Table à Transformations Louis XVI Attribuée à François-Antoine Canabas Dit Gengenbach.
Exceptionnelle table à fonctions combinées, faisant à la fois office de liseuse, écritoire et coiffeuse, exécutée durant le dernier quart du XVIIIᵉ siècle, dans le goût le plus raffiné du règne de Louis XVI.
De forme dite « rognon », elle est réalisée en acajou massif et placage d’acajou soigneusement sélectionné, présentant une chaude patine et un remarquable travail d’ébénisterie. Le plateau central révèle un ingénieux mécanisme à transformations : il s’ouvre en pupitre de lecture à plusieurs inclinaisons, tandis qu’un miroir basculant, conservé d’origine, permet son utilisation en table de toilette. Une tirette en façade déploie un écritoire garni d’un sous-main gainé de cuir, témoignant de la destination polyvalente de ce meuble d’agrément.
La composition est complétée par deux tiroirs latéraux mouvementés, épousant harmonieusement la ligne galbée de la ceinture et fermant chacun à clé. L’ensemble repose sur un piétement à consoles ajourées, caractéristique des productions parisiennes de qualité de la fin du XVIIIᵉ siècle, réuni par une entretoise et terminé par quatre roulettes d’origine ou d’époque. Les encadrements et moulurations sont soulignés d’une élégante ornementation de laiton doré, mettant en valeur la sobriété néoclassique de la composition.
Par son dessin, sa qualité d’exécution et la sophistication de ses mécanismes, cette table peut être rapprochée des créations de François-Antoine Canabas, dit Gengenbach (1735-1803), reçu maître ébéniste le 24 mars 1779. Une comparaison particulièrement pertinente peut être établie avec un modèle reproduit page 144 du Dictionnaire des ébénistes et menuisiers du XVIIIᵉ siècle, dont elle partage la conception générale, la forme et plusieurs caractéristiques structurelles.
Le meuble présente d’anciennes restaurations d’usage respectueuses de son authenticité et se trouve aujourd’hui dans un très bel état général de conservation. Plusieurs documents d’accompagnement ainsi qu’un certificat d’authenticité complètent cet ensemble.
Provenance : château des Deux-Sèvres.
Dimensions : Hauteur : 76 cm. Largeur : 108 cm. Profondeur : 41 cm
Cette rare table à transformations illustre parfaitement la recherche de fonctionnalité et d’élégance qui caractérise le mobilier parisien de la fin du XVIIIᵉ siècle. Son caractère multifonctionnel, allié à la qualité de sa facture et à son rapprochement convaincant avec l’œuvre de François-Antoine Canabas, en fait une pièce particulièrement recherchée par les collectionneurs de mobilier Louis XVI.
François-Antoine Canabas dit Gengenbach : héritier d’une dynastie d’ébénistes du Faubourg Saint-Antoine. La figure de François-Antoine Gengenbach, dit Canabas, s’inscrit dans la continuité d’une importante lignée d’ébénistes parisiens du XVIIIᵉ siècle. Reçu maître ébéniste le 24 mars 1779, il appartient à l’atelier familial fondé par son oncle, le célèbre Joseph Gengenbach dit Canabas (1715-1797), l’un des artisans les plus inventifs du mobilier parisien sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI.
Contrairement à Joseph Canabas, dont la carrière est abondamment documentée, François-Antoine demeure aujourd’hui relativement méconnu. Les archives et les études consacrées au mobilier du XVIIIᵉ siècle montrent toutefois qu’il fut formé au sein de l’atelier familial du Faubourg Saint-Antoine, centre névralgique de l’ébénisterie parisienne. Son apprentissage s’effectua dans un environnement particulièrement favorable, marqué par la maîtrise technique, l’innovation mécanique et la recherche constante d’élégance fonctionnelle qui caractérisaient la production des Canabas.
Après son accession à la maîtrise en 1779, François-Antoine poursuivit la tradition de l’atelier en développant une production essentiellement tournée vers les petits meubles de luxe en acajou, destinés à une clientèle aristocratique et bourgeoise sensible aux nouveautés et au confort domestique.
L’héritage de Joseph Canabas.Pour comprendre l’œuvre de François-Antoine, il convient d’évoquer celle de son oncle Joseph Gengenbach dit Canabas. Originaire d’une famille probablement établie entre l’Alsace et le pays de Bade, Joseph s’installe à Paris dans les années 1740 et travaille pour des marchands-merciers et ébénistes prestigieux tels que Pierre Migeon ou Jean-François Oeben avant d’obtenir sa maîtrise en 1766.
Son œuvre se distingue par plusieurs caractéristiques essentielles : l’usage privilégié de l’acajou massif ou plaqué, alors considéré comme un matériau moderne et raffiné ; une ornementation volontairement sobre, privilégiant la qualité du bois plutôt que l’abondance de bronzes ; une remarquable précision d’exécution ; la création de meubles ingénieux répondant à de nouveaux usages domestiques.
Canabas fut notamment l’un des pionniers du mobilier à transformations : tables liseuses, pupitres à musique, serviteurs muets, rafraîchissoirs, guéridons mobiles ou encore meubles destinés à être utilisés sans l’assistance permanente de domestiques. Cette conception moderne du mobilier influença durablement la production parisienne de la fin du XVIIIᵉ siècle.
L’œuvre de François-Antoine : continuité et spécialisation.François-Antoine Canabas semble avoir repris cette orientation avec une fidélité remarquable. Les rares meubles aujourd’hui identifiés sous son nom témoignent d’une prédilection pour les tables mécaniques, liseuses, meubles de travail et pièces à transformations multiples. Comme chez Joseph, l’acajou constitue le matériau dominant, mis en valeur par des lignes d’une grande pureté héritées du néoclassicisme Louis XVI.
Son œuvre apparaît ainsi comme le prolongement direct de la tradition Canabas : une ébénisterie où la virtuosité technique demeure discrète, dissimulée derrière une apparente simplicité formelle. Les mécanismes, souvent complexes, sont intégrés avec une grande intelligence à des compositions d’une élégance mesurée.
Les spécialistes considèrent aujourd’hui que plusieurs meubles attribués historiquement à Joseph Canabas pourraient en réalité relever de la production de François-Antoine, tant leurs styles respectifs sont proches. Cette proximité explique les difficultés d’attribution rencontrées dans les études anciennes.
La table à transformations dans l’œuvre de François-Antoine Canabas.La table présentée constitue un témoignage particulièrement représentatif de cette production. Son architecture associe plusieurs fonctions, liseuse, écritoire et coiffeuse, dans un meuble unique, conformément à la recherche de polyvalence qui caractérise les créations de l’atelier Canabas.
La forme « rognon », le choix de l’acajou, l’extrême sobriété des ornements, les mécanismes intégrés, ainsi que le recours à un miroir escamotable et à un pupitre inclinable, correspondent pleinement aux préoccupations esthétiques et techniques développées dans l’entourage de François-Antoine Canabas durant les années 1780-1790.
La parenté avec le modèle reproduit dans le Dictionnaire des ébénistes et menuisiers du XVIIIᵉ siècle ainsi qu’avec la célèbre table liseuse conservée dans les collections du musée des Arts décoratifs renforce la pertinence de cette attribution.
ConclusionFrançois-Antoine Canabas dit Gengenbach apparaît aujourd’hui comme l’un des représentants les plus intéressants de la seconde génération des ébénistes du Faubourg Saint-Antoine. Héritier direct de l’esthétique et du savoir-faire développés par Joseph Canabas, il contribua à perpétuer une tradition d’ébénisterie fondée sur l’élégance fonctionnelle, la perfection d’exécution et l’innovation discrète.
Bien que sa production demeure encore insuffisamment étudiée, les meubles qui lui sont attribués révèlent un artisan de tout premier ordre, parfaitement intégré aux évolutions du goût sous Louis XVI et particulièrement remarquable dans l’art complexe du mobilier à transformations.
Epoque : 18ème siècle
Style : Louis XVI - Directoire
Etat : Très bon état
Matière : Acajou
Largeur : 108
Hauteur : 76
Profondeur : 41
Référence (ID) : 1770443
Disponibilité : En stock





























