Louis Majorelle

Louis Majorelle, l’un des fondateurs de l’école de Nancy, s’illustra dans les arts décoratifs, dans la première moitié du XXe siècle, depuis les prémices de l’Art nouveau jusqu’à celles de la modernité des années 30.

Tout commence en effet en 1860. Rue des Dominicains, Auguste Majorelle (1825-1879), ouvre un commerce de meubles et d’objets d’art, spécialisé dans la faïence puis la décoration de mobilier dans le style japonais et la copie de style. Il connaît le succès, obtenant notamment la médaille d’argent à l’Exposition universelle de Paris en 1878. Son fils Louis, l’aîné de ses huit enfants, est né en 1859. Voulant embrasser une carrière artistique, il part pour les Beaux-arts à Paris en 1877. Mais la mort d’Auguste deux ans plus tard, l’oblige à reprendre l’activité familiale, qui compte une vingtaine d’ouvriers, avec sa mère et son frère. Louis se plonge alors dans l’industrie d’art, donnant à la manufacture un essor sans pareille, grâce notamment à son sens artistique unique, duquel il forgera un « style Majorelle ». 

Louis Majorelle: Beau Buffet école De Nancy, Modèle Chicorée, En Noyer. (c) Galerie Vaudémont, Proantic
Louis Majorelle: Beau Buffet école De Nancy, Modèle Chicorée, En Noyer.
(c) Galerie Vaudémont, Proantic

Sous l’impulsion de Louis, la manufacture se lance dans une production de mobilier moderne, influencé par la nature et les recherches d’Emile Gallé, dont le succès est immédiat. Dans le même temps, il poursuit une production industrielle de copies de style. Avec l’aide de Jules Majorelle, l’entreprise amorce la conquête des marchés parisiens et internationaux. Dès 1904, elle dispose d’un magasin de vente à Paris rue de Provence (l’ancien magasin de Samuel Bing), tandis que des succursales sont implantées à Londres, Berlin, Lyon, Lille ou même Oran.

Aux premiers essais dans la filiation directe des grands succès de Gallé tels la table « La Source », se substitue peu à peu un mobilier au décor naturaliste et aux formes fluides et inédites. Jusqu’à 1900, Majorelle hésite encore entre tradition et modernité, et les lignes courbes de la structure restent subordonnées à un décor de marqueterie d’un raffinement extrême.

Table à Thé Signée L. majorelle Nancy 1900. (c) Galerie Jungmann, Proantic
Table à Thé Signée L. majorelle Nancy 1900.
(c) Galerie Jungmann, Proantic

L’ensemble Nénuphars, créé en 1900 couronne des années de recherches et une émancipation réussie d’avec Gallé. La recherche de la beauté de la ligne, qui se fait aux dépends de la marqueterie notamment, accompagne une réflexion sur un mobilier qui doit servir au quotidien, où la forme l’emporte sur le dessin.

Majorelle prend ses distances avec les principes esthétiques naturalistes de l’Ecole de Nancy et regarde vers des expériences plus modernistes, comme celle de Henri Van de Velde, en Belgique. Le public et la critique adhèrent sans réserve à cette orientation et font naître le « phénomène Majorelle ». Les commandes de maisons de haute couture, cafés parisiens, riches industriels, grands magasins ou ambassades assurent à l’entreprise un succès et une reconnaissance durable. La découverte du design allemand ou du décorateur belge Serrurier- Bovy, l’amène à de nouveaux questionnements stylistiques.

Grand Vase DAUM-MAJORELLE (vers 1904). (c) Hellouin Antiquités, Proantic
Grand Vase DAUM-MAJORELLE (vers 1904).
(c) Hellouin Antiquités, Proantic

Il faut attendre l’après guerre pour voir s’imposer un style de meubles plus simple, aux décors graphiques et colorés. On y retrouve la même élégance que celle qui régnait dans sa production antérieure, mais les préoccupations industrielles ont définitivement emporté la mise, avec une incroyable facilité d’adaptation.

Louis Majorelle n’est pas uniquement un ébéniste mais aussi un artiste décorateur dont l’intérêt ne se limite pas à une seule technique. Comme d’autres membres de l’Ecole de Nancy, il explore d’autres domaines de création :

  • la céramique, en collaboration soit avec Keller et Guérin, pour des petits objets et bibelots décoratifs, soit avec Rambervillers, pour des éléments de décor architectural (frise, carreaux).

Parallèlement à l’activité d’ébénisterie, l’atelier de ferronnerie prend à partir de 1898 une ampleur nouvelle. Plaques de propretés, serrures, ferronneries architecturales mais surtout applications de bronze sur les meubles épousent la structure avec une cohésion parfaite et une élégance inégalée.

Dès 1902, Majorelle travaille avec Daum pour des verreries cloisonnées à la production de luminaires associant le robuste fer forgé au verre fragile. Cette collaboration se poursuit après la Première Guerre Mondiale avec la conception de vases soufflés dans le style Art déco. Ici, comme dans le mobilier, les formes géométriques et les motifs stylisés suivent les tendances les plus modernes tout en conservant un style élégant et d’une qualité irréprochable, marque de l’expérience de Majorelle.

meuble de forme architecturé, époque Art Déco vers 1920.  Estampillé à la coquille : MAJORELLE NANCY. (c) Galerie Tramway, Proantic
meuble de forme architecturé, époque Art Déco vers 1920.
Estampillé à la coquille : MAJORELLE NANCY.
(c) Galerie Tramway, Proantic

A la mort de Louis en 1926, la maison Majorelle s’est ainsi imposée comme une figure incontournable dans l’univers des arts décoratifs, emportant de nombreux prix lors des expositions universelles. Alfred Lévy, son collaborateur, prend la suite, toujours aidé par Jules Majorelle, puis par le fils de ce dernier. Les collaborations prestigieuses se poursuivent comme avec Paul Beucher ou encore Jean Prouvé… Faire appel à la Maison Majorelle est toujours gage de qualité. L’aménagement des appartements et cabines du Paquebot Normandie leur sera ainsi confié en 1935. Mais la deuxième guerre passe par là, le déclin s’annonce, face « aux difficiles années de la reconstruction ». Et les ateliers finissent par fermer définitivement en 1956.