J.B.C. Odiot, Paire de seaux à rafraîchir aux armes de Michel Ney, duc d’Elchingen
Poinçonné du poinçon de l’orfèvre, ainsi que des poinçons officiels français pour Paris : le poinçon au coq accompagné du chiffre 1, indiquant le titre de l’argent, et le poinçon de garantie représentant une tête de vieillard avec le chiffre 85. On distingue également un poinçon à tête de femme, marque de l’association des orfèvres parisiens.
Dimensions et poids :
1er seau :
hauteur : 19,8 cm
diamètre : 22,2 cm
poids : 1 535 g
2e seau :
hauteur : 19,2 cm
diamètre : 21,7 cm
poids : 1 521 g
Paire de seaux à rafraîchir en argent, à corps cylindriques légèrement évasés vers le haut, reposant chacun sur quatre sphinx ailés finement modelés se terminant par des pattes de lion. Sur les côtés, des anses mobiles en forme d’anneaux sont fixées dans des mufles de lion. Les surfaces lisses des corps contrastent avec la richesse des éléments sculptés, conférant aux récipients un caractère monumental et hautement représentatif.
La forme et le répertoire décoratif des seaux sont particulièrement caractéristiques du style Empire. Les sphinx, les mufles et les pattes de lion, la stricte symétrie ainsi que l’association de formes géométriques simples à des éléments sculptés rapportés appartiennent à un langage artistique inspiré de l’Antiquité romaine, grecque et égyptienne, devenu l’un des principaux éléments de l’esthétique officielle de l’Empire napoléonien. Dans l’œuvre d’Odiot, les motifs antiques, les figures mythologiques et les symboles de l’Empire constituaient un répertoire décoratif consciemment élaboré. Le Musée des Arts Décoratifs souligne en outre que l’orfèvrerie de table d’Odiot n’était pas seulement fonctionnelle, mais pouvait prendre sur la table le caractère de véritables œuvres sculpturales autonomes.
Les seaux à rafraîchir le vin — appelés en français seaux à rafraîchir ou seaux à bouteille — comptaient parmi les éléments les plus prestigieux des grands services de table. Remplis de glace ou d’eau froide, ils permettaient de maintenir les bouteilles à la température adéquate au cours des repas à plusieurs services. Les exemplaires en argent à riche décor sculpté apparaissaient surtout dans les services de cour et aristocratiques les plus coûteux, dont la constitution exigeait des dépenses considérables. L’ampleur de telles commandes est bien illustrée par le service plus tardif exécuté par Odiot pour le comte Nikolaï Demidov, composé de 119 pièces et comprenant également quatre seaux à rafraîchir.
Leur présence dans un service de table dépassait donc largement la simple fonction pratique. À l’instar des soupières, grands plats, candélabres ou surtouts de table, ils témoignaient du rang, de la richesse et du caractère représentatif du service. À une époque où le banquet cérémoniel constituait l’un des principaux aspects de la vie de cour et diplomatique, l’argenterie représentait également une manifestation visible du statut de son propriétaire.
Les récipients furent exécutés par Jean-Baptiste-Claude Odiot (1763–1850), qui comptait, aux côtés de Martin-Guillaume Biennais, parmi les plus importants orfèvres parisiens de l’époque napoléonienne. Son atelier travaillait pour certains des clients les plus puissants de France et d’Europe. Odiot acquit notamment sa renommée grâce à ses grands services de table monumentaux, associant une qualité d’exécution exceptionnelle à un riche décor sculpté et à un répertoire de formes inspirées de l’Antiquité. Sa clientèle comprenait des représentants de l’élite française ainsi que des cours européennes ; après la chute de l’Empire, sa réputation demeura telle que son atelier fut notamment visité par Louis XVIII, le tsar Alexandre Ier, le prince de Metternich et le duc de Wellington.
Sur la face de chacun des deux récipients est gravé le blason élaboré de Michel Ney (1769–1815), maréchal de France, l’un des plus célèbres commandants de Napoléon, duc d’Elchingen à partir de 1808, puis prince de la Moskowa à partir de 1813. Les armes ont été exécutées avec une grande précision, à l’aide des hachures héraldiques conventionnelles permettant de restituer les couleurs dans une gravure monochrome. Les deux représentations ont été gravées à la main d’après le même modèle ; de légères différences de détail montrent qu’il ne s’agit pas de copies mécaniques, mais qu’elles furent probablement réalisées ensemble comme décor d’une même paire.
Des parallèles très proches de ce modèle sont conservés dans la White House Collection à Washington, où se trouvent quatre seaux à rafraîchir en argent réalisés par Odiot et datant eux aussi de 1798–1809. Ils reprennent la même construction caractéristique reposant sur des sphinx ailés ainsi qu’un répertoire décoratif typique des meilleures réalisations d’Odiot de la période Empire.
La provenance possible de la présente paire est particulièrement intéressante. Les récipients portent les poinçons parisiens de 1798–1809 ainsi que le poinçon de maître de Jean-Baptiste-Claude Odiot. Michel Ney reçut le titre de duc d’Elchingen ainsi que les armes qui lui étaient associées en 1808. Par ailleurs, la littérature consacrée à l’activité d’Odiot mentionne une livraison d’argenterie au maréchal Ney en 1809.
La concordance entre la datation des récipients, la présence des armes de Ney et la relation documentée entre le maréchal et l’atelier d’Odiot permet d’émettre l’hypothèse que cette paire ait pu faire partie d’un service plus important commandé directement par Michel Ney vers 1808–1809.
Michel Ney (1769–1815) fut l’un des plus grands et des plus célèbres chefs militaires de l’époque napoléonienne. Issu d’un milieu modeste, il commença sa carrière militaire comme simple cavalier avant de s’élever dans la hiérarchie jusqu’à devenir, en 1804, l’un des premiers maréchaux de l’Empire nommés par Napoléon. Au cours des campagnes suivantes, il se distingua par un courage personnel exceptionnel et par son aptitude à conduire ses hommes dans les situations les plus difficiles.
Il s’illustra particulièrement à Elchingen en 1805, victoire qui lui valut par la suite le titre de duc d’Elchingen, ainsi que durant la campagne de Russie de 1812. Lors de la dramatique retraite de la Grande Armée depuis Moscou, il commanda l’arrière-garde, protégeant à plusieurs reprises les troupes en retraite et parvenant à sauver ses hommes de situations presque désespérées. Son comportement lui valut le célèbre surnom de « Brave des braves », et en 1813 Napoléon lui conféra le titre de prince de la Moskowa.
Ney participa à la plupart des grandes campagnes napoléoniennes, notamment aux batailles d’Iéna, Eylau, Friedland, Borodino, la Bérézina, Leipzig et, en 1815, Waterloo. Sa carrière connut une fin tragique : après la Restauration des Bourbons, il fut accusé de trahison pour avoir de nouveau rejoint Napoléon pendant les Cent-Jours, condamné à mort et fusillé à Paris le 7 décembre 1815. Son exécution devint l’un des événements les plus symboliques de la fin de l’époque napoléonienne.
Dans la mémoire historique française, Michel Ney occupe une place comparable à celle des commandants les plus légendaires de son époque. Il fut non seulement l’un des principaux maréchaux de Napoléon, mais aussi un symbole de bravoure militaire, de loyauté envers ses soldats et du destin tragique d’une génération façonnée par la Révolution française et l’Empire.
Epoque : 19ème siècle
Style : Empire - Consulat
Etat : Bon état
Matière : Argent massif
Référence (ID) : 1817908
Disponibilité : En stock




























