Exposition Lyon Renaissance

L’exposition a pour ambition de révéler la richesse de la vie artistique lyonnaise au XVIe siècle. La position géographique exceptionnelle de la ville, à la rencontre des deux voies fluviales que sont le Rhône et la Saône, sur la route entre le Nord de l’Europe et l’Italie, mais aussi à proximité des contrées germaniques, explique qu’elle soit le point de convergence de marchands, d’artistes et d’œuvres issus des quatre points cardinaux.

élément d'une tenture , vers 1560. Soie brodée. (c) Metropolitan Museum of art
élément d’une tenture , vers 1560. Soie brodée.
(c) Metropolitan Museum of art

L’exposition rassemblera près de 300 œuvres, provenant des collections du musée des Beaux-Arts de Lyon et de nombreuses institutions lyonnaises, françaises et étrangères : manuscrits enluminés ou dessinés, livres, dessins, tableaux, estampes, majoliques, meubles, objets orfévrés, objets archéologiques, monnaies, médailles, émaux peints, textiles et objets en étain. Le parcours de l’exposition se termine par un espace de médiation à l’attention du public scolaire mais accessible également à tous les visiteurs.

La vie artistique à Lyon n’a jamais été traitée, si ce n’est au travers d’une évocation succincte en 1958, à la bibliothèque municipale de Lyon, dans le cadre des expositions organisées à l’occasion du bimillénaire de la ville. L’exposition du musée des Beaux-Arts a pu être envisagée grâce à de récentes recherches entreprises dans diverses directions. Les contextes économique et démographique, ainsi que les questions touchant à l’urbanisme et aux réseaux de sociabilité ont fait l’objet, au cours des dernières décennies, de nombreuses études approfondies. Ces travaux ont grandement facilité la compréhension des conditions du développement des formes artistiques entre Rhône et Saône, ainsi que de son corolaire, l’épanouissement d’un milieu humaniste particulièrement actif.

Guillaume Leroy, la rencontre de pierre Sala avec François 1 er au pied de l'Antiguaille (1523), Enluminure. (c) Bibliothèque Nationale de France.
Guillaume Leroy, la rencontre de pierre Sala avec François 1 er au pied de l’Antiguaille (1523), Enluminure.
(c) Bibliothèque Nationale de France.

Les contours d’une ville marchande et cosmopolite se sont dessinés avec force sous la plume des historiens, qui lui ont restitué son statut de « deuxième œil de France », « clef du royaume » et « cœur d’Europe » chanté par les poètes de ce temps. L’écheveau complexe du monde des imprimeurs et graveurs lyonnais a ainsi pu être démêlé et les grandes figures de l’humanisme lyonnais ont pu être caractérisées. Des études relatives à l’art de l’enluminure, aux portraits de Corneille de Lyon, le recensement des poinçons lyonnais ou encore les fouilles du quartier Saint-Georges et de la place des Terreaux ont également pu servir d’aiguillon et de repères au cours de l’élaboration de ce projet.

Pierre Reymond, d'aprés Bernard Salomon, plateau d'aiguière, émail peint sur cuivre. (c) Lyon MBA, photo alain Basset
Pierre Reymond, d’aprés Bernard Salomon, plateau d’aiguière, émail peint sur cuivre.
(c) Lyon MBA, photo alain Basset

Faisant état de l’actualité de la recherche, l’exposition rend sensible au public la vitalité de la vie artistique lyonnaise de cette époque, en l’inscrivant dans un contexte à dimension européenne. Elle met en exergue les échanges d’influences entre le foyer lyonnais et les autres foyers français, mais aussi entre le foyer lyonnais et les foyers italien, nordique et germanique, tout en mettant en lumière les transferts de modèles d’une technique à l’autre. La gravure d’illustration joue un rôle éminent dans les circulations d’un centre artistique à l’autre, Lyon se présentant au XVIe siècle comme l’une des capitales de l’imprimerie, à l’instar d’Anvers, de Paris ou de Venise.

Tête d'ange, fragment de vitrail, cathédrale de Lyon (c) archives départementales du Rhône.
Tête d’ange, fragment de vitrail, cathédrale de Lyon
(c) archives départementales du Rhône.

Lyon, « deuxième œil de France » et « cœur d’Europe »

Un contexte historique propice au développement des arts à Lyon au XVIe siècle

  1. Entre Rhône et Saône Il convient de rappeler la position géographique exceptionnelle de la ville de Lyon, point de convergence de marchands, d’artistes et d’œuvres issus des quatre points cardinaux. S’ajoute à cela l’acquisition par la ville en 1463 du privilège de la tenue de quatre foires par an, qui permet que s’y multiplient les échanges commerciaux et favorise l’essor pris par la vie artistique. C’est ainsi que s’implantent des marchands-banquiers originaires d’Italie et d’Allemagne, mais aussi des artistes aux origines et confessions diverses, qui vont conférer à la vie artistique lyonnaise sa singularité.
Coffre en noyer (c) Lyon MBA, photo alain Basset
Coffre en noyer
(c) Lyon MBA, photo alain Basset
  1. Lyon, capitale de l’imprimerie Lyon se présente comme une capitale de l’imprimerie à l’échelle européenne. La gravure d’illustration sur bois, puis sur cuivre, constituent à la fois un reflet des différentes influences qui s’y font jour et le moyen de diffusion de modèles proprement lyonnais. Les imprimeurs Jean de Tournes et Sébastien Gryphe, et les graveurs Pierre Eskrich, Georges Reverdy, le Maître C.C. ou le maître J.G. sont les figures de proue de ce milieu.

  2. Lyon la catholique, Lyon la Réformée Le contexte lyonnais se distingue par l’importante et précoce diffusion des idées de la Réforme, en particulier dans le milieu de l’imprimerie, ainsi que par la coexistence pacifique des cultes catholique et réformé, jusqu’à l’année 1562, qui voit Lyon devenir ville protestante. La dévastatrice vague d’iconoclasme qui s’ensuit explique pour une grande part la disparition de nombre d’œuvres, qu’elles aient été peintes, sculptées ou encore orfévrées.

Corneille de Lyon vers 1530. (c) Lyon, musée des beaux- Arts
Corneille de Lyon vers 1530.
(c) Lyon, musée des beaux- Arts

L’humanisme lyonnais

  1. Les antiquaires Au premier rang des traits saillants de cette Renaissance lyonnaise, on citera la redécouverte du glorieux passé antique de la capitale des Gaules. L’exhumation de la Table claudienne sur les pentes de la colline de la Croix-Rousse en 1528 constitue un événement fondateur. Une riche lignée de collectionneurs et d’épigraphistes, parmi lesquels Pierre Sala, Guillaume du Choul, Gabriel Symeoni ou encore Jacopo Strada, consacrent de savants travaux à la description des vestiges de cette antiquité lyonnaise, en même temps qu’ils participent à la diffusion des images qu’ils recueillent des vestiges proprement romains. François Ier lui-même honora de sa visite l’Antiquaille, la «maison des champs » de Pierre Sala située sur la colline de Fourvière.
Claveau aux deux Vipères. (c) Lyon, musée Gadagne.
Claveau aux deux Vipères.
(c) Lyon, musée Gadagne.
  1. Traités scientifiques et instruments de mesure Dans le champ des sciences, Lyon apparaît comme le lieu de formulations nouvelles, également inspirées du modèle antique. Les progrès qui s’accomplissent à Lyon dans ce domaine, ou qui s’y trouvent répercutés, s’allient à un renouveau esthétique dont témoignent de précieux instruments de mesure, ainsi que des traités d’histoire naturelle dans lesquels les spécimens sont représentés de manière extrê- mement réaliste.
Jean Naze, astrolabe, 1553. (c) Lyon MBA
Jean Naze, astrolabe, 1553.
(c) Lyon MBA

Figures de Lyon

  1. La Cour à Lyon : séjours et entrées solennelles La redécouverte de l’éminent passé de la ville coïncide avec la reconstruction littéraire d’origines mythiques, faisant notamment remonter la fondation de la ville par des descendants de Noé au lendemain du Déluge. Ces récits fabuleux visent à doter la ville d’une identité qui la distingue des autres cités du royaume. La ville se met elle-même en scène avec faste, à l’occasion des entrées de souverains que les guerres d’Italie amènent à séjourner régulièrement entre Saône et Rhône, aux avant-postes du Milanais, le plus souvent en prévision d’incursions menées par les troupes de Charles Quint.
  2. Portraits de la Cour et de Lyonnais La confrontation physique, pour la première fois, d’un grand nombre de portraits donnés à Corneille de Lyon devrait aider à mieux saisir l’articulation des différentes facettes de la personnalité du peintre. Cet ensemble sera mis en regard avec les œuvres de Jean Perréal et d’Etienne de Martellange, les deux autres maillons de cette chaîne de portraitistes lyonnais. Le portrait d’Homme au béret tenant une paire de gants, actuellement en cours d’acquisition dans le cadre d’une souscription publique et avec l’aide du Cercle Poussin, sera l’un des points d’orgue de cette sélection.

Mécénat et influences italiennes

  1. La Nation Florentine et Notre-Dame-de-Confort Au XVIe siècle, un nombre important de banquiers toscans s’établissent à Lyon, pour la plupart des fuoriusciti, toujours en rapport avec des artistes italiens. Parmi eux, les Panciatichi et les Gadagne, ces derniers étant à l’origine de la commande passée à Francesco Salviati, pour leur chapelle à Notre-Dame de Confort, d’une Incrédulité de saint Thomas, le plus célèbre tableau visible à Lyon jusqu’à la Révolution, qui a été répété et interprété par des graveurs lyonnais de premier plan dès ce temps-là. Des relevés inédits de la chapelle Panciatichi, des médailles de fondation, dessins et enluminures témoigneront de ce prestigieux ensemble.
  2. Le cardinal de Tournon et la majolique lyonnaise Le mécénat du cardinal François de Tournon peut être considéré à l’instar de celui de ces Italiens, puisque c’est à l’issue d’un séjour de huit années en Italie qu’il devient archevêque de Lyon, en 1551. Il fait travailler le peintre Florentin Capassini, mais il est aussi, semble-t-il, le commanditaire des Tre Libri dell’Arte del Vasaio de Picolpasso, sachant que Lyon devient un centre d’importation, mais également de production de la majolique. Pour la première fois, l’ exposition tend à définir un corpus de majoliques peintes à Lyon par l’Italien Gironimo Tomasi, qui œuvra à Urbino avant de s’établir à Lyon.

  3. La diffusion du vocabulaire architectural et ornemental à Lyon Les langages architectural et ornemental classiques actualisés par les Italiens rencontrent également un large écho en terre lyonnaise. La venue à Lyon de Sebastiano Serlio en vue d’y publier certains de ses traités et le retour de Rome du Lyonnais Philibert de L’Orme n’ont pu que renforcer le recours précoce, à partir de 1500, dans la gravure sur cuivre, l’enluminure, le mobilier et l’orfèvrerie, aux motifs emblématiques de l’architecture classique, tels que les successions d’arcatures, les pilastres, colonnes, frontons et autres escaliers hélicoïdaux. Les étains de prestige lyonnais, que cette exposition met pour la première fois à l’honneur, empruntent pour leur part leurs arabesques fleuries, termes, masques et cuirs à La Fleur de la Science de pourtraiture et patrons de broderie façon arabique et ytalique, un recueil d’ornements italien.

Influences nordiques et germaniques

L’art d’Albrecht Dürer est connu tôt dans le siècle, par l’entremise d’estampes, comme en témoigne le cahier d’exercices du jeune Jérôme Durand, un apprenti peintre verrier de quatorze ans qui y copie Le Chevalier, la Mort et le Diable. La diffusion de gravures permet également aux artistes d’appréhender les inventions de Brueghel ou de Holbein, La Danse de Noce du premier se voyant réinterprétée par Noël de Lyon, tandis que les illustrations de la Bible par le second inspireront à Jean de Tournes et Bernard Salomon la formule des Quadrins historiques de la Bible, appelés à servir à leur tour de modèles dans l’Europe entière.

La contribution des artistes venus d’autres provinces

Après avoir considéré les présences et les influences étrangères assimilées par les Lyonnais, il s’agit de renverser la problématique, en montrant que l’activité florissante de l’imprimerie lyonnaise a nourri à son tour la création à travers l’Europe. Le Lorrain Pierre Woeiriot est ainsi amené à Lyon pour y publier, notamment, ses recueils de modèles d’orfèvrerie. Les Bourguignons Jean Duvet et Hugues Sambin séjournent également à Lyon, le premier pour y publier son chef-d’œuvre, L’Apocalypse de saint Jean, le second son traité sur la Diversité des termes, qui semble avoir laissé son empreinte sur le mobilier lyonnais.

La diffusion des modèles lyonnais en Europe : Bernard Salomon, le héraut de la Renaissance lyonnaise

Pour finir, on soulignera l’extraordinaire fortune qu’ont connue les modèles gravés à Lyon par Bernard Salomon, fortune qui trouve son expression à travers des pièces relevant de techniques fort différentes : la majolique, qu’elle ait été réalisée en Italie ou à Nevers, les émaux peints à Limoges par Pierre Courteys, Pierre Reymond ou Suzanne Court, le mobilier, ainsi que de rares pièces textiles. Un grand nombre des dessins attribués à Bernard Salomon qui sont passés en vente chez Christie’s en 2004 se trouvent réunis à cette occasion, à proximité d’autres dessins dont il est possiblement l’auteur.

En savoir plus:

Musée des beaux Arts de Lyon

Jusqu’au  25 janvier 2016

http://www.mba-lyon.fr/mba/sections/fr/expositions-musee/lyon-renaissance/arts-humanisme