Théâtre du pouvoir

Pour sa troisième saison, l’exposition de la Petite Galerie montre le lien qui unit l’art et le pouvoir politique. Gouverner, c’est se mettre en scène pour asseoir son autorité, sa légitimité et son prestige. L’art, au service des commanditaires mécènes, devient alors instrument de propagande. Les figures du prince inspirent les héros tragiques du théâtre classique, qui lui oppose des symboles de contre-pouvoir.
De l’Antiquité à nos jours, une quarantaine d’oeuvres des collections du musée du Louvre, du Musée national du château de Pau, du Château de Versailles et du musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris illustrent l’évolution des codes de représentation du pouvoir politique.
Pendentif au nom du roi Osorkon II : la famille du dieu Osiris
874-850 av. J.C, 22e dynastie, or, lapis-lazuli et verre rouge. Paris, musée du Louvre © musée du Louvre, dist. RMN-GP / Christian Décamps
L’exposition se déploie sur quatre salles :
  • « Les figures du prince » : dans la première salle sont présentées les fonctions du roi (roi-prêtre ; roi-bâtisseur ; roi de guerre protecteur) qui permettent d’évoquer les différentes techniques artistiques. On y trouve notamment Louis XIII de Philippe de Champaigne, le Retable de la crucifixion, émail de Léonard Limousin et la Triade d’Osorkon II ;
  • La deuxième salle, intitulée « Persuader pour légitimer le pouvoir » s’attarde sur la figure emblématique d’Henri IV, à la fois roi en quête de légitimité puis modèle pour les héritiers des Bourbons, de Louis XVI à la Restauration (sculptures de Barthélémy Prieur et de François-Joseph Bosio, peintures de Pourbus le Jeune, d’Ingres, …) ;
  • « Le modèle antique » occupe la troisième salle, autour du thème de la statue équestre, dont le Louvre possède notamment plusieurs exemples remarquables (feuillet de l’Ivoire Barberini, bronze de Charles le Chauve, Louis XIV par François Girardon)
  • La dernière salle présente « Les insignes du pouvoir » : de majestueux portraits de monarques y sont exposés (Louis XVI par Callet, Napoléon 1er par Gérard, Louis Philippe par Winterhalter), à proximité des régalia, objets du sacre des rois de France. La dernière partie met enfin en lumière les ruptures historiques et iconographiques nées avec la Révolution française.

« La Petite Galerie a pour ambition de donner aux visiteurs des clés d’observation et d’explication des oeuvres, pour faire de la visite au musée un moment de plaisir et de découverte », dit Jean-Luc Martinez, président-directeur du musée du Louvre. Des cartels pédagogiques et des feuilletoirs numériques incitent le visiteur à observer des détails et apportent de précieux éléments de contexte.

« Epée du sacre dite de « Charlemagne » ou « Joyeuse », pommeau: 10e – 11e siècle (?), quillon : 12e siècle, or et acier. Paris, musée du Louvre © musée du Louvre, dist. RMN- Grand Palais, Philippe Fuzeau

PARCOURS DE L’EXPOSITION

Introduction

L’art et le pouvoir politique entretiennent des relations riches et complexes. Dès l’Antiquité, le prince se met en scène afin de se faire connaitre et reconnaitre; par la commande royale, il stimule la création artistique. Les artistes contribuent ainsi à construire des figures du prince – bâtisseur, législateur, guerrier – qui inspirent les héros tragiques du théâtre classique, qui lui oppose des figures de contre-pouvoir. Le théâtre est donc naturellement l’art invité pour la riche programmation de l’auditorium et dans les salles du musée qui accompagne cette nouvelle saison de la Petite Galerie. À travers une quarantaine d’œuvres, issues pour l’essentiel des collections du Louvre, l’exposition « Théâtre du pouvoir » analyse et apprend à regarder et à comprendre les représentations du pouvoir. Elle se poursuit à travers des parcours dans les salles pour une véritable redécouverte des collections du musée du Louvre.

Antoine-François Callet, Louis XVI, 1779, huile sur toile. Musée du château de Versailles © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais, Christophe Fouin

SALLE 1 – Les figures du prince

Un pouvoir central apparait, au cours du 4ème millénaire avant J.-C., en Mésopotamie et en Egypte. Dominant une cité -Etat ou un royaume, le prince multiplie ses images pour se faire connaître et reconnaître. C’est ainsi que le prince se montre en « roi bâtisseur » ou « architecte », en intermédiaire entre le monde des hommes et le monde divin en « roi divinisé » lorsqu’il est associé et confondu avec la divinité et en « roi guerrier ». Rome développe le portrait « in formadeorum » montrant l’empereur, son épouse puis, à leur imitation, de simples particuliers, en figures mythologiques.
Les artistes de l’Europe chrétienne adaptent ce modèle antique au christianisme et figurent le prince sous les traits du roi pieux, protecteur de l’Eglise, dont l’exemplarité peut mener jusqu’à la sainteté. L’Europe des Temps Modernes (16ème au 18ème siècle) met en scène « le roi de guerre » assurant ainsi paix et prospérité à ses sujets.
Les artistes ont utilisé tous les matériaux et toutes les techniques pour incarner et rendre présent, par la seule force de l’image, le corps physique du roi absent.

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Henri IV recevant l’ambassadeur d’Espagne, 1817, huile sur toile. Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la ville de Paris © RMN- Grand Palais, Agence Bulloz

SALLE 2 – Persuader pour légitimer

Henri IV, devenu roi de France en 1589 à la faveur de l’assassinat d’Henri III, dernier Valois sans descendance masculine, doit persuader ses sujets de sa légitimité à gouverner alors que le royaume est déchiré par les guerres de religion (1562-1598) qui opposent protestants et catholiques. Il entreprend la pacification du royaume. Pour se faire accepter, il renonce à sa foi protestante. Il devient pleinement roi par le sacre, en 1594.
Tout au long de son règne (1589-1610), Henri IV développe une véritable politique de l’image, multipliant les supports de diffusion. Il se montre tour à tour guerrier, héros, divinité antique ou bon père de famille avec son héritier, le futur Louis XIII, affirmant ainsi la naissance d’une nouvelle dynastie : celle des Bourbons. La figure « du bon roi Henri », tolérant, magnanime et rassembleur, est exploitée dès la fin du 18ème siècle par Louis XVI puis sous la Restauration (1815-1830), lors du retour des Bourbons sur le trône après la période révolutionnaire et l’Empire napoléonien (1789-1815).

Bustes des 12 césars, Italie, 18e siècle, Paris, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) Jean-Gilles Berizzi

SALLE 3 – Le modèle antique: du bon prince à la statue équestre

Avec la Renaissance, le modèle antique du bon et du mauvais empereur tiré de la Vie des douze Césars de Suétone, historien et biographe du 2ème siècle après J.-C., devient la référence pour l’éducation de tout « prince » européen, qui y apprend les dangers que la démesure et l’excès de pouvoir font courir à la stabilité de l’Etat. Ce succès pourrait expliquer les programmes décoratifs de certains palais dans lesquels portraits peints et bustes d’empereurs jalonnent de longues galeries comme autant d’exemples à imiter ou au contraire à rejeter.
Si la littérature est une source d’inspiration pour bien gouverner, le prestige accordé à l’Antiquité et la grandeur qui se rattache à l’Empire romain trouvent leur accomplissement dans la reprise par le « prince » de la statue équestre alors attribuée à Constantin, premier empereur chrétien (313-337), dont l’original, connu de tous, est installé dans un premier temps à Rome devant la basilique Saint-Jean-de-Latran puis avec les travaux réalisés par Michel-Ange, au 16ème siècle, sur la place du Capitole.

Justinien, empereur byzantin (527-565), Charlemagne, empereur d’Occident (800-814), Louis XIV, roi de France (1643-1715), sont autant d’exemples qui montrent l’inscription dans la durée et dans l’espace du modèle antique et l’attachement à la figure de l’imperator victorieux de ses ennemis.

François Gérard, L’empereur Napoléon Ier en costume de sacre, 1805, huile sur toile, Paris, musée du Louvre © RMN-GP (musée du Louvre) Thierry Ollivier

SALLE 4 – Insignes du pouvoir

« Le roi se meurt. Vive le roi ». Le corps physique du souverain n’est plus mais son corps politique, celui qui représente l’État, est investi par son successeur. Mais le roi de France, roi très chrétien, considéré comme l’intermédiaire entre Dieu et ses sujets , doit être sacré par l’Église catholique pour être pleinement reconnu roi. Au cours de la cérémonie du sacre, il reçoit les insignes de la monarchie : les régalia.
Ces objets sont renouvelés, parfois égarés, la plupart détruits lors de la Révolution, restaurés, pour ceux qui ont été épargnés, sous l’Empire. Ils deviennent, dans les œuvres des peintres de la cour, le miroir des changements politiques de la France au cours du 19ème siècle. Ils participent à la codification du portrait royal officiel dont le modèle est le Louis XIV de Hyacinthe Rigaud (musée du Louvre). Représentation en majesté qui n’est pas sans rappeler, à certains égards, les portraits présidentiels de la République, entre continuité et rupture.

SALLE 4 – Figures de liberté

En 1789, la Révolution française met fin à la société d’Ancien Régime reposant sur la monarchie absolue de droit divin et une société hiérarchisée et inégalitaire. Le pouvoir passe de l’Un, le roi, au multiple, le « peuple-citoyen » qui forme la Nation française. Les révolutionnaires cherchent alors de nouveaux symboles visuels en rupture avec la tradition. En créant les fêtes révolutionnaires, comme la fête de la Fédération le 14 juillet 1790 ou celle de l’Etre suprême en 1794, ils rassemblent le peuple autour des nouvelles valeurs de liberté et d’égalité. Ils puisent dans le répertoire de l’Antiquité par goût de l’histoire ancienne, modèle à imiter dès le milieu du 18ème siècle. Le nouveau pouvoir s’inspire de la figure féminine de la déesse Athéna, protectrice de la cité d’Athènes, pour incarner la Liberté, la République, la Nation, la France. Autant de termes abstraits qui finissent par se confondre et dont les représentations sont adaptées par les artistes au gré des secousses de l’histoire politique du 19ème siècle, avant que la République ne s’impose à la fin de ce siècle.

En savoir plus:

Du 27 septembre 2017 au 2 juillet 2018

Lieu :
Petite Galerie , aile Richelieu

http://petitegalerie.louvre.fr