Douai 1744, chocolatière,argent massif, Maximilien Joseph Savary
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Douai 1744, chocolatière,argent massif, Maximilien Joseph Savary

Artiste : Maximilien Joseph Savary

Importante chocolatière en argent massif

Maximilien-Joseph Savary – Douai, vers 1740-1751( poids 1370 grammes)

Cette importante chocolatière en argent massif fut exécutée à Douai par Maximilien-Joseph Savary, reçu maître orfèvre dans cette ville en 1740. Par ses proportions généreuses, sa construction quadripode et son couvercle muni d’un passage pour le moussoir, elle constitue un exemple particulièrement caractéristique de l’orfèvrerie douaisienne du milieu du XVIIIe siècle.

La chocolatière présente une ample panse fortement galbée, structurée par une alternance de pans et de côtes. Elle repose sur quatre pieds à enroulement godronné, disposés sous les côtes de la panse et reliés au corps par de larges attaches feuillagées. Cette construction à quatre pieds constitue l’une des particularités les plus reconnaissables des cafetières et chocolatières produites à Douai, alors que les verseuses françaises contemporaines sont très souvent tripodes.

Le bec verseur, court et puissamment modelé, est souligné de moulures et d’un décor de coquille. À l’opposé, le long manche latéral en bois noirci, destiné à isoler la main de la chaleur, est engagé dans une importante douille d’argent moulurée et cannelée.

Le couvercle reprend le mouvement des côtes de la panse et est bordé d’une importante frise de godrons. Ce décor est particulièrement représentatif de l’orfèvrerie douaisienne de la première moitié du XVIIIe siècle : Nicole Cartier souligne son emploi presque omniprésent sur les pièces et garnitures réalisées à Douai entre 1701 et 1766, notamment sur les chocolatières et cafetières de Maximilien-Joseph Savary.

Au centre du couvercle se trouve l’élément qui révèle la fonction première de l’objet : un clapet articulé découvre un orifice destiné au passage du moussoir. Cette longue tige, généralement en bois, était introduite dans la chocolatière puis rapidement roulée entre les paumes afin de mélanger le chocolat chaud et d’obtenir la mousse abondante alors recherchée.

Une forme caractéristique de Douai

L’étude de Nicole Cartier sur l’orfèvrerie douaisienne permet de replacer précisément cette chocolatière dans la production locale. La première chocolatière connue à Douai date de 1736. Entre cette date et environ 1751, ces verseuses pouvaient avoir une double fonction : l’orifice ouvert permettait d’introduire le moussoir pour préparer le chocolat ; le petit clapet refermé, la même pièce pouvait également servir de cafetière. Maximilien-Joseph Savary fut le premier orfèvre douaisien connu à produire les deux types de verseuses, avec ou sans ouverture pour le moussoir.

Cartier souligne également l’originalité des verseuses douaisiennes à côtes droites, caractérisées par leurs quatre pieds et par l’alternance de pans plats et cintrés qui structure leur corps. Cette typologie régionale, associée ici au clapet à moussoir, permet de proposer pour la présente chocolatière une datation vraisemblable vers 1740-1751.

Maximilien-Joseph Savary

Maximilien-Joseph Savary naît à Douai, paroisse Saint-Pierre, le 22 mars 1717, fils de Jean-Maximilien Savary et de Marie-Joseph Lamotte. En 1738, à l’âge de vingt-deux ans, il épouse Lucie-Joseph Lenoir, fille d’un notaire royal. Parmi les témoins du mariage figurent un avocat au Parlement de Flandres et deux orfèvres douaisiens, témoignage des liens étroits unissant alors les métiers d’art aux élites judiciaires et bourgeoises de la ville.

Reçu maître orfèvre en 1740, Savary fait alors insculper ses poinçons sur la plaque de cuivre de la corporation. Son grand poinçon associe sous la couronne royale les lettres M, I et S à une fleur de lys. Sa production est documentée pendant plus d’un quart de siècle, jusqu’aux années 1760.

Il meurt à Douai le 4 décembre 1769, âgé de cinquante-deux ans. Parmi ses nombreux enfants, Casimir-Joseph fut le seul à embrasser à son tour le métier d’orfèvre. Après le décès de Maximilien-Joseph, sa veuve maintint l’atelier familial en activité jusqu’à la réception de Casimir à la maîtrise en 1772, assurant ainsi la continuité de la maison Savary.

Douai au XVIIIe siècle

La prospérité de l’orfèvrerie douaisienne s’explique en partie par la composition très particulière de sa clientèle. Aux anciennes familles aristocratiques s’ajoutait une importante noblesse de robe, notamment depuis l’installation définitive du Parlement de Flandres à Douai en 1714. Hommes de loi, avocats, magistrats, grands marchands et maîtres de métiers formaient parallèlement une bourgeoisie prospère qui commandait volontiers de l’argenterie.

Douai était également une importante ville de garnison, accueillant environ deux mille soldats au XVIIIe siècle. Les officiers, souvent cadets de familles nobles, séjournaient parfois durant de longs mois dans la ville et constituaient eux aussi une clientèle appréciable pour les orfèvres. Des pièces d’argenterie douaisiennes portant des armoiries militaires témoignent encore de ces commandes. Noblesse parlementaire, bourgeoisie aisée et monde militaire contribuèrent ainsi à la remarquable vitalité des ateliers d’orfèvrerie de Douai.

Le chocolat au XVIIIe siècle

Introduit en Europe depuis l’Amérique espagnole, le chocolat s’impose progressivement aux XVIIe et XVIIIe siècles comme une boisson recherchée des élites européennes. Avec le café et le thé, il participe à l’apparition de nouveaux usages de table et entraîne la création de pièces d’orfèvrerie spécifiquement adaptées à sa préparation et à son service.

Le chocolat consommé au XVIIIe siècle était préparé à partir de pâte de cacao, généralement additionnée de sucre et parfois d’épices, puis délayée à chaud. Le moussoir permettait de battre vigoureusement la préparation afin de l’homogénéiser et surtout de produire la mousse alors particulièrement appréciée. L’ouverture pratiquée dans le couvercle constitue ainsi la caractéristique fonctionnelle essentielle de la chocolatière.

Par ses importantes proportions, la vigueur de ses volumes, son décor de godrons, ses quatre pieds et son ingénieux clapet à moussoir, cette chocolatière constitue un remarquable témoignage de l’orfèvrerie civile douaisienne sous le règne de Louis XV, mais également de l’évolution des usages de table et du goût pour les nouvelles boissons exotiques dans la société européenne du XVIIIe siècle.

Bibliographie : Nicole Cartier, Les Orfèvres de Douai. Dictionnaire des poinçons de l’orfèvrerie française, Cahiers du Patrimoine, no 42, Paris, Imprimerie nationale Éditions, 1995.


3 950 €

Epoque : 18ème siècle

Style : Louis XIV - Régence

Etat : Très bon état

Matière : Argent massif

Hauteur : 31 cm

Référence (ID) : 1811445

Disponibilité : En stock

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Ian Panné
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