Artiste : cercle de Cornelis De Baellieur I (1607–1671)
Titre : Iconographie autour de Sainte Begge
Technique : Huile sur toile
Dimensions : 104 × 105 cm ; avec cadre 121 × 122 cm
Style : Baroque flamand
Signature : Non signé
État de conservation : Toile doublée ; anciennes restaurations visibles sous UV
Particularités : Iconographie vraisemblablement dévotionnelle et didactique liée à Sainte Begge et à la spiritualité béguinale ; rattachement à un béguinage précis non établi à ce jour
IntroductionCette grande composition presque carrée constitue un exemple particulièrement abouti de peinture religieuse des Pays-Bas méridionaux dans la tradition baroque. L’œuvre articule, dans un même espace narratif, la dévotion au lit de mort, l’intercession des saints, la théologie du purgatoire et la promesse du salut céleste. Par son langage formel et son programme iconographique, elle s’inscrit de manière convaincante dans le cercle de Cornelis De Baellieur I, maître anversois actif au XVIIe siècle.
L’artiste et son contexteCornelis De Baellieur I (Anvers, 1607–1671) appartient au milieu pictural anversois du Siècle d’or flamand. Reçu maître à la guilde de Saint-Luc en 1626, il est associé à une production religieuse et à des compositions minutieuses à destination d’une clientèle cultivée.
Dans le cas présent, la qualification « cercle de » est méthodologiquement la plus juste : l’œuvre présente de nettes affinités avec ce milieu, mais l’absence de signature et de provenance continue interdit une attribution autographe définitive.
Sujet et interprétation iconographiqueLa scène se déploie comme une vision de fin de vie : au centre, une religieuse alitée en habit blanc traverse le seuil entre monde terrestre et rédemption. Autour d’elle, des figures médiatrices — ange et saints — accompagnent le passage de l’âme, tandis que la partie supérieure s’ouvre sur la sphère céleste, avec le Christ et les signes du jugement miséricordieux.
La zone inférieure, où apparaissent des âmes dans les flammes, renvoie explicitement au purgatoire. Ce registre n’est pas traité comme une simple image punitive : il visualise surtout l’efficacité de l’intercession, de la prière et de l’espérance du salut. L’axe vertical, du purgatoire vers la gloire céleste, structure toute la lecture théologique de l’œuvre.
Le groupe à droite — Begge, Barbe, Anne, Joachim et Joseph — confère à la composition une dimension spirituelle et généalogique précise. La présence de Sainte Begge renforce l’hypothèse d’un usage dans un contexte béguinal, comme image d’édification, de méditation et d’exemplarité religieuse. L’idée d’un possible cadre de promotion cultuelle demeure recevable, mais doit être conservée au rang d’hypothèse prudente en l’absence de preuves documentaires décisives.
CompositionL’ordonnance du tableau repose sur trois registres clairement différenciés :
Registre terrestre : lit de mort, témoins, expérience humaine de la finitude.
Registre médian : médiation angélique et intercession des saints.
Registre céleste : accomplissement du salut et légitimation spirituelle.
Cette stratification rend l’image immédiatement lisible, tout en maintenant une forte densité symbolique. Le spectateur suit un parcours ascensionnel : souffrance, prière, purification, espérance.
Technique picturale et exécutionRéalisée en huile sur toile, l’œuvre associe une matière relativement lissée dans les visages et les mains à un traitement plus atmosphérique dans les fonds sombres et les nuées. On relève :
une mise en lumière ciblée des visages et des gestes, pour hiérarchiser le récit ;
des contrastes chromatiques efficaces (blanc, rouge, bleu, accents dorés) au service de la lecture iconographique ;
un fond assombri qui projette les figures au premier plan et intensifie la dimension visionnaire.
Le format monumental et presque carré renforce la présence du tableau et sa vocation dévotionnelle.
Place stylistique dans l’histoire de l’artL’œuvre relève pleinement du baroque flamand, avec un accent particulier sur la clarté narrative, l’efficacité dévotionnelle et la persuasion affective. Plutôt qu’un spectaculaire excessif, elle privilégie une rhétorique religieuse structurée, intelligible et profondément pédagogique.
Artistes comparables : Frans Francken II, David Teniers II, Erasmus Quellinus II, Johann König, Carlo Saraceni.
État de conservationLa toile a été doublée, intervention ancienne visant la stabilisation du support. L’examen sous UV révèle des retouches et restaurations antérieures, ce qui est fréquent pour une œuvre de cette période et témoigne de son histoire matérielle. Malgré ces interventions, les éléments iconographiques majeurs — figures principales, vision céleste, registre du purgatoire — conservent une lisibilité et une force de présence remarquables.
ConclusionCette peinture se distingue par la cohérence de son programme spirituel, la maîtrise de sa construction narrative et la qualité de son langage baroque flamand. L’iconographie centrée sur Sainte Begge, la dramaturgie du passage de la mort au salut et la proximité stylistique avec le milieu anversois du XVIIe siècle en font une œuvre de premier intérêt pour les collectionneurs de peinture religieuse ancienne.
Dans l’état actuel des connaissances, l’attribution au cercle de Cornelis De Baellieur I demeure la formulation la plus précise, la plus honnête et la plus convaincante.





























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