L’art du verre multicouche

Description de la technique
Cette appellation désigne un verre soufflé constitué de deux couches superposées -voire plus- de verres de couleur différente. Ces couches sont fréquemment destinées à être taillées ou gravées, en creux ou en relief , afin de révéler les différentes couleurs sous-jacentes. (cette technique est complexe compte-tenu de la dilatation et de l’élasticité des différents verres utilisés)

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Deux méthodes inverses peuvent être mises en oeuvre pour parvenir à ce résultat. Soit le verrier plonge une paraison de verre de couleur A dans un creuset de verre en fusion de couleur contrastée B qui se dépose à l’extérieur de la couche A initiale et la recouvre. Soit le verrier souffle une paraison de verre A à l’intérieur d’une coupelle où se trouve une fine couche de couleur B, soufflée et mise en forme précédemment.

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On peut éventuellement multiplier les couches de couleur en renouvelant l’opération. La première de ces techniques, et la plus ancienne, est dite en anglais “dip overlay” ou “flashing”; la deuxième est dite “cup overlay” ou “cased glass”. Le verre multicouche est en particulier à la base du “cameo glass”, ou verre multicouche gravé en relief à l’instar des camées antiques en pierres fines ou coquillages.

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Historique de la technique
Cette technique était déjà parfaitement maîtrisée dans le monde romain, avec une méthode de double cueillage, et elle permettait de graver ensuite à froid, dans la couche externe de verre, des décors en relief très élaborés qui ressortaient sur le fond contrasté de la couche de verre interne.

Ce genre de gravure dérivait techniquement et esthétiquement de la glyptique, art de la gravure des pierres dures. Le “Vase de Portland “ du British Museum, et le vase à décor isiaque conservé au Musée archéologique de Naples, représentent deux des plus fameux exemples de l’association de ces techniques de verre multicouche et de gravure en camée.

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En Chine, ce même procédé a donné naissance au XVIIIème et au XIXème siècle à une production de tabatières et de vases à décors de fleurs de lotus, de poissons et de scènes figuratives. Les verriers vénitiens s’y sont ponctuellement intéressés vers 1890, avec les créations d’esprit antiquisant d’Attilio Spaccarrelli pour la Compagnia di Venezia e Murano.

Mais c’est en France, à la fin du XIXème qu’Emile Gallé et les frères Daum ont abondamment produit des verres multicouches gravés à la roue et (ou) à l’acide, dans un style original, et à leur suite les verriers suédois se sont inspirés de leurs méthodes pour inventer la technique du Verre Graal.

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Par ailleurs, c’est en Bohême que la technique plus courante du verre double couche taillé et gravé en intaille a pris son essor avant de se répandre dans toute l’Europe et aux Etats-Unis au XIXème siècle. Notons que la technique de l’overlay est très présente dans la production spécifique des presse-papiers où la taille opère dans l’enveloppe colorée des fenêtres transparentes qui ouvrent sur un décor interne chatoyant et en accentuent la profondeur .

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Dans les années 50-60, les créations de Flavio Poli pour Seguso, en “vetro sommerso” , débouchent sur une esthétique du verre multicouche délicate et raffinée qui se suffit à elle-même, sans le complément décoratif de la gravure.

Source de l’article: http://www.idverre.net