont divisés et lotis.

Oeuvres exposées

L’exposition se compose d’oeuvres majeures et souvent inédites : peintures, gravures, dessins, tableaux, tapisseries et miniatures des 15e, 16e et 17e siècles. Le parcours est notamment ponctué de reproductions de végétaux issues du manuscrit des Grandes Heures d’Anne de Bretagne. De nombreux objets archéologiques sont également exposés : outils et fragments de décors (fontaines sculptées, faïences de Bernard Palissy) provenant des collections françaises publiques et privées les plus prestigieuses (musée du Louvre, BNF, Sèvres, musée de Cluny ; musées d’Orléans, Tours, d’Aubusson, mais aussi Arras, Lille, Rouen…). Au fil des trois salles d’exposition, une scénographie riche et suggestive fait une large place aux outils multimédia mais aussi au décor végétal et aux matériaux naturels comme le bois.

Jardin d'Amour, d'après David Vinckboons
Jardin d’Amour, d’après David Vinckboons © Orléans, M. des beaux-arts_Photo F. Lauginie

Parcours

Le vestibule et la première salle présentent d’abord les sources et le contexte du jardin Renaissance en France : l’héritage médiéval et les jardins des villas italiennes du 15e siècle. L’exposition introduit ensuite la création des jardins du Château Royal de Blois par Louis XII et Anne de Bretagne entre 1499 et 1508 ; ces jardins sont l’oeuvre de Pacello Mercogliano, un prêtre ramené d’Italie par Charles VIII en 1495.

La deuxième salle explore le lien entre le château et son jardin en France à la Renaissance : dès le 16e siècle, on comprend comment mettre en valeur les châteaux par un aménagement cohérent de l’espace environnant. Cette subordination du jardin à la demeure est un souci proprement français. L’influence de l’Italie, également mise en évidence dans cette section de l’exposition, se manifeste par l’utilisation croissante de l’architecture pour animer et rythmer la composition des jardins : terrasses et escaliers, portiques et balustrades, fontaines et grottes.

La dernière salle est consacrée au jardin à la française, dont l’arrivée au début du 17e siècle répond à deux exigences nouvelles : un besoin de rationalité et un souci croissant d’affirmer la hiérarchie sociale. Le nouveau jardin offre ainsi une composition abstraite de type véritablement architectural. L’exposition présente les différents espaces des jardins – vergers, garennes, parcs, vignes, étangs, saulaies et jeux de paume – et les activités et jeux qui s’y organisent.

Suzanne et les vieillards, Ecole flamande © MBA, Rennes, RMN_Photo L. Deschamps
Suzanne et les vieillards, Ecole flamande © MBA, Rennes, RMN_Photo L. Deschamps

Le château et son jardin

À partir du 15e siècle, l’intérêt porté au jardin et au paysage transforme l’organisation du jardin et l’architecture du château. Longtemps ces deux mondes furent juxtaposés : le jardin clos de murs se situait à distance de la forteresse enfermée dans ses murailles. Au début du 17e siècle, le jardin entoure le château, devenu une sorte de grand pavillon ouvert de tous côtés. Le jardin s’est donc réglé sur le château au point de devenir l’expression la plus forte de son pouvoir de domination sur l’environnement. Le désir d’admirer le paysage explique également l’apparition d’un type architectural nouveau : ainsi, à Blois, la façade des Loges, conçue vers 1520, fut perçée de balcons qui ouvraient sur les jardins, grands et faits pour être vus d’en haut. C’est vers 1500 que la mode italienne s’affirme dans les nouveaux jardins des châteaux de Blois, avec l’utilisation croissante de l’architecture dans la composition des jardins.

Des galeries de pierre ou de bois longent les terrasses ou les parterres ; des tonnelles sont appuyées contre les murs ou recouvrent une section d’allée. Les labyrinthes sont à la mode : du Cerceau en dessine pour les jardins de Montargis ou de Bury. L’influence de l’Italie se manifeste aussi par le recours à des artistes comme Pacello da Mercogliano, ramené en France en 1496 par Charles VIII. Sous l’influence de la Renaissance italienne, l’architecture et les jardins français sont profondément modifiés dans leur forme et préfigurent le jardin classique (dit jardin à la française). Les années 1610-1630 sont marquées par les innovations de Du Cerceau, qui organise le jardin par grands ensembles autour d’une vue centrale ouverte dans l’axe du château.

Alors que les jardins de la Renaissance, dans la tradition du Moyen Âge, invitent à découvrir la diversité des espèces et les merveilles de la nature dans un tapis coloré, le nouveau jardin n’offre plus qu’une composition abstraite de type architectural : une vue parfaitement composée, expression du pouvoir de l’esprit sur la nature. La tendance française à organiser le jardin en fonction du château et à projeter celui-ci sur l’environnement aboutit à une mise en ordre impérieuse de l’espace autour de la demeure. Soumis au château, exaltant sa puissance, le jardin français exprime un ordre nouveau, intellectuel et politique : c’est ce qui fait son succès.

Couteau à greffer, laiton, fer, os © RMN - Château d'Ecouen_Photo G. Blot
Couteau à greffer, laiton, fer, os © RMN – Château d’Ecouen_Photo G. Blot

Le jardin, lieu de vie de la cour

À la Renaissance, le jardin s’impose comme un lieu essentiel dans la vie de cour. Les Français de la suite de Charles VIII avaient été très impressionnés par leur visite des jardins de Poggio Reale près de Naples, et l’on rêvait désormais de voir en France un lieu aussi enchanteur. Sur le modèle italien, les jardins de Blois comportent ainsi une orangerie, des tonnelles, des fontaines. Dans ce microcosme, la maîtrise de l’espace donne une image idéale du gouvernement raisonné que le souverain entend pratiquer à l’échelle du royaume tout entier.

Ce paradis terrestre qu’est le jardin, planté d’arbres fruitiers et d’espèces rares, est avant tout un lieu de plaisir et de sociabilité. On s’y promène, on y converse, on y joue ; le roi y reçoit ses hôtes de marque et leur offre des divertissements en plein air. L’entretien du potager-fruitier est un attribut de l’honnête homme, la marque de son éducation et de sa naissance. Ce jardin d’agrément se visite et se regarde ; les hôtes goûtent ses fruits frais et admirent ses plantes rares. Le jardinage, un loisir qui existe depuis le 13e siècle, entre dans le jeu de l’otium cum dignitate, le loisir cultivé des Anciens.

Fête dans un palais à Venise par Louis de Caullery
Fête dans un palais à Venise par Louis de Caullery © Musée des beaux-arts de Quimper

Gaston d’Orléans à Blois : jardins et botanique

Dans son projet, l’architecte François Mansart renouvelle entièrement le site : il comble le fossé sous une immense terrasse, et dans l’axe de la façade, précédant des parterres d’ordonnance classique, il creuse un grand bassin bordé d’emmarchements. Dans le Jardin haut, Gaston d’Orléans donne libre cours à sa passion pour la botanique. Pour lui, comme pour les élites de l’Ancien Régime, le potager et le fruitier sont une des déclinaisons attendues d’un jardin. Sur le modèle du Jardin des Plantes de Paris, le médecin Abel Brunyer crée à Blois un jardin où sont cultivées plus de 2000 espèces, dont 200 plantes exotiques : palmiers, myrtes, aloès, jujubiers, câpriers et pistachiers. Certaines furent reproduites à la demande du prince sur les « Vélins du Museum » dûs au talent du célèbre miniaturiste Nicolas Robert.

Coffret au jeu de paume   par Colin Nouailher, émail
Coffret au jeu de paume par Colin Nouailher, émail © Louvre – RMN_Photo P. Fuzeau

Le jeu de paume

La pratique du jeu de paume, né en France au XIIIème siècle, se développe jusqu’à atteindre à la Renaissance toutes les couches de la société : les gens de métier, les nobles, les moines, et même les rois pratiquent alors la courte paume (par opposition à la longue paume qui se joue en extérieur). Sous l’Ancien Régime, le jeu de paume faisait partie, au même titre que l’escrime ou l’équitation, de l’éducation des princes de sang et aucun château ne se construisait sans un espace réservé à cette activité. Les Valois contribuèrent à son succès ; Charles VIII était un spectateur assidu, et François Ier et Henri II d’ardents pratiquants, notamment lors de leurs séjours blésois. Les gravures de Jacques Androuet Du Cerceau montrent les deux jeux construits entre 1508 et 1530 dans les premiers jardins bas du château de Blois. Le plus grand passa longtemps, aux yeux des voyageurs étrangers, pour le plus grand jamais construit en France.

Fontaines et jeux d’eau

La fontaine, tout en conservant la place de choix qu’elle avait dans le jardin médiéval, devient un objet de luxe qui marque souvent l’intersection des allées principales comme à Blois, Bury ou Beauregard. À Blois, au centre du jardin bas, un pavillon de bois couvert en dôme abritait une grande fontaine de marbre blanc dont subsistent la vasque ronde précieusement sculptée et une partie du bassin octogonal. Réalisée vers 1505 par des artistes italiens, la sculpture est de grande qualité. Sur les grandes dalles, on trouve les armoiries de Louis XII, ses initiales entrelacées et surmontées d’une couronne sur fond fleurdelisé, ainsi que les initiales d’Anne de Bretagne couronnées sur fond d’hermines. Dans les jardins de la Renaissance, l’eau a ainsi un rôle plus décoratif qu’utilitaire ; grâce aux progrès de l’hydraulique, les schémas d’organisation des jardins évoluent pour donner à l’eau et aux fontaines une plus grande importance. Une mode des jardins d’eau et de canaux s’impose en France au 16e siècle, donnant lieu à de nombreuses fêtes nautiques.

En savoir plus:

http://www.chateaudeblois.fr/