Claude-Joseph Vernet (1714–1789) et sonatelier, vers 1745/55. Les pêcheurs florentins.
Toile rentoilée de 62 cm par 51.5 cm.
Cadre de 76 cm par 65 cm.
L’œuvre originale de Vernet « les pêcheurs florentins »connue par la gravure d’Anne Philiberte Coulet (1736-1775), a aujourd’huidisparu.
Nous ignorions jusqu’à ce jour s’il existait des versions d’atelier. Notre tableau est donc une très belle découverte.
Nos recherches et notre analyse nous ont mené à une version d’atelier avec une participation probable du maître dans la conception générale et certains passages essentiels. En effet, la qualité d’exécution des figures, particulièrementsensible dans le modelé des corps, le rendu des mains et des drapés, ainsi quele traitement atmosphérique du ciel et de l’eau sans oublier le sens inversed’exécution, excluent complètement l’hypothèse d’une copie d’après gravure. La composition se déploie de manière fluide etcohérente, sans rigidité graphique ni dépendance manifeste au modèle imprimé.Les masses rocheuses sont construites par plans successifs et jeux de valeurs,selon un vocabulaire pictural caractéristique de Vernet et de son entourageimmédiat durant ses années italiennes.
La scène représente un paysage côtier animé par ungroupe de pêcheurs, dominé par une imposante arche rocheuse qui structure lacomposition. Cette masse minérale, traitée par larges plans et subtilesvariations de tons, confère au tableau une forte présence visuelle tout enlaissant respirer l’ensemble. Le paysage n’est pas un simple décor : ilconstitue l’ossature même de la scène.Au premier plan, les figures de pêcheurs sontdisposées avec naturel et équilibre. Leurs attitudes, variées et crédibles,traduisent une observation attentive du quotidien. Le modelé des corps, laqualité des drapés et le soin apporté aux gestes, notamment dans le traitementdes mains, témoignent d’une exécution soignée. La figure allongée vêtue derouge introduit un accent de couleur qui anime la composition et guide leregard.La mer est rendue avec finesse, par de délicatspassages de tons bleutés et verdâtres, animés de reflets discrets. Elles’intègre harmonieusement au paysage et participe à la profondeur de la scène.Le lointain, légèrement embrumé, et le ciel clair contribuent à une atmosphèrepaisible, typique des paysages italiens du XVIIIᵉsiècle.L’ensemble dégage une impression de calme etd’équilibre, où l’activité humaine s’inscrit naturellement dans le cadregrandiose du paysage.
Joseph Vernet (1714-1789)
Claude Joseph Vernet s'est formé dans le Sud-Ouest de la France. Il a pourmaîtres Louis René Vialy, Philippe Sauvan puis Adrien Manglard. En 1734, Vernetpart pour Rome pour y étudier le travail des paysagistes et peintres de marinescomme Le Lorrain, dont on retrouve le style et les sujets dans ses toiles. Ilseconstitue un solide réseau international à l'occasion de ce voyage, et par lasuite à Paris via les salons, l'Académie royale et les loges maçonniques. Lessociabilités cosmopolites que ce réseau suscite lui permettent de déployer sestalents de société pour lancer, délibérément comme le montre son livre deraison, la mode des marines à travers l'Europe, notamment en exploitanthabilement le retentissement produit par la plus grande commande royale depeintures du règne de Louis XV : celle, en 1753, de vingt tableaux des ports deFrance. Le Roi lui commande vingt-quatre tableaux de ports de France pourinformer de la vie dans les ports ; seuls quinze tableaux seront réalisés, de 1753à 1765 (Marseille, Bandol, Toulon, Antibes, Sète, Bordeaux, Bayonne, LaRochelle, Rochefort et Dieppe) ; certains ports sont représentés plusieursfois. On avait demandé à Vernet de représenter sur chaque tableau, au premierplan, les activités spécifiques à la région. Ces peintures sont donc devéritables témoignages de la vie dans les ports il y a 250 ans, et font de luil'un des plus grands peintres de la marine. Ils lui vaudront unereconnaissance, de son vivant, par la plupart des nobles les plus attachés à lamarine - ainsi, le marquis de Laborde. Dès lors, Vernet peut vendreavantageusement ses marines, « au poids de l'or »si l'on en croit Pierre-JeanMariette. De fait, la liste de ses commanditaires est aussi variée etinternationale que prestigieuse ; elle comprend, entre autres figures célèbres,Catherine II de Russie. Admirateur de Poussin et du Lorrain dont il reprend leseffets de marines au soleil couchant déclinées également au clair de lune,Vernet parvint néanmoins à créer, à force de travail, son propre style. Ilreprésente en général la nature en accordant beaucoup de place au ciel ; ilsait aussi animer chaque lieu par des personnages et des scènes de la viequotidienne. Son fils Carle Vernet, son petit-fils Horace Vernet et sonarrière-petit-fils Émile Vernet-Lecomte furent également peintres. Un peintreanglais, Gabriel Mathias, fut un courtier de Joseph Vernet pour laGrande-Bretagne.




































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