Saint-Empire Germanique vers 1540-1580, timbale Renaissance, argent massif et vermeil
Timbale Renaissance en argent partiellement doré
Monde germanique, Europe centrale, vers 1550–1580
Argent partiellement doré.
Hauteur : 8 cm ; diamètre : 7,5 cm ; poids : 105 g.
Cette remarquable timbale en argent appartient à une famille de vases à boire caractéristique de l’orfèvrerie germanique de la Renaissance. Sa forme fortement architecturée associe une coupe cylindrique à un pied circulaire évasé reposant sur trois pieds sphériques.
La panse est animée d’une rangée continue de grandes bosses ovales repoussées, laissées unies et polies. Elles se détachent sur un fond amati par une multitude de courtes stries horizontales, créant un contraste particulièrement vigoureux entre les volumes lisses et bombés et la surface densément travaillée qui les entoure. Ce procédé décoratif trouve des parallèles particulièrement proches dans l’orfèvrerie germanique et transylvanienne du milieu du XVIe siècle.
La partie supérieure est ceinte d’un large bandeau doré, gravé d’un élégant décor continu de rinceaux et de feuillages entrelacés. Ce vocabulaire ornemental, encore pleinement inscrit dans la Renaissance, trouve de nombreux parallèles dans les modèles gravés et dans l’orfèvrerie produite dans le monde germanique au cours du XVIe siècle.
La construction de la partie inférieure constitue également un élément important pour la datation. La coupe présente à sa base un resserrement très marqué avant de rejoindre le pied évasé par une succession d’anneaux moulurés. Certains de ces anneaux sont rythmés de petits éléments géométriques, rectangles creux alternant avec des rectangles ou carrés en relief. Ce jeu de moulures architecturées appartient pleinement au répertoire décoratif de la Renaissance.
Le pied repose sur trois boules qui ne sont pas de simples sphères lisses : chacune est structurée à mi-hauteur par une moulure circulaire. Cette attention portée jusqu’au décor des éléments de support participe au caractère particulièrement élaboré de l’ensemble.
La réunion de ces différents caractères — bosses ovales repoussées et laissées unies sur un fond strié, frise de feuillages gravée et dorée, resserrement prononcé entre la coupe et le pied, succession d’anneaux à décor géométrique et pieds sphériques moulurés — permet de situer cette timbale dans la tradition de l’orfèvrerie de la Renaissance germanique du XVIe siècle, vraisemblablement autour du milieu ou dans la seconde moitié du siècle.
Un rapprochement particulièrement intéressant peut être établi avec les trois Satzbecher, ou gobelets emboîtables, réalisés en 1543 à Kronstadt, aujourd’hui Brașov en Transylvanie, par l’orfèvre Ludovicus Goldschmied. Ces gobelets, provenant de la prestigieuse collection Mayer Carl von Rothschild, furent offerts dans l’entre-deux-guerres au musée de Cluny, avant de rejoindre les collections du Musée national de la Renaissance au château d’Écouen. Leur décor présente de grands godrons repoussés sur un fond amati de fines stries horizontales et un bandeau supérieur gravé de rinceaux de feuillages et doré. Le principe décoratif est ainsi remarquablement proche de celui employé sur la présente timbale.
Le catalogue du Musée national de la Renaissance replace lui-même ces gobelets de Kronstadt dans le contexte de la première Renaissance germanique et souligne leurs rapports avec les créations des grands centres d’orfèvrerie allemands. Des procédés comparables apparaissent notamment à Nuremberg, dans l’entourage de Ludwig Krug et dans la production de Melchior Baier, ainsi que dans d’autres grands centres germanophones tels qu’Augsbourg ou Bâle.
Ces parentés stylistiques doivent être replacées dans le contexte particulièrement international de l’Europe centrale du XVIe siècle. Les modèles élaborés dans les grands centres d’orfèvrerie du Saint-Empire circulaient largement par l’intermédiaire des gravures, des marchands et des artisans. Kronstadt constituait à cet égard un centre particulièrement important. La ville était l’une des principales cités des Saxons de Transylvanie, population germanophone implantée dans la région depuis le Moyen Âge et organisée en puissantes corporations artisanales. Ses orfèvres entretenaient une culture artistique étroitement apparentée à celle des villes germaniques d’Europe centrale.
La timbale porte sous son fond un poinçon de maître, accompagné d’une profonde trace d’essai en zigzag (Tremolierstich). La forme de cette marque présente certaines analogies avec les monogrammes employés par les orfèvres de Kronstadt au XVIe siècle. Cette ville constitue donc une piste particulièrement intéressante pour l’origine de l’objet, d’autant que plusieurs maîtres portant le nom de Goldschmied y sont documentés au cours du siècle. Le poinçon n’ayant toutefois pas encore pu être identifié avec certitude, une attribution précise à Kronstadt doit rester une hypothèse.
Par sa construction comme par son décor, cette timbale constitue ainsi un remarquable témoignage de l’orfèvrerie de la Renaissance germanique du XVIe siècle, au croisement des traditions artistiques de Nuremberg, d’Augsbourg et des grands centres germanophones d’Europe centrale.
Monde germanique, probablement Europe centrale, vers 1550–1580. Une origine à Kronstadt/Brașov, en Transylvanie, peut être envisagée.
Epoque : 16ème siècle
Style : Haute époque-Renaissance-Louis XIII
Etat : Très bon état
Matière : Argent massif
Diamètre : 7,5 cm
Hauteur : 8 cm
Référence (ID) : 1816383
Disponibilité : En stock






































