Exposition Flamands et hollandais – Musée des beaux-arts de Nantes

Le Château des ducs de Bretagne accueille les chefs-d’œuvre des collections flamande et hollandaise du musée des Beaux-Arts de Nantes. Cette exposition s’inscrit dans un cycle qui invite à (re)découvrir leurs collections pendant la période de travaux d’extension et de rénovation de ce musée.

Le musée des Beaux-Arts de Nantes présente une sélection de soixante-cinq chefs-d’œuvre, principalement du Siècle d’or, à l’occasion de la publication du catalogue inédit des collections flamande et hollandaise, de la grande peinture d’histoire aux petits tableaux de cabinet si appréciés des marchands et des bourgeois des anciens Pays-Bas.

FLINCK Govert, Portrait d'une fillette en Flore, Huile sur toile  © RMN -Photographie : G. BLOT
FLINCK Govert, Portrait d’une fillette en Flore, Huile sur toile
© RMN -Photographie : G. BLOT

Cet important ensemble de peintures fut principalement réuni au XIXe siècle, essentiellement grâce aux envois de l’État (Rubens, Brueghel) après la création du Musée des beaux-arts, mais surtout avec l’acquisition en 1810 par la ville de la collection de François Cacault, véritable noyau fondateur des collections anciennes puisqu’elle compte plus de 170 tableaux flamands et hollandais.

Les sections thématiques permettent de célébrer, en miroir entre la Flandre et la Hollande, ces genres nouveaux dans lesquels se spécialisèrent les peintres : portraits (Pourbus, Voet), paysages (Fouquières, Lytens), marines, scènes de genre (Droochsloot, Wouwerman) et natures mortes (Claesz, Coninck). Les collections du musée rassemblent les plus grands artistes du 16e au 18e siècle, de Jan Brueghel à Rubens, en passant par de remarquables élèves de Rembrandt (Govert Flinck, Jürgen Ovens).

Gijsbrecht Leytens, Paysage d'hiver avec gitans et patineurs, Huile sur bois,  © RMN -Photographie : G. BLOT
Gijsbrecht Leytens, Paysage d’hiver avec gitans et patineurs, Huile sur bois,
© RMN -Photographie : G. BLOT

Parcours de l’exposition

Émancipation des genres : portraits, scènes de genre, paysages, natures mortes .

L’histoire de la peinture néerlandaise commence véritablement avec l’invention de la peinture à l’huile. Portée dès ses débuts au XVe siècle à un haut degré de perfection par Jan Van Eyck (Maaseik ? vers 1390 – Bruges, 1441), elle connaît un véritable déclin vers 1700, lorsque le rôle politique des Pays-Bas ne devient qu’annexe sur l’échiquier européen. La peinture produite dans l’Europe du Nord avant le XVe siècle est essentiellement religieuse.

Dans ces tableaux religieux, la présence des donateurs et des objets annoncent déjà la véritable naissance des « genres » aux siècles suivants. La nouvelle technique de la peinture à l’huile, autorise les détails les plus précis et les plus raffinés. Portraits, paysages, natures mortes et scènes de genre deviennent alors des genres artistiques indépendants.

Peinture d’histoire : l’influence de Rubens et Rembrandt

En Italie, l’esprit de la Contre-Réforme catholique, en réaction à la montée du protestantisme, suscite une forte reprise de la peinture. L’art idéal des Carrache et le clair obscur du Caravage révolutionnent la peinture, influençant durablement Rubens. Le retour du maître flamand à Anvers en 1608, après un long séjour italien, marque le début d’une nouvelle ère picturale.

Du côté des Provinces-Unies, seule la figure de Rembrandt semble rivaliser quelques années plus tard, avec une originalité qui lui reste propre et que l’on retrouve chez certains peintres de son atelier (Ovens, Moyaert).

François II Pourbus (1569-1622), Portrait de femme, musée des Beaux-Arts de Nantes - © RMN -Photographie : G. BLOT
François II Pourbus (1569-1622), Portrait de femme, musée des Beaux-Arts de Nantes – © RMN -Photographie : G. BLOT

Le portrait : entre société et intimité

Au XVe siècle, les pieuses figures de donateurs des tableaux religieux prennent leur indépendance pour devenir d’orgueilleux portraits autonomes. La tendance très réaliste des portraits flamands (Pourbus) fixe pour la postérité les traits d’un personnage, l’inscrivant dans l’histoire prestigieuse de sa famille (Voet). L’abondance de portraits hollandais au Siècle d’Or s’explique quant à elle par l’extraordinaire développement du commerce qui fait des Pays-Bas du nord une des grandes puissances économiques mondiales. Les peintres répondent aux attentes de leurs commanditaires en multipliant les variantes, des portraits individuels (Ravenstein) aux portraits collectifs des familles (Palamedes) ou de guildes.

Rembrandt et ses élèves se démarquent encore une fois des courants traditionnels : les visages de vieillards outrageusement fripés (Portrait d’homme), les costumes fantasques et les paysages étranges (Flinck) accusent la rupture avec les portraits officiels.

Nature morte : opulence flamande et festin monochrome hollandais

Le succès des natures mortes entraîne la création de sous genres indépendants et décoratifs comme les tableaux de bouquets de fleurs (Goswin, Seghers) ou encore d’animaux (van Boucle). Entre 1620 et 1640, sous l’influence de la bourgeoisie protestante, le thème de la « table servie » (pour le déjeuner, le dîner, une collation) est le théâtre d’une petite révolution plastique : le « festin monochrome » (Claesz, de Stomme) à la composition resserrée et à la palette très sobre. Tandis qu’à l’opposé, en Flandre, s’affirme l’opulence du baroque dans une fonction purement décorative, avec de grandes compositions ostentatoires et somptueuses (Koninck).

Jan I Brueghel dit Brueghel de Velours, Scène fluviale ou le débarquement
Jan I Brueghel dit Brueghel de Velours, Scène fluviale ou le débarquement.  © RMN

Le paysage : entre vision réaliste et idéal

Les paysages du XVIIe siècle adoptent un point de vue élevé, panoramique (Van Alsloot), ainsi qu’une perspective atmosphérique rendue possible grâce à la subtilité de la peinture à l’huile (Brueghel de Velours, Fouquières, Momper).

Une spécialisation croissante des peintres est accompagnée de la création de sous genres : paysages ruraux (Braedel), paysages de neige (Leytens), marines (Vlieger), etc. À la fin du siècle, les peintres hollandais italianisants (Appelman, Asselijn, Breenbergh) renouvellent le genre, mêlant dans une même lumière dorée crépusculaire leur approche naturaliste et la vision idéale d’une Arcadie perdue

La peinture de genre : verve satirique et délectation pittoresque

La peinture de genre s’illustre par des scènes de la vie quotidienne (vie domestique, travail et divertissements), dont les personnages sont anonymes. Au XVIIe siècle, les scènes paysannes constituent un répertoire privilégié de la peinture de genre. Dans une tradition satirique et morale initiée par les kermesses paysannes et les danses villageoises de Pieter Brueghel l’Ancien, elles dépeignent des comportements peu raffinés, parfois à la limite de la paillardise.

Dans les Pays-Bas du nord, la peinture de genre connaît un développement sans précédent, avec une spécialisation en sous genres : joyeuses compagnies (Brakenburg), intérieurs et extérieurs avec des occupations domestiques (Van Buesem, Van Bloemen, Van Oost) ou militaires (Wouwerman).

En savoir plus:

 Château des ducs de Bretagne, Nantes (jusqu’au 30 août 2015)

http://www.chateaunantes.fr/