Edith Elizabeth Pijpers (1886–1963) Les harengs saursLes harengs saurs - Huile sur toile, signée - 52 × 46 cm - École hollandaise, XXᵉ siècle
Cette nature morte s’inscrit dans la tradition séculaire de la peinture hollandaise, où la représentation du poisson et plus particulièrement du hareng, occupe une place emblématique depuis le XVIIᵉ siècle. Aliment fondamental de l’économie et de l’alimentation néerlandaises, le hareng constitue un motif à la fois identitaire et culturel, que Edith Elizabeth Pijpers réinterprète ici selon une sensibilité résolument moderne.
La composition présente des harengs saurs disposés sur un plan de table recouvert d’étoffes, accompagnés d’un pichet en terre cuite. Le cadrage resserré et la construction stable de l’espace privilégient une lecture intime et silencieuse de la scène. Le traitement pictural, caractérisé par une touche apparente et une matière dense, met l’accent sur les qualités tactiles des objets représentés : la rugosité des peaux de poisson, la rigidité induite par la fumaison, la surface mate et irrégulière du grès, ainsi que les plis amples et souples des textiles.
Sur le plan iconographique, le choix des harengs saurs renvoie à une tradition ancienne tout en s’en détachant de ses connotations moralisantes. Là où la nature morte du Siècle d’or pouvait suggérer la vanité de l’existence ou la frugalité chrétienne, Pijpers privilégie une approche dépouillée, centrée sur la présence matérielle et plastique du sujet. Le procédé de conservation du poisson, par le sel et la fumée, introduit néanmoins une dimension symbolique subtile : celle de la transformation et de la permanence, établissant un dialogue entre la nature vivante et l’intervention humaine.
Le pichet en terre cuite, objet domestique par excellence, participe à cette lecture. Il évoque l’univers de la subsistance quotidienne, la simplicité et la continuité des gestes ordinaires. Par sa fonction de contenant, il renforce symboliquement les thèmes de la réserve et de la durée. Les étoffes, quant à elles, jouent un rôle structurant tant sur le plan formel que symbolique : elles organisent l’espace pictural tout en instaurant une médiation visuelle et sensible entre les objets et le regardeur, contribuant à l’atmosphère d’intimité qui se dégage de l’ensemble.
L’absence de toute figure humaine accentue le caractère contemplatif de l’œuvre. Le spectateur est invité à une lecture lente et attentive, fondée sur l’observation des rapports de formes, de textures et de couleurs plutôt que sur une narration explicite. Cette économie de signes, caractéristique de la nature morte moderne du premier XXᵉ siècle, traduit une volonté de conférer à l’objet ordinaire une valeur méditative, faisant de la matière picturale le lieu d’une réflexion silencieuse sur le temps, la mémoire et la permanence du quotidien.
Née en 1886, Edith Elizabeth Pijpers fut peintre et graphiste. Elle suivit pendant cinq années l’enseignement de la Tekenacademie de La Haye, où elle fut élève de Hendrik Jan Wolter. Son parcours artistique se déploya entre Laren, La Haye, Amsterdam, Gorssel et Amersfoort, autant de centres culturels qui nourrirent sa sensibilité. Active dans les domaines de la peinture, du dessin, de la gravure et de la lithographie, elle aborda des thématiques variées telles que le portrait, la nature morte, le paysage urbain et le paysage.
Membre de l’Association des artistes d’Amersfoort et du groupe des Indépendants d’Amsterdam, Edith Elizabeth Pijpers joua un rôle reconnu au sein des milieux artistiques néerlandais de son temps. Elle exerça également une activité d’enseignement, formant notamment D. van den Bosch et M. M. Nijburg. L’œuvre est conservée en bel état général et constitue un témoignage représentatif de la maturité stylistique de l’artiste, conjuguant héritage de la tradition hollandaise et écriture picturale moderne.






























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