Litterini, attribué à – Judith tenant la tête d’Holopherne École vénitienne, début XVIIIe
JUDITH AVEC LA TÊTE D’HOLOPHERNE
BARTOLOMEO LITTERINI
Venise, 1669 – 1748, Venise
Huile sur toile
107 × 77 cm / 42,1 × 30,3 in, sans cadre
PROVENANCE : collection particulière, Bergame
L’histoire de Judith occupe une place privilégiée dans la peinture vénitienne et nord-italienne des XVIIe et du début du XVIIIe siècle, offrant aux artistes l’occasion de réunir au sein d’une même image le drame théâtral, la vertu morale et l’élégance aristocratique. Alors que les interprétations antérieures insistaient volontiers sur la brutalité du récit et la justice divine, les représentations plus tardives tendent à transformer Judith en une héroïne raffinée et chargée d’émotion, à la frontière du sacré et de la sophistication mondaine.
La présente composition semble s’inscrire étroitement dans cette tradition vénitienne tardive et peut être attribuée avec prudence à Bartolomeo Litterini (1669–1748), l’un des peintres les plus singuliers — bien que relativement peu étudiés — actifs à Venise durant la période du Baroque tardif.
Fils et élève du peintre Agostino Litterini, Bartolomeo hérita de l’atelier paternel et travailla d’abord dans un langage artistique façonné par les modèles hérités et les commandes ecclésiastiques. Toutefois, au cours des premières décennies du XVIIIe siècle, son style évolua vers une expression plus lyrique et narrative, probablement nourrie par le vocabulaire artistique de Gregorio Lazzarini, Sebastiano Ricci et Antonio Balestra. La peinture religieuse demeura au cœur de son activité, bien que certaines compositions profanes révèlent une sensibilité particulière au geste théâtral et à un raffinement décoratif subtil.
Dans cette Judith tenant la tête d’Holopherne, l’héroïne n’apparaît plus uniquement comme le sévère instrument de la vengeance divine. Judith acquiert au contraire une présence indéniablement aristocratique, presque portraiturée. Ses traits délicatement individualisés, l’élégance de ses draperies et la mise en scène soigneusement orchestrée de son geste transforment le récit biblique en une image psychologiquement plus nuancée et visuellement plus sophistiquée. L’événement dramatique devient inséparable du langage même de l’élégance vénitienne.
L’un des aspects les plus remarquables de cette œuvre réside dans l’équilibre qu’elle établit entre théâtralité et retenue — une qualité fréquemment rencontrée dans la peinture religieuse vénitienne du début du XVIIIe siècle. Judith n’y apparaît pas seulement comme une héroïne biblique triomphante, mais comme la protagoniste d’une scène émotionnellement orchestrée, où le geste, le costume et l’expression revêtent une importance égale à celle du récit lui-même.
Compte tenu du fait que le tableau provient d’une collection particulière de Bergame, il est tentant d’envisager une datation postérieure à circa 1715, période durant laquelle Bartolomeo Litterini travailla dans la région bergamasque en lien avec le sculpteur Andrea Fantoni, réalisant de nombreuses peintures destinées aux églises du territoire environnant. Bien qu’une telle hypothèse doive demeurer prudente, la provenance géographique de cette œuvre rend cette possibilité particulièrement séduisante.
L’auteur souhaite exprimer sa sincère gratitude à Alberto Crispo et Enrico Guzzo pour leur généreuse aide dans l’attribution de cette peinture et dans l’identification de son auteur.
Epoque : 17ème siècle
Style : Haute époque-Renaissance-Louis XIII
Etat : Bon état
Matière : Huile sur toile
Longueur : 77 cm
Hauteur : 107 cm
Référence (ID) : 1761305
Disponibilité : En stock
































