Louis-Philippe et Versailles

Pour la première fois, le château de Versailles consacre une exposition d’ampleur à Louis-Philippe qui transforma l’ancienne résidence royale en musée dédié « à toutes les gloires de la France ». L’exposition permet de rappeler ce moment décisif pour Versailles qui connaîtra, dès lors, une nouvelle vie. Elle insiste également sur l’implication directe du roi dans ce projet, sur son goût pour l’histoire et sur sa volonté de mettre en scène l’histoire nationale.
À cette occasion 32 pièces de ce musée du XIXe siècle, habituellement peu accessibles au public, seront exceptionnellement ouvertes, soit 4656 m2 supplémentaires à parcourir pour découvrir l’un des visages méconnus du château de Versailles.

Le roi Louis-Philippe et ses fils sortant par la grille d’honneur du château de Versailles
après avoir passé une revue militaire dans les cours, 10 juin 1837, Horace Vernet, 1846,
Musée des châteaux de Versailles et de Trianon
© RMN-GP (Château de Versailles) / Daniel Arnaudet

L’exposition est présentée dans les salles d’Afrique, dont les toiles commandées par Louis-Philippe sont dévoilées au public. En prolongement, elle propose une véritable plongée dans le Versailles du xixe siècle. Ainsi, plusieurs décors de théâtre sont présentés sur les scènes du château et de Trianon, dont celui réalisé pour l’inauguration des Galeries Historiques, le 10 juin 1837, planté sur la scène de l’Opéra royal. Le public peut également s’immerger dans les salles des Croisades, ou encore la salle du Sacre et la salle 1792, toutes deux restaurées pour l’occasion ou encore dans les salles du Consulat et de l’Empire. Il peut aussi découvrir les galeries de pierre telles qu’elles étaient à l’époque, les bustes d’origine et les luminaires Louis Phillipe y étant réinstallés.

La Famille royale devant la statue de Jeanne d’Arc, Auguste Vinchon, 1848,
musée des châteaux de Versailles et de Trianon
© Château de Versailles, Dist RMN / Jean-Marc Manaï

Héritier de la famille d’Orléans, Louis-Philippe a peu d’histoire commune avec le Versailles de l’Ancien Régime. Toutefois, dès son accession au trône en 1830, il marque son intérêt pour le palais et s’emploie à le transformer en monument national. Son but est certes de réconcilier les Français, mais surtout d’inscrire son règne dans l’histoire nationale.

Louis-Philippe quitte le Palais-Royal pour l’Hôtel de Ville, le 31 juillet 1830, Salon de 1833, Horace Vernet (1789-1863),
château de Versailles. © Château de Versailles (dist. RMN-Grand Palais) / Christophe Fouin

Dès lors, deux Versailles cohabitent. La résidence royale dans le corps central, avec les Grands Appartements restaurés et remeublés, qui conservent leur appellation et leur destination. L’ancienne monarchie est surtout évoquée dans l’appartement du Roi, dont la chambre marque le point d’orgue de la visite. Ailleurs, dans les ailes du Nord et du Midi, des chantiers considérables sont entrepris. Louis-Philippe crée des Galeries Historiques d’une extrémité à l’autre du palais, ponctuant ainsi le parcours d’importants ensembles iconographiques : la galerie des Batailles, de Tolbiac à Wagram, la salle des États-Généraux et la salle de 1792, la salle du Sacre de Napoléon à laquelle répond la salle de 1830 à la gloire du nouveau monarque, et enfin les salles des Croisades et les salles d’Afrique restées inachevées en 1848 à la chute de la monarchie de Juillet.

Déjeuner chinois réticulé, 1832-1838, porcelaine dure, Paris,
Manufacture de Sèvres, Hyacinthe-Jean Régnier (1803-1870) et Pierre Huart (1783-
1847), Musée du Louvre
© RMN – Grand Palais (musée du Louvre) / Daniel Arnaudet

Pour la mise en œuvre de ce projet, l’architecte du palais, Frédéric Nepveu, s’inspire du vocabulaire décoratif des Grands Appartements, mais utilise de nouvelles techniques, à l’image de la structure métallique qui permet l’éclairage zénithal de la monumentale galerie des Batailles.

Vue du château de Pau, 1843,
Siméon Fort (1793-1861), Château de Versailles
© RMN- Grand Palais (château de Versailles) / Daniel arnaudet / Gérard Blot

Le programme iconographique pour Versailles appuie le discours politique de Louis-Philippe qui a hérité de son éducation une conscience aiguë de l’histoire, avivée par la Révolution française et par la sensibilité romantique de l’époque. Les nombreuses œuvres commandées illustrent ainsi une histoire événementielle, ponctuée de noms glorieux. Il fait revivre les héros de la France depuis Pharamond jusqu’aux événements les plus récents
de sa prise de pouvoir et de son règne. En transformant l’ancienne résidence des Bourbons en musée ouvert à tous, le Roi confirme sa vision pédagogique d’un palais au sein duquel les tableaux se lisent comme un livre d’images, en accompagnement d’un discours politique. Versailles n’est plus seulement un lieu de mémoire, il devient un lieu didactique.

Louis-Philippe et Versailles

En 1830, Louis-Philippe devint roi des Français. Dès le début de son règne, il réunit Versailles au domaine de la Couronne et décida de transformer le château pour l’ouvrir à tous. Il avait compris que le Versailles de Louis XIV était un mythe qui ne pouvait être conservé qu’en devenant un musée consacré « à toutes les gloires de la France », comme l’indique encore l’inscription aux frontons des pavillons. Le roi apparaît à cheval avec ses fils devant la grille du château de Versailles, le jour de l’inauguration des premiers aménagements, le 10 juin 1837.

Coupe sur la galerie de Louis XIII, les salons de la Guerre, de la Paix et la galerie de Louis XIV.
Frédéric Nepveu (1777-1862), Château de Versailles
© Château de Versailles (dist. RMN – Grand Palais ) / Christophe Fouin

Travailleur acharné, le roi suivit les travaux de son architecte Frédéric Nepveu pendant quinze ans, jusqu’en 1847. Autour de la résidence royale, au cœur du palais, dans les ailes du Nord et du Midi, des travaux ont fait naître des Galeries Historiques consacrées aux batailles du Moyen Âge, aux croisades, aux guerres de la Révolution et de l’Empire, à la conquête de l’Algérie. Des milliers de peintures ont été encastrées dans des boiseries. Les œuvres commandées sous la monarchie de Juillet répondent aux critères attendus d’un art officiel et l’exposition met en évidence les ressorts de cette propagande : comment l’histoire de France a-t-elle été écrite, à quelles fins ? Louis-Philippe montra son goût pour l’éclectisme et les différents courants artistiques qu’il avait introduits dans ses demeures privées.

L’Opéra royal, Frédéric Nepveu

Mille récits dessinent une histoire, car au lieu de nier le passé, Louis-Philippe favorisa le dialogue : le nouveau Versailles répond à celui de Louis XIV, opposant la galerie des Batailles à la galerie des Glaces et rivalisant dans la somptuosité et la richesse décorative. Passionné par toutes les nouveautés techniques, le roi n’a pas hésité à introduire des structures métalliques dans la galerie des Batailles ou les salles d’Afrique afin d’éclairer ces immenses galeries par des verrières zénithales.

Éclectique, complexe, arbitraire dans ses partis pris, le Versailles de Louis-Philippe est celui que nous connaissons aujourd’hui.

Coupe de la famille royale, 1836-1837

Le goût de Louis-Philippe

Chez lui, dans ses demeures privées, puis dans les palais de la Couronne comme au château de Versailles, Louis-Philippe ne cessa de marquer son intérêt pour l’éclectisme. Au Palais-Royal, il afficha un goût princier pour les intérieurs luxueux, les draperies opulentes, les meubles en acajou soulignés par des bronzes dorés. Au château d’Eu, sa résidence d’été, Louis-Philippe choisit de présenter les œuvres dans des boiseries, alors que des commodités pratiques faisaient leur apparition. La simplicité prima à Neuilly, véritable maison de campagne, comme à Randan, résidence qu’Adélaïde d’Orléans acheta en Auvergne.

Service Orléans-Penthièvre: Pot à oille et plateau
Odiot Charles-Nicolas (1789-1868). Paris, musée du Louvre.

Dans les demeures royales, les Tuileries, Compiègne, Saint-Cloud, Pau ou Fontainebleau, des aménagements furent confiés à l’architecte Pierre François Léonard Fontaine dans un esprit classique. Le mode de vie familial imposa de nouvelles distributions dans les appartements, les soirées se déroulant généralement dans un salon de famille meublé d’imposantes tables rondes à tiroirs permettant de ranger les ouvrages de broderie et les livres. L’éclairage à l’huile introduisit un véritable bouleversement.

François-Laurent Puteaux (1780-1867). « Secrétaire dit de Louis-Philippe, fermé ». Mobilier. Paris, musée Carnavalet.

Les intérieurs furent remplis de meubles et d’objets à la mode, acquis par Louis-Philippe aux expositions des produits de l’industrie de 1834, 1839 et 1844. Le roi pratiqua une véritable politique d’encouragement aux arts utiles, commandant en particulier des meubles de style néo-Renaissance ou néo-Louis XIV, ainsi que des pièces exceptionnelles à la manufacture de Sèvres.

Versailles ancien et moderne

Palais de la Couronne transformé en musée ouvert à tous, le château de Versailles surmonté d’un drapeau tricolore, conserva la structure centrale de la résidence royale, encadrée par les ailes du Nord et du Midi, aménagées en Galeries Historiques.

De 1833 à 1847, l’architecte Frédéric Nepveu fut le maître d’œuvre des travaux. Les grandes coupes montrent les aménagements dans l’ancienne résidence des souverains, qui comprenait les Grands Appartements du roi et de la reine, séparés par la galerie des Glaces. Espaces d’apparat conservant leur appellation d’origine, ils adhéraient magistralement au programme du nouveau musée. Louis-Philippe y opéra un remeublement partiel. Surtout, il y exposa des tableaux d’histoire présentés dans un panneautage lambrissé, généralement peint en blanc rehaussé d’or. L’accrochage, était à la fois, dense et symétrique.

Louis-Philippe sut aménager les appartements royaux pour la visite. Le public pouvait admirer le cadre de vie des rois tout en revivant les souvenirs glorieux de la nation. Si l’arbitraire domine parfois ce dispositif, moitié résidence, moitié musée, il en fait l’originalité incomparable, et le Versailles d’aujourd’hui conserve cette double identité

L’inauguration du 10 juin 1837

L’ouverture des Grands Appartements et de l’aile du Midi réaménagés par Louis-Philippe eut lieu le 10 juin 1837. Cinq mille invités se pressèrent à une fête magnifique, avec visite des galeries, et banquet dans la galerie des Glaces. La galerie des Batailles, avec sa perspective à perte de vue, son éclairage zénithal et ses trente-six tableaux intégrés au décor, devint l’emblème de ce nouveau Versailles. Les nombreux guides de visite et les Galeries Historiques publiées par Charles Gavard n’ont cessé de reproduire ce nouveau Versailles.

La soirée du 10 juin 1837 s’acheva par un spectacle somptueux à l’Opéra. Miraculeusement conservé, l’un des décors, un Palais de marbre rehaussé d’or, réalisé par Pierre-Luc-Charles Cicéri pour cette fête, est planté exceptionnellement sur la scène de l’Opéra royal du château de Versailles jusqu’au 4 novembre 2018.

Si le roi avait pris des libertés dans la présentation de l’ancienne résidence royale, il s’affranchit dans les Galeries Historiques des règles d’un musée. Versailles ne ressemblait ni au Louvre ni au musée du Luxembourg.

En savoir plus:

Lieu: Château de Versailles

Date: jusqu’au 3 février 2019

Site: http://www.chateauversailles.fr