commode de port en acajou massif, d'époque Louis XV – XVIIIe siècle.
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commode de port en acajou massif, d'époque Louis XV – XVIIIe siècle.

Commode de port d'époque Louis XV, réalisée en acajou massif, ouvrant en façade par trois grands tiroirs superposés.

Ce meuble se distingue par ses formes épurées et ses belles proportions, laissant toute sa place à la qualité et aux nuances naturelles de l'acajou massif. Son dessin, aux mouvements délicats, est souligné par de fines moulurations qui accompagnent les lignes du meuble sans les alourdir.

La façade, légèrement sinueuse en plan, présente trois tiroirs encadrés de fines moulurations. Les montants antérieurs arrondis, ornés de réserves moulurées, se prolongent par de petits pieds en coquille, rentrants, terminés en volute.

La traverse inférieure offre une découpe chantournée aux courbes franches, se rejoignant au centre en deux petites volutes affrontées sculptées dans la masse.

Les côtés présentent chacun un grand panneau constitué d'une seule large planche d'acajou massif, enchâssée entre les montants et les traverses. Leurs traverses supérieures présentent un dessin chantourné alternant courbes, contre-courbes et petits ressauts angulaires, souligné de fines moulurations.

Le plateau d'origine, en acajou massif, est constitué de deux larges planches provenant d'un même plot, raccordées à livre ouvert suivant l'axe longitudinal. Leur disposition symétrique met en valeur le dessin naturel du veinage, qui se développe de part et d'autre de l'assemblage central. Le plateau, aux angles arrondis et à la rive finement moulurée, épouse le léger mouvement de la façade.

L'ensemble présente une belle unité de dessin, où la finesse des profils et la retenue des formes mettent naturellement en valeur le bois.

Construction et essences de bois
La construction associe l'acajou massif pour les parties apparentes, l'orme pour les côtés et les arrières des tiroirs, et le résineux pour les fonds et les éléments intérieurs.

Les trois tiroirs présentent des façades en acajou massif, assemblées à queues d'aronde avec leurs côtés en orme. Les arrières sont réalisés dans cette même essence, tandis que les fonds sont en résineux.

Les différents niveaux sont séparés par de véritables planchers intermédiaires, constitués de planches de résineux disposées perpendiculairement à la façade, sur lesquelles les tiroirs coulissent directement.

L'arrière de la commode est fermé par des planches verticales en résineux, assemblées et clouées.

L'emploi de l'orme mérite d'être souligné. Cette essence était notamment utilisée dans les traditions de menuiserie des régions septentrionales, en Flandre et dans le nord de la France. On la rencontre dans des sièges du XVIIIe siècle attribués aux ateliers de la région de Saint-Omer, notamment d'époque Louis XVI, ainsi que dans certaines productions mobilières des anciens Pays-Bas.

Sans constituer une preuve d'origine géographique, cette particularité présente un intérêt dans l'étude des traditions de fabrication du mobilier septentrional.

Bronzes et restauration
La commode est garnie de poignées de tirage en bronze ciselé, à décor de feuilles d'acanthe et de rinceaux feuillagés. Anciennes et de belle qualité, elles sont postérieures à la fabrication du meuble et fixées par des tiges filetées vissées depuis l'intérieur des tiroirs.

Les entrées de serrure sont également postérieures, de même que les serrures, remplacées lors d'une restauration.

Restaurée il y a plusieurs années, la commode se présente dans un très bel état. Sa finition au vernis au tampon met en valeur la couleur chaleureuse et le veinage de l'acajou.

Éléments historiques – Le commerce des bois et le mobilier de port au XVIIIe siècle
Le développement du mobilier de port au XVIIIe siècle accompagne l'essor des échanges maritimes et l'importation de bois exotiques provenant des Antilles et des territoires américains.

L'acajou, apprécié pour sa densité, sa résistance, sa couleur et ses qualités de polissage, occupe une place importante dans ces productions, où le bois massif devient un élément essentiel du décor.

Dans son ouvrage Le meuble de port, Louis Malfoy reproduit plusieurs témoignages historiques relatifs à l'exploitation et au commerce de ces essences.

Il cite notamment le père Jean-Baptiste Labat qui, dans son Nouveau Voyage aux Isles d'Amérique, évoque dès 1700 les acajous de Saint-Domingue, soulignant leur dureté, leur couleur soutenue et leur durabilité.

Au XVIIIe siècle, Nantes, Bordeaux, La Rochelle et Saint-Malo deviennent d'importants centres de réception et de redistribution des bois coloniaux. Les ports de la Manche et de la mer du Nord participent également à ces échanges, directement ou par l'intermédiaire des réseaux commerciaux européens.

Les travaux de l'historien Michel Morineau, repris par Malfoy, mettent en évidence le rôle des négociants hollandais dans le commerce des bois exotiques venus d'Amérique et leur circulation entre les ports français, les Provinces-Unies et les villes de l'intérieur.

Ces échanges, inscrits dans une économie coloniale liée notamment à la traite atlantique, favorisent le développement d'un mobilier associant des bois importés pour les parties apparentes et des essences européennes pour les constructions intérieures.

Les productions du littoral septentrional
Louis Malfoy évoque le commerce de l'acajou à Dunkerque au XVIIIe siècle, citant l'armateur Bonaventure Tresca, qui aurait rapporté cette essence des territoires américains.

Il présente également des meubles attribués aux ateliers dunkerquois, caractérisés notamment par des montants arrondis à réserves moulurées, des façades légèrement cintrées et des traverses sobrement découpées.

Ces dispositions présentent des rapprochements avec notre commode, particulièrement dans le traitement des montants et la finesse des moulurations.

Si ces similitudes ne permettent pas d'établir une origine géographique certaine, elles invitent à considérer les productions du littoral septentrional et des anciens Pays-Bas méridionaux parmi les pistes d'attribution.

Cette commode s'inscrit ainsi dans la tradition du mobilier de port du XVIIIe siècle, dont elle illustre la sobriété des formes, la qualité des bois et le soin apporté à la construction.

Bibliographie
Louis Malfoy, Le meuble de port – Les bois des « Isles », les artisans, les ports, les mobiliers… Tout un patrimoine redécouvert, Éditions de l'Amateur.
Pages 22-23, 78-79, 98-99 et 143-153.

Dimensions
Hauteur : 85 cm
Largeur : 126 cm
Profondeur : 65 cm
3 600 €

Epoque : 18ème siècle

Style : Louis XV - Transition

Etat : Bon état

Matière : Acajou

Référence (ID) : 1843408

Disponibilité : En stock

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3 grande rue
La Chapelle-sur-Oreuse 89260, France

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