Paris, époque Directoire / Consulat (vers 1795–1805)
Acajou massif
Jean-Baptiste Demay est reçu maître menuisier à Paris en 1784. Il exerce à la charnière de l’Ancien Régime et de la Révolution, période déterminante dans l’évolution du goût mobilier français. Son activité se poursuit sous le Directoire et le Consulat, moments où l’esthétique néoclassique s’affirme avec sobriété et rigueur.
Demay appartient à cette génération d’artisans parisiens qui abandonne progressivement les courbes rocaille du Louis XV au profit d’une ligne épurée héritée de l’Antiquité redécouverte. Son travail se distingue par :
une grande maîtrise des proportions,
l’usage fréquent de l’acajou,
une ornementation sculptée discrète mais savamment équilibrée,
une qualité d’exécution soignée dans les assemblages et le tournage.
Ses sièges, particulièrement appréciés, répondent aux nouveaux usages sociaux de la fin du XVIIIe siècle : salons de réception, cabinets de jeu, cercles privés. L’estampille J.B. Demay atteste de sa production parisienne réglementée par la jurande des menuisiers-ébénistes.Cette somptueuse chaise ponteuse, dite également chaise de joueur ou chaise de voyeur, illustre parfaitement l’évolution du mobilier vers le néoclassicisme austère du Directoire.
Destinée aux salons de jeu très en vogue à la fin du XVIIIe siècle, elle présente une typologie singulière : l’utilisateur s’y installe à califourchon, les bras reposant sur le dossier renversé et capitonné, afin d’observer ou de participer aux parties de cartes.
La structure en acajou massif révèle une construction d’une grande pureté :
Piétement fuselé tourné, d’une élégance sobre.
Ceinture circulaire parfaitement proportionnée.
Dossier rectangulaire architecturé, encadrant un panneau ajouré sculpté.
Le motif central, finement exécuté, représente un vase d’où s’épanouit une palmette stylisée en éventail — vocabulaire ornemental directement inspiré de l’Antiquité grecque et romaine. Cette composition, à la fois rigoureuse et décorative, traduit l’influence du goût « à l’antique » qui domine sous le Directoire.
L’assise circulaire et le plateau supérieur du dossier sont garnis d’un tissu à décor végétal, souligné d’un galon, respectant l’esprit décoratif de la période sans altérer la lecture architecturale de la pièce.
L’ensemble se distingue par :
l’équilibre des volumes,
la qualité du tournage,
la précision de la sculpture,
la noblesse de l’acajou.
Cette chaise incarne l’élégance intellectuelle et sociale des salons parisiens post-révolutionnaires, où le mobilier devient plus structuré, plus géométrique, tout en conservant une sophistication discrète.
Importance patrimonialeLes chaises ponteuses estampillées sont relativement rares sur le marché, particulièrement lorsqu’elles portent une estampille de maître parisien actif à cette période charnière.
Cette pièce témoigne :
de l’évolution des usages sociaux du mobilier,
du passage stylistique entre Louis XVI et Empire,
du savoir-faire des ateliers parisiens à la fin du XVIIIe siècle.
État : Très bon état général, belle patine.manque un mascaron photo n 4 et une restauration ancienne sous la taverse arriere .
































Le Magazine de PROANTIC
TRÉSORS Magazine
Rivista Artiquariato